Ouverture du site

DE ST-MARC A ST-JACQUES (3)

YES,  WE  CAN  !

SLOGAN DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE

DU PRESIDENT DES ETATS-UNIS D’AMERIQUE

M. BARACK OBAMA

 

ESPAÑA   :   RONCESVALLES (NAVARRA)  -   SANTIAGO-DE-COMPOSTELA (GALICIA)  -  746 kilomètres

Panneau indiquant le Camino Francés en Espagne

Roncesvalles (Navarra) – Pamplona – Logroño (La Rioja) -  137 kilomètres

Dimanche 14 septembre 2008

Il est 6 heures du matin environ.
Je suis réveillé par un premier bruissement provenant de ma voisine de lit, suivi rapidement par un brouhaha incroyable des pélerin(e)s se préparant pour le départ matinal.

Dortoir du Gîte de Roncesvalles (Roncevaux)Dans un dortoir sur le Chemin de St-Jacques, impossible de faire la grasse matinée.
Pour deux ou trois raisons essentielles :
Le bruit des sacs plastiques, des grosses chaussures de marche, augmenté par les premières parlotes du matin et des rires à peine étouffés nous réveillent brutalement.
Et puis, les dortoirs doivent être évacués au plus tard à 8 heures … quelquefois 8 heures 30 pour les gardiens les plus compréhensifs.
Et enfin, s’estimer heureux si on ne reçoit pas un coup de bâton de marche malencontreusement tombé ou échappé de la main d’une personne (aussi appelé bourdon pour les plus puristes de la langue française), ou un coup de sac, voire un coup de … cul parfois, les lits sont serrés entre eux !

Pour finir, nous ne sommes pas au Club Méd’ ici, nous sommes là pour marcher et aller en direction de Santiago de Compostela, de notre plein gré, et dans la joie et la bonne humeur aussi … alors, pas de grass’ mat’ !

Il est 7 h.15 du matin, et je pointe le bout de mon nez emmitouflé dehors pour humer l’humidité de l’air ambiant.
Ce matin, protection avec la cape de pluie, encore !

Il a du pleuvoir toute la nuit car les dalles qui entourent le gîte de Roncesvalles ressemblent à des piscines.
Il m’en faut plus pour m’arrêter, surtout avec la journée dantesque que je viens de passer hier.

J’ai un moral extraordinaire, une forme olympique ou quasi olympique et seules quelques petites douleurs dans les membres inférieurs me rappellent que j’en ai bavé des ronds de chapeaux hier … mais tout ceci est déjà de l’histoire ancienne.

Je m’engage sur la route qui sort du hameau de Roncesvalles, il fait encore à peine jour, je marche enfin sur le Camino Francés, nom donné en Espagne au Chemin de st-Jacques.Le Camino Francés en NavarraPanneau routier en langues basque et espagnole

Vite un petit chemin de terre nous accueille et ses frondaisons vertes laissent entrevoir le soleil naissant et transperçant ça et là les nuages qui veulent bien se déchirer.

Je suis sur le Camino Francés, comme d’autres que je vois ou plutôt que j’entrevois derrière leurs gros sacs et qui marchent comme moi, d’une ardeur peu coutumière.

Rien à voir avec la marche pénible et harassante d’hier.

J’ai l’impression que tout le monde danse sur le Camino, les autres et moi.
Même Dame Nature semble exulter avec les premiers rayons de l’astre du jour se reflétant sur les feuilles et les fleurs des buissons et des arbres environnants.
Moi, je suis heureux et c’est tout et je n’ai besoin  de rien d’autre, que le bonheur.
Je me retiens de chanter tant je ne souhaite pas déranger les Pélerines et les Pélerins qui me précèdent et qui me suivent, de ma voix … qui n’est pas une voix d’opéra !

Je me rattraperai plus tard, quand je serai seul.
Petit pont de pierres traversant un gué inondéJe me contente de prier et de remercier le Ciel, Notre Père Céleste, Notre Mère Divine, les Anges et Dame Nature qui se dévoile ainsi aux premiers lueurs d’un jour naissant.

Devant moi des buissons débordent sur une grande partie du Camino, mais ce n’est pas ceci qui stoppe mon avancée.
De temps à autres, un gué inondé nous oblige a traverser les rus sur de gros blocs de pierre.

Tout à coup, je m’arrête brutalement.

Un bel oiseau jaune, strié de brun et de quelques touches de blanc me regarde et me fait un petit cui-cui, sans doute pour me dire bonjour, et je lui renvoie … en français mon bonjour.
J’arrête tout aussi brutalement la file de Pélerin(e)s qui me suivent.
Les premiers me regardent d’un air ahuri, et j’ai de la peine pour leur expliquer en espagnol qu’il y a un oiseau qui fait peut-être 7 à 8 centimètres de long … qui me barre le passage !

Oiseau en français, bird en anglais, ucello en italien … mais comment dit-on oiseau en espagnol ?
J’apprendrai plus tard qu’on dit aves en espagnol et pássaro en portugais … mais ça sera trop tard, bien sûr !

Je me rends compte que le groupe qui me suit est portugais.

Je m’aperçois aussi que j’ai stoppé la longue marche de mes suiveurs et nous repartons.
L’oiseau s’est envolé et j’ai vu dans certains regards qu’un oiseau ne devrait pas arrêter une file de Pélerin(e)s …

Bof !

Je reste dans mes pensées et je me laisse dépasser par mes suiveurs immédiats pour retrouver le silence du chemin, la solitude surtout.

A peine une heure avec ma rencontre magique avec ce bel aves, j’en fais une autre, de rencontre, qui me laisse pantois et passablement en colère.
J’entends et je vois bientôt arriver quatre motos Trial suivies de panaches de fumée bleutée qui s’étale nonchalamment sur le Camino, qui envahit bientôt tout l’espace libre et qui nous empuantit totalement.
Je me tourne devant eux pour leur laisser le passage et je ne peux m’empêcher de leur crier polución … alors que j’apprendrai plus tard que le vrai mot en espagnol est contaminación.

Peu importe, je leur ai dit et même s’ils n’ont rien perçu de mon espagnol approximatif, ce qui est dit est dit et ça m’a fait du bien.

Marchez à pied, bande de pollueurs du dimanche !

Et il y en a qui osent appeller ça de la moto verte … verte à gerber, oui !J’enrage sur le vif, mais dès que les fumées nauséabondes ont disparu de mes yeux et surtout de mes narines, je retrouve mon calme tant le paysage sous le soleil du matin inspire au repos de l’Ame et de Versant sud des Pyrénées en Navarral’Esprit.

La bétise humaine est insondable .. voilà ce que disait il y a bien des années, entre autres, un vieil homme d’une grande sagesse que j’ai connu et que j’ai rencontré à multiples reprises avec beaucoup de bonheur.

Allez parler de calme, de beauté, d’énergies à ces motards du dimanche !

Je me retourne et je regarde le panorama du versant sud des Pyrénées.

Les collines et les quelques pics qui forment le piémont des Pyrénées espagnoles sont un prétexte au vagabondage de l’esprit et quel calme, quelle beauté, quelles énergies peut-on puiser dans ces panoramas superbes où sont lovées quelques habitations, hameaux et fermes isolées !Gianni et Stefano à Larrasoana

Certains monts sont encore tout enveloppés d’un manteau de nuages qui couvre leur sommet d’un gris-blanc ouateux, d’autres arborent fièrement leurs versants couverts de végétation, d’autres de falaises déchiquetées, toutes éclairées par les rayons de soleil, d’un jaune clair éclatant.Dennis et Chiara dans le restaurant de Larrasoana

Il est environ 14 heures 30 lorsque j’aborde le village de Larrasoaña.
Je décide de m’arrêter, ici, au
gîte communal.

Les portes n’ouvrent qu’à 15 heures et je pose mon sac, mes chaussures et mon corps un peu fourbu par cette belle marche de 25 kilomètres sur le escaliers du Marc, René et Stefano au restaurant de Larrasoanagîte. 

Sur la place, discutent déjà plusieurs personnes et d’autres jouent aux échecs.

Il s’agit d’un petit groupe de Pélerin(e)s Espagnols et Italiens.

Parlant correctement la langue de Dante, je m’approche d’eux et immédiatement nous échangeons des bonjour, buon giorno,  nos prénoms et, par la magie du Camino, nous devenons des Frères et A l'extrême droite de la photo, Jordi de BarcelonaSoeurs du Chemin.Nous n’allons plus nous quitter de la soirée. Croix en pierre multifaces

J’apprends ainsi que j’ai rencontré ici Chiara et Dennis son compagnon, tous deux de Venise, Gianni et Stefano d’un petit village des Pouilles dans le sud de l’Italie, Marc et Jordi de Barcelone ainsi que beaucoup d’autres au fur et à mesure que la soirée s’avance.

Nous allons nous installer dans le dortoir et comme des amis de toujours, nous retrouver une heure après à la terrasse d’un bar siroter une bière et manger le soir dans ce même restaurantPont en pierres en Navarra avec force rires et bonne humeur !Moi qui croyais que j’allais avoir au moins 30 jours de la traversée de l’Espagne pour apprendre la langue de Cervantès !


Me voilà en train de parler celle de Dante avec force gesticulations aidées par le vin qui coule à flot ce soir !
Dès le lendemain matin, notre petit groupe d’Italiens et moi, français, nous démarrons notre journée sous un beau soleil éclatant.

Le Camino Francés nous fait franchir quantités de petits ruisseaux et de torrents et nous admirons à chaque fois des ponts en pierres, justes excuses pour de petites pauses bien méritées.Pont d'entrée sur Pamplona 

Nous avançons tantôt sur des chemins empierrés la plupart du temps d’excellente qualité, quelquefois dallés de grosses pierres plates, tantôt sur le bord de la route.Gianni et Stefano devant la porte d'entrée fortifiée dans la vieille ville de Pamplona

Nous abordons Pamplona par un jardin public et un pont surplombant une rivière et d’anciens remparts et une porte fortifiée donnant sur la vieille ville se dressent devant nous.

Nous la franchissons et une petite rue pavée montante nous amnène dans la vieille ville, aux rues étroites et mal ensoleillées.
Cathédrale de Pamplona
Nous avançons et nous nous égarons quelque peu dans le lacis des ruelles et nous demandons au moins quatre ou cinq fois notre chemin avant de nous retrouver devant le gite paroissial de la Capitale provinciale de la Navarre.Rue pietonne de Pamplona

Voici à peine 24 heures que nous nous connaissons, et nous avons déjà nos petites habitudes.

Quelques achats pour midi afin de composer notre repas.
Un bocadillo, espèce de gros sandwich, soit au jambon, au fromage, à l’omelette ou aux saucisses cale nos estomacs affamés, assis par terre, dans la rue, en attendant l’ouverture du gîte.

Dès 15 heures, nous installons dans un dortoir immense, à deux niveaux communicant par une espèce de mezzanine. René, Gianni et Stefano sur une place publique de PamplonaAprès le repas, douche et petite sieste où chacun(e) met au propre ses notes de la journée, sort quelques affaires de son sac, fait la lessive de ses vêtements de la journée et s’allonge un instant … ou plus.

Nous avons tous besoin de ce moment de détente et de repos.

Parfois, un souffle plus profond et plus fort, un quasi ronflement nous renseigne sur l’état de fatigue de la personne allongée sur son lit, mais les discussions, l’après-midi sont assez feutrées dans les dortoirs, les plus bavards(e)s devant se retrouver dehors ou dans quelque autre lieu public ou aéré.Arcades commerçantes et clocher dans le vieux PamplonaArmoiries sur un linteau de porte d'entrée

Stefano me dit qu’il commence à souffrir du cou de pied gauche.

Il m’apprend aussi qu’il n’est pas très sportif et qu’il a décidé subitement, un peu sur un coup de tête, de faire le Camino Francés de Roncesvalles à Santiago pendant ses congés, ou au minimum parcourir une partie de ce Camino. 

En tant que docteur improvisé, je diagnostique immédiatement un début de tendinite et je lui propose un massage de son cou de pied.Je vois dans son regard un éclair de contentement et d’acquiescement et je m’applique à lui masser son pied précautionneusement ainsi que le bas du mollet et du tibia Fortifications de Pamplonaavec ma crême magique que l’on trouve partout en vente libre, en Espagne, … du voltarène !Cerf et biches dans les fortifications de Pamplona

Je lui prescris une heure de repos total et c’est vers 18 heures que nous sortons, Gianni, Stefano et moi, nous promener et faire un peu de tourisme dans les rues de Pamplona.

De belles rues piétonnes, des monuments baroques, des linteaux de bâtiments où sont sculptés de magnifiques armoiries retiennent notre attention.Animaux dans les fortifications

Des fortifications enserrent un zoo, ou plutôt une espèce de ménagerie où des animaux paissent et caquetent en  liberté.Cerfs, biches, moutons, poules, canards, etc … se dévoilent à nos regards dans ce lieu paisible, sous les yeux des badauds dont nous sommes et nous faisons crépiter nos appareils Chapelle ruinée le long du Camino à la sortie de Pamplonaphotos numériques où sont enregistrées ces images paisibles. 

La sortie de Pamplona, comme toutes les grandes villes traversées est, et sera toujours pénible pour moi comme pour beaucoup d’autres Pélerin(e)s.

Des feux tricolores, des stops, des coups de klaxons, la circulation, la pollution automobile, des attentes aux passages piétons nous replongent dans l’atmosphère stressante et stressée de ces villes Panorama en direction de Pamplona dans la montée de l'Alto de Perdontentaculaires. Nous pressons toujours le pas pour ressortir au plus vite de ce bruit et de ce flot croissant de voitures et de deux-roues se croisant sans cesse sur des avenues sans fin.René devant les sculptures en fer représentant une caravane de Pélerin(e)s en direction de SantiagoL’ascencion rapide de l‘Alto de Perdon (780 mètres), montagne qui domine Pamplona est à la fois un bonheur pour les yeux et pour nos poumons en quête d’oxygène pur, mais aussi une petite épreuve tant la pente est raide et l’air vif ce matin.Colchiques dans les prés ... c'est la fin de l'été ... dans la descente de l'Alto de Perdon

L’arrivée au sommet nous réserve une surprise.
Une suite de silhouettes de pélerin(e)s en fonte, à la queue-leu-leu, en direction de Santiago à l’ouest forment une chaîne qui semble vivante.
Il y a des hommes, des femmes cheveux au vent, des enfants et même un chien et des ânes chargés de ballots.

Le vent est très violent et pour me faire photographier près de ces sculptures, je regarde la jeune fille à qui j’ai confié mon appareil photos et qui lutte contre le vent qui joue avec ses cheveux longs.
La scène me fait sourire avec bonheur et reconnaissance et je la remercie bien vivement … en anglais.

Il y a également des dizaines de molinos (éoliennes) sur les crêtes environnantes, ce qui me rappelle que nous sommes au pays de Miguel Cervantès, auteur entre autres de Don Quijote de la Mancha.

La descente, tout aussi raide et rapide que la montée est tellement parsemée de colchiques mauves qu’il en est impossible de ne pas en écraser tant le chemin en est couvert.

L’arrivée à Puente-la-Reina concrétise la fusion des quatre grands chemins ayant traversé la France (la Via Turonensis prenant naissance à Tours, la Via Podiensis, celle que j’ai pris en France venant du Puy-en-Velay, la Via Lemovicensis provenant de Vézelay et la Via Tolosana arrivant d’Arles et qui ne font désormais plus qu’un chemin jusqu’à Santiago de Compostella, appelé Camino Francés.Stefano portant son invention ... une aubergine !

L’étape a été courte aujourd’hui, à peine 20 kilomètres.Aubergine

L’après-midi se passera ici en siestes et discussions amicales couchés dans l’herbe, les jambes au soleil et la tête à l’ombre d’arbres bordant le pré jouxtant le gîte communal.
Un vrai régal et qui est conscient comme nous du bonheur tout simple d’être là, à nous reposer et deviser tranquillement, profite et profiteras d’un repos régénérateur et d’énergies de la terre.

Stefano taille, avec le couteau opinel que je lui ai prêté, un bâton de marche, son bourdon, et moi je profite, en le regardant, du soleil généreux et chaud pour faire sécher ma petite lessive quasi quotidienne de slip, chaussettes, T.shirt et short amplement imbibés de notre sueur et de la poussière du Camino !Croix en pierre sur le bord du CaminoChapelle au milieu des champs

Les quelques jours qui vont suivre seront des jours de partage et d’amitiés et aussi de rires, de soirées et de bons repas arrosés et animés par les bons vivants que nous sommes.

Car pourquoi le Camino serait-il synonyme d’austérité et de tristesse ?

Après Puente-la Reina, direction Estella, deux petites villes charmantes, où les Pélerin(e)s sont bien accueillis par des hospitaliers affables et avenants et où il fait toujours bon s’arrêter, manger, deviser et échanger.

Dans la journée, les étapes bocadillos et café con leche sont toujours prétextes à de bons moments de fraternité entre les Pélerin(e)s et je me régale toujours de ces instants de détente et d’échanges.

Denis et Chiara s'amusant dans le jardin public d'Estella Stefano, René, Dennis et Chiara a EstellaL’après-midi, Chiara, Dennis, Stefano et moi-même, profitons de l’ombre d’arbres magnifiques pour nous reposer dans le jardin public.
Nous y trouvons différents manèges et nous nous y amusons une bonne partie de l’après-midi comme des fous !

Nous ne sommes plus que quatre car, aujourd’hui, Gianni ne s’est pas arrêté avec nous à Puente-la-Reina.

Il s’entraîne sur ce parcours de Roncesvalles à Santiago, car son projet, pour l’hiver 2008-2009, c’est de traverser la Patagonie Argentine (3.000 kilomètres à pied) !

Bonne chance mon ami Gianni dans ton exploit en Argentine ! Plaque signalant la

Le matin, Chiara, Dennis et moi-même, nous accompagnons Stefano au bus.

Nous sommes émus jusqu’aux larmes de nous quitter.
Deux bises rapides et un grand sourire pour ne pas pleurer seront nos au-revoirs à notre ami, ce matin à Estella.

Chiara et Dennis doivent aussi partir et retourner à Venise car leurs congés tirent à leur fin …
Je suis triste à l’idée de voir tous mes amis Italiens partir et, devant mon regard de chien battu, Chiara décide, pour elle et pour Dennis, de rester un jour de plus avec moi, ce qui me remplit de bonheur.Joyeuse attente à la

A quelques kilomètres après Estella, à Irache, près d’un monastère, nous tombons sur une fontaine … à vin.

Au refuge précédent, l’hospitalier nous en avait parlé, mais j’avais cru qu’il s’agissait d’un canular.

Quelle surprise de voir en pleine nature, le long d’un mur, un atroupement de Pélerin(e)s qui attendent, qui de remplir sa gourde, qui sa bouteille, qui son gobelet et tout ce beau monde de trinquer joyeusement d’un vin rouge d’assez bonne qualité ma foi, au bord d’une fontaine qui distribue … à volonté, un liquide rouge que tout le monde ici présent semble bien apprécier !

Le Camino avant Los ArcosDécidemment, le Camino n’est pas près de finir de nous distribuer des surprises !

Le Camino poussiéreux, traverse des champs vallonnés et nous arrivons en milieu d’après-midi à Los Arcos, petite ville étape entre Pamplona et Logroño.

Ici, Chiara et Dennis, prendront le bus pour retourner vers leur pays, Venise et leurs destins.

Nos aux-revoirs sont tout aussi rapides qu’avec Stefano, tant je n’aime pas m’éterniser sur des adieux … surtout que ce ne sont pas des adieux, du moins je l’espère, et que des larmes ont tendance à m’inonder les yeux à la vue de leurs silhouettes s’éloigner au loin.Le cloître de l'église de Los ArcosIntérieur de l'église baroque de Los Arcos

Los Arcos est une ancienne ville médiévale, aux ruelles courbes et possédant une magnifique église à laquelle est accolé un cloître.
Le gîte communal est situé un peu à l’écart de centre historique de cette ville médiévale, derrière une rivière bordé de pelouses et d’arbres centenaires.

J’y rentre et tout de suite, j’entends des éclats de rires provenant d’un groupe coloré.
Je me sens immédiatement happé par cette vague sonore et cette énergie de vie et de gaité et c’est tout naturellement que je m’intègre à un groupe hispanophone.
Des poignées de mains, des sourires, des bises aux Pélerines et nous échangeons déjà quelques mots en anglais et en espagnol.

Saul et René devant l'église de Los ArcosA vrai dire, mon anglais est quelque peu scolaire, donc limité.
Quant à mon espagnol, je n’en suis encore qu’aux balbutiements et c’est plutôt un mélange barbare d’italien et d’espagnol qui sort de ma bouche.

J’appellerai ceci dans quelques jours l’itagnol (mélange d’italien et d’espagnol), et ce qui est le plus risible, c’est que tout le monde se comprend, tout le monde est gai et tout le mondeAu centre Eli, José et Saul rit aux éclats.

Une fois de plus, j’ai l’impression que je connais depuis des lustres mes nouveaux Frères et Soeurs du Camino Francés et que leurs présences me remplissent le coeur.

Rectilignité de certaines parties du CaminoIl y a là, rassemblés autour d’une bouteille de vin et de quelques canettes de bière, la belle Eli R. et son compagnon José T. de Las Palmas (Grande Canarie), la discrète Anna M. de Barcelone, la douce Laloo (Laurette L.), seule française qui baragouine comme moi un anglais et un espagnol approximatifs et le pétillant Saúl G.C., de San -Juan-de-Los-Lagos (Jalisco – Mexique) ainsi que quantités d’autres Pélerin(e)s.

Je ne le sais pas encore, mais ce sont ces Pélerin(e)s plus moi, qui vont former le coeur de notre futur groupe tout au long de la traversée de l’Espagne jusqu’à Santiago.Carlos, saul, Anna, Laloo, René, José et Eli dans la cour du gîte communal de Logrono

D’autres viendront se joindre à nous tout au long du Chemin et nous en quitterons certains avant d’arriver avant Santiago, et toutes et tous qui seront pris dans le tourbillon fraternel de notre groupe y laisseront une trace, un souvenir, des rires, leurs présences dans nos coeurs et dans nos âmes.

Laloo, Saul, Carlos, Eli, José et René devant le panneau d'entrée de La RiojaChus, Pilar, Anna, José-Luis, Alberto, Marc, Georg, Hector, Jordi, Carlos, Jeva, David, Mélanie, Patrick, Maurice, Jon, Olivier, etc … vous êtes dans mon coeur et j’entends encore vos voix et vos rires, je revois vos regards profonds, votre tendresse et je ressens votre amitié et votre fraternité comme un feu intérieur !

Les jours se succèdent et je fais totalement partie de ce groupe hispano-mexicano-français, et je me sens des ailes sur ce Camino.Pont sur le fleube Ebre à l'entrée de Logrono
Plus j’avance, plus je me sens en forme et je suis pleinement conscient de mon état physique, psychique, sentimental et spirituel et tous ces aspects de mon être sont au beau fixe !

Eglise de LogronoLogroño sur le le fleuve Ebre, grande ville de la Province de la Rioja, nous accueille avec son gîte paroissial au confort spartiate et rude situé dans le quartier médiéval de l’antique cité bordé de rues piétonnes, pavées et étroites.

Tout un nouveau quartier de la ville est moderne, traversée de larges avenues bordées d’arbres magnifiques.

Cet après-midi, nous sortons.

Eli, José, Saúl et moi-même, allons faire du tourisme dans les rues de cette ville.

Après quelques photos et un tournoi de billard américain arrosé de quelques bières locales San Miguel, nous voici devant la devanture d’un marchand de glaces fort appétissantes, ma Eli, René, José et Saul deant un magasin de glaces, un cornet à la mainfoi !

Il n’en faut pas plus que les “trois mousquetaires” (qui étaient par ailleurs quatre) que nous sommes, craquons chacun pour un cornet de glaces qui n’attendaient, sans conteste que nous !
Saul, Eli, José et Marc devant le gite de LogronoNous nous régalons, avec une joie non dissimulée, comme des enfants rieurs, de nos ice-cream avalés avec gourmandise !

Ce soir, vers 20 h. 30, comme dans beaucoup de refuges paroissiaux, le repas est pris en commun autour d’une grande table.
Plusieurs pélerin(e)s ont mis “la main à la pâte” et c’est devant un repas simple mais tellement appétissant que nous nous retrouvons assis pour calmer notre faim et ingurgiter cette nourriture préparée avec amour par tous ces bénévoles attentionnés.

Logroño (La Rioja) – Burgos  -  123 kilomètres

Samedi 20 septembre 2008

Eli, José, René et Saul dans le gite de LogronoJ’ai très mal dormi cette nuit, et je ne suis pas le seul !

D’abord, les matelas posés à même le sol n’apportaient qu’un  confort relatif, mais ceci n’est pas très important, surtout quand on marche sur le Camino Francés.

Dehors, il y a eu une fête foraine sur une place à 200 mètres environ de notre gîte, attirant et déversant des dizaines et des centaines de jeunes espagnol(e)s en goguette …
Des cris, des chants avinés, des bouteilles cassées sous nos fenêtres nous ont tenu réveillés jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Lorsque le signal de réveil sonne le lendemain vers 6 h. 30, plus d’un et d’une d’entre nous n’ont pas réellement les yeux en face des trous …

Nous décidons de marcher lentement aujourd’hui, à cause de la nuit et de la distance de plus de 28 kilomètres qui nous séparent de Najera, prochaine étape que nous avons fixé ensemble au petit déjeuner.Lac à la sortie de LogronoMarcelino signe des autographes

La sortie de Logroño n’est pas aussi pénible qu’on pourrait le supposer.
Certes, c’est une ville d’une certaine importance, mais une partie du Camino longe des parcs et suit un rio (une rivière).
Nous nous retrouvons enfin à la sortie de cette ville, dans un parc arboré et bordé par un grand lac.

Une nouvelle surprise nous y attend.

Un attroupement de Pélerin(e)s devant la cabane de MarcelinoLa rencontre avec Marcelino, “El Peregrino Pasante”.
Ce Pélerin (ou cet ancien Pélerin) est une vraie vedette du Camino, ici en Espagne.
Sa photo dédicacée trône dans pas mal de refuges et de gîtes en Espagne.

Pour le moment, il se trouve dans une petite cabane en bois sur le bord du Camino, cabane ressemblant à un stand de foire.
Un attroupement de Pélerin(e)s entoure Marcelino et sa cabane, et discute et rit fort.Marcelino et René à la sortie de Logrono
Décidemment, le Camino Francés n’est pas triste du tout !

Sans doute conscient de sa popularité, Marcelino signe fort sympathiquement quantités de dédicaces sur ses photos qu’il donne ensuite allègrement, pose avec une gentillesse et une patience angéliques pour des photos souvenirs, offre de petits galets peints de la flecha amarilla, reproduction de cette même flèche jaune qui oriente les Pélerins et que l’on trouve partout sur le Camino Francés, donne de grands bourdons à ceux qui n’en possèdent pas.

Un village entouré de vignes dans le vignoble de La Rioja après LogronoIl ressemble un peu au Père Noël avec ses cheveux et surtout sa grande barbe blanche broussailleuse et il embrasse avec coeur et fougue toutes celles et ceux qui veulent bien  passer par ses bras !
Nous allons, les uns après les autres, nous faire serrer dans ses bras et embrasser ce brave homme, aux yeux pétillants de gentillesse et de candeur.

Je repars plein d’entrain et ma fatigue d’une nuit écourtée me semble maintenant toute évanouie.

Najera nous voit quand même arriver fourbus, sales et poussiéreux.

Une incursion dans les douches nous renseigne tout de suite sur la chaleur de l’eau qui y coule.
En effet, lorsqu’arrive enfin mon tour de passer sous la pomme d’eau, je ressens immédiatement les “bienfaits” de l’eau glacée …
C’est une douche express glacée, ponctuée de cris aigus, que je subis à la vitesse de l’éclair et j’en ressors bien vite pour me frictionner allègrement pour me réchauffer.

La journée fut longue et la fatigue nous a rattrapé.
La nuit sera, je l’espère de tout repos … j’ai besoin de ce repos-là.

Pour ce soir, Saúl nous informe qu’il se veut se charger de nous faire un repas exceptionnel !

Ce refuge communal possède une vaste cuisine en inox, moderne et fonctionnelle où des apprentis cuistots se livrent à toutes sortes de gesticulations pour préparer des repas copieux et énergétiques.

Je l’accompagne à l’alimentation voisine, la tienda, et voici que notre ami mexicain court à droite, à gauche, qu’il s’active à choisir, à peser, à comparer légumes, viandes, fromages etc … 
Nous repartons chargés comme des mules de victuailles entreposées dans deux cartons.

Saúl a toujours une ou deux idées d’avance sur le groupe.
C’est pourquoi j’ai dit de lui que c’est un garçon pétillant.
En plus de cette qualité, c’est un garçon rieur, charmant … charmeur et d’un grand dévouement, bref tout le monde l’adore.

Ce soir, nous avons un génie qui s’agite en cuisine et vers 20 heures alors que nous sommes déjà attablés et que quelques bouteilles de vins de la Province de La Rioja ont déjà été débouchées, nous voyons arriver notre ami Saúl avec un sourire qui lui arrive jusqu’aux oreilles.
Il nous présente des plats copieux de légumes et de viandes qu’il a préparés avec amour et que nous accueillons avec une clameur d’admiration.
Bientôt les remerciements fusent et j’appelle tous les Pélerin(e)s présents à notre table à lui faire une ovation.
Des applaudissements suivent et crépitent dans la salle à manger du gîte.

Quelle soirée, où tant d’amitié et tant de fraternité seront partagés et où ce repas sera une communion chaleureuse et une reconnaissance à cette belle Ame qu’est Saúl et qui a le don de se faire aimer !

Le repas qui a été exceptionnel ce soir là, ne nous a pas fait oublier notre état physique.
C’est légèrement titubant de fatigue … et du vin que chacun(e) regagne son lit pour une nuit bien méritée.

Cette nuit-là, je suis aux loges !

Dans ce dortoir, les lits sont rapprochés deux par deux et surperposés.
Je dors au dessus d’un couple dont le monsieur ronfle comme un sonneur !
Mes raclements de gorge, mes petits coups sur le montant du lit, mes sifflements n’ont aucun effet sur lui.

Il est minuit passé et je ne dors toujours pas.
Je sors pour prendre l’air car je ne ferme pas l’oeil tant la berceuse que j’entends en dessous de moi a tout, sauf des qualités soporifiques !
Je rentre une heure plus tard et j’arrive tout de même à m’endormir très tard, pour la deuxième nuit consécutive …

Eli et un couple de ses amis à Saonto Domingo de la CalzadaLe lendemain, réveil plus que ardu et la sortie du duvet me coûte un effort surhumain !Ruines d'un établissement hospitalier du Moyen Age dédiés aux Pélerins de St-Jacques

Aujourd’hui, le trajet de Najera à Santo-Domingo-de la-Calzada où nous ferons l’arrêt du repas de midi, et la continuation jusqu’à Grañon seront vraiment difficiles.

Les deux dernières nuits avec des sommeils de quatre à cinq heures m’ont mis dans un état de fatigue intense et je ne pense plus qu’à trouver un gîte avec un bon lit où je vais pouvoir m’y affaler de tout mon long.

Eglise de Granon, transformée en dortoir ... glacial !Le gîte de Grañon, qui n’est pas très grand, affiche complet !Vitrail de l'église de Granon

Une rapide concertation entre nous arrive à la conclusion que nous ne ferons pas quelques kilomètres de plus pour rejoindre un gîte plus loin, ce qui donne tout de suite le baromètre des fatigues accumulées par nous, arrivés au niveau de ce village.

L’hospitalier, très compréhensif, nous propose de passer la nuit dans une église de pierres blanches, contiguë, désaffectée et en travaux … et glaciale.

Nous nous retrouvons le soir sur quelques galettes de mousse étalées derrière un autel enveloppé de film plastique, sur une estrade couverte de poussières.

Eli et José devant le panneau d'entrée dans la Région Castilla y LeonCette nuit-là, par miracle, aucun ronfleur, aucun bruit ne sont venus troubler la sérénité de notre sommeil, grâce à Dieu !Panneau d'entrée dans la Province de Burgos

Nous rentrons dans la Région de Castilla-y-León, elle-même partagée en trois Provinces : Burgos, Palencia et León.
Sur les 746 kilomètres du Camino Francés, cette région en occupe tout juste la moitié (373 kilomètres).

Les villages succèdent aux villages et nous abordons le lendemain après-midi, l’agglomération de Tosantos.

Ici, pas de grand dortoir mais des pièces où sont alignés des matelas au sol.Eglise troglodytiuque de Nuestra Senora de la Pena à Tosantos

Gite de TosantosAprès la douche glacée (je commence à m’y habituer), je trouve ma place dans une pièce, semble-t’il réservée aux hommes.

L’après-midi, une excursion d’une heure nous est proposée.
Nous acceptons avec joie et nous grimpons légers, sans nos sacs à dos, un chemin escarpé pour aller visiter l’Eglise troglodytique de Nuestra Señora de la Peña, construite à même la falaise surplombant le petit village de Tosantos.

Le soir, dans ce gîte paroissial, comme nous le constaterons aussi dans d’autres gîtes paroissiaux sur le parcours espagnol, une soirée de prières et de recueillement est organisée.

Aucune obligation, bien sûr.

Ce soir-là, une telle ferveur dans les prières et dans le recueillement des Pélerin(e)s présent(e)s nous a toutes et tous mis dans des états d’émotions intenses.
Lorsque l’hospitalier, un civil, nous propose de nous donner l’accolade avant de clôturer la soirée, je serre successivement dans mes bras mes ami(e)s et je les embrasse fraternellement sur les joues.
J’ai les larmes dans les yeux en les serrant ainsi sur mon coeur.
Nous nous souhaitons mutuellement toutes et tous une excellente nuit.

La lumière est à peine éteinte qu’un ronflement sourd et enflant en puissance me met sur pied en un instant.
Je sors dans le couloir et j’avise immédiatement un grand placard à produits d’entretien et à balais.
Je pousse tous ces instruments dans un coin du cagibi et je m’installe dans un espace tout juste assez grand pour étaler mon matelas de mousse recouvert de skai brun et ma carcasse éreintée.
Je m’endors, sans doute, en moins de temps qu’il me faut pour l’écrire et, d’une seule traite, je plonge dans un sommeil de plomb.

Le lendemain, je me réveille vers 6 heures frais et dispo.Anna et Jordi sur le Camino après Tosantos

Monotonie du Camino après TosantosLa forme est revenue, il ne me fallait qu’un placard comme chambre et une galette comme lit à même le carrelage pour égaler le confort d’un Palace.

La Région de Castilla-y-León se caractérise, dans sa plus grande partie, par des successions de plaines et de plateaux s’élevant vers l’ouest très progressivement en direction de Santiago où la monoculture de céréales est pratiquée à très grande échelle.

Cette monotonie est quelquefois interrompue par de petites collines calcaires blanches très peu arborées.

Entrée du village d'Atapuerca, haut lieu de la PréhistoireCette région est très peu peuplée.
Mise à part les deux grandes villes de Burgos et León, nous ne traverserons que des petits villages et des hameaux blottis dans de minuscules vallons qui creusent l’immensité des champs traversés.

Le village d’Atapuerca, est mondialement connu par les passionnés de la Préhistoire, puisque des fouilles sont menées depuis quelques dizaines d’années et se poursuivent encore aujourd’hui.
Y ont été découverts quantités d’objets usuels et d’ossements remontant, parait-il, à moins six cent mille ans … à plus ou moins un siècle, ou un millénaire près !

Un gîte propre et fonctionnel nous y accueille pour une nuit.

Nous en repartons très tôt, le lendemain matin, pour Burgos.

Eli sur le Camino avant BurgosNous marchons sur des chemins poussiéreux rectilignes et une dizaine de kilomètres avant d’arriver à Burgos, une dénivellation un peu plus importante nous apporte, avec saRené dans les fougères sur le Camino avant Tosantos végétation, une bouffée de verdure et d’oxygène.

Sur quelques kilomètres nous traversons des bois denses de chênes et de pins dominant des fougères de plus d’un mètre de haut.
Plus loin se succèdent des landes et des bruyères en fleurs.
Le Camino large et ensoleillé passe tout au milieu de cette végétation qui repose le regard.

Croix en bois dominant la plaine de BurgosSur le sommet de cette petite montagne qui se gravit sans aucune difficulté, une grande croix en bois se dresse et domine une plaine et une grande agglomération : Burgos.Panorama sur la plaine de Burgos

A quelques kilomètres de nous sous nos pieds, une immense zone industrielle s’est installée à l’est de Burgos.
C’est cette zone qu’il nous faudra traverser avec ses routes, sa circulation accompagnée par le bruit et la pollution qui en découle.

Nous prenons de profondes respirations, et nous nous préparons à pénétrer dans “l’enfer” de la vie moderne et trépidante.

Une marche, qui va nous sembler à toutes et à tous interminable, nous attend, droit devant nous.

Peinture humoristique sur un mur de maison avant d'arriver à BurgosDes avenues interminables, des rues rectilignes nous obligent à marcher tantôt sur du goudron et tantôt sur des trottoirs en béton.
Nos pieds endoloris par des heures de marche n’en peuvent plus d’avancer sur ces surfaces dures.
Rien à voir avec des chemins de terre ou d’herbe du Camino.

Tout bon marcheur connaît ce calvaire qu’il y a à marcher sur des surfaces goudronnées ou bétonnées.

Les pieds n’y résistent que très peu, même avec d’excellentes chaussures de marche et des semelles adéquates.

Burgos – León (Castilla y León)  -  178 kilomètres

Mercredi 24 septembre 2008

Cathédrale de BurgosLe centre ville historique de Burgos est de toute beauté, et le chef-d’oeuvre étant, sans conteste, la Cathédrale de BurgosCathédrale gothique Santa Maria (XIIème siècle).

Notre gîte communal, moderne et très fonctionnel, a été refait à neuf depuis trois ans par la Municipalité de Burgos, et n’est qu’à une centaine de mètres de la Cathédrale.

René devant la Cathédrale avec un Pélerin en bronzeNous consacrons  une bonne partie de l’après-midi à la visite des rues piétonnes et commerçantes de la vieille ville, des différents monuments, visites ponctuées par d’autres traditionnels arrêts cervezaRepas fraternel San Miguel à la terrasse de bar sur des places ombragées.

Le lendemain matin, après une bonne nuit de repos, la sortie de Burgos est tout aussi pénible que l’entrée, mais parcourue plus rapidement, car cette fois-ci, nous n’avons plus à traverser cette zone industrielle, sale, bruyante et polluée située à l’est de cette ville.

Les plateaux de la MesetaA partir d’aujourd’hui, et pour de nombreux jours, nous allons traverser cette région géographique Une autre vue de la Mesetaau coeur de la Castilla y León appelée Meseta, caractérisée par ses plateaux de monoculture intensive.

A cette saison il ne reste que l’éteule dressée.

Les céréales ont été coupées depuis sans doute plus d’un mois.
Des châteaux de paille impressionnants en hauteur et en largeur ponctuent, ça et là, la monotonie de ce panorama.

Monastère de San AntonDes villages nous accueillent comme Hontanas où nous dormons dans un gîte tout à fait convenable.Porche du monastère

Le lendemain, la traversée d’un porche et de bâtiments impessionnants nous incitent à un arrêt.

En fait, il s’agit de l’ancienne entrée et de bâtiments conventuels et d’une église, le tout appartenant au monastère de San Anton Ruines de l'église abbatiale(XIIème/XIVème siècles).

La route goudronnée passe à travers !

Les immenses ruines de l’église abbatiale et des bâtiments conventuels nous laissent admiratifs et rêveurs.Notre groupe devant le monastère

Quelle grandeur et quelle importance spirituelle et temporelle devaient avoir sur la région les abbés qui l’ont dirigée pendant des siècles !

Aujourd’hui, on y entre comme dans un moulin.

Seul un gardien nous accueille avec quelques mots de bienvenue et nous découvrons avec stupéfaction, scellé contre un pan de mur de l’église en ruines, un distributeur automatique de Coca-Cola !

CastrojerizJe découvre l’immensité de ces ruines imposantes, mais rapidement je préfère en partir.
J’entraîne dans ma suite notre petit groupe de Pélerin(e)s vers de nouveaux horizons.

Je ne veux pas faire dans l’anti-américanisme primaire, mais que vient faire ici, un distributeur automatique de Coca-Cola dans un monument historique !

Castrojériz constitue une exception dans la platitude du paysage environnant, village dominé par une colline couronnée Soirée fraternelle et musicale à CarrionSoirée fraternelle et musicale à Carriond’un château féodal en ruines (XIVème siècle) que l’on aperçoit des kilomètres au loin, avant d’y arriver.

Après Castrojériz, nous entrons dans la Province de Palencia avec le village d’Itero de la Vega.
Boadilla del Camino, Carrión de los Condes, Terradillos de los Templarios seront nos prochaines étapes sur un Camino monotone.

Saul à la guitareA Carrión de los Condes, comme à Najera il y a une semaine, Saúl se “déchaîne” et nous prépare un Carlos à la guitarerepas de fête au gîte.
Toute la soirée se déroule comme par enchantement et,  jusqu’à 22 h. 30 des chants folkloriques traditionnels mexicains, espagnols, canariens, brésiliens, italiens retentissent dans la salle à manger.
Tout le monde pousse de la voix pour le plus grand bonheur de toutes et de tous.

Sahagun, centre du Camino Frances en EspagneNous entrons dans la Province de León et le premier bourg important que nous découvrons est Sahagún.

Sahagún marque aussi le centre géographique du Camino Francés en Espagne.Saul, moi et Laloo près de la stèle de Sahagun
Près d’un carrefour, un petit monument en pierres le précise et, tout à côté, deux semelles de bronze sont scellées sur le trottoir où il est de tradition d’y poser les siennes.
Bien sûr, les photos sont de rigueur pour immortaliser cet évènement.
Nous nous octroyons ici une pause bien méritée, devant ce monument et posons pour la postérité à tour de rôle.
Nos appareils photos numériques respectifs crépitent !

Crucifix dans le village d'El Burgo RaneroEl Burgo Ranero sera notre prochain arrêt pour la nuit.

Marcher dans la Meseta qui s’étend sur plusieurs provinces du nord de l’Espagne, n’est pas fatigante physiquement parlant puisque le Camino est quasiment tout plat.
Peu d’efforts sont nécessaires pour mettre un pied devant l’autre sur des surfaces planes, avec des dénivelés peu importants du matin au soir.
Ce qui est plus difficile à supporter, c’est cette succession de lignes droites sans ou avec très peu de reliefs.
Rien à voir avec la verte Navarra passée, ou avec la Galicia que nous parcourerons quelques jours plus tard, où nous trouverons une succession de cols à franchir, de montées et de descentes.

Nous avons constaté et expérimenté, bien sûr, la ligne droite la plus longue du Camino Francés.
Elle mesure neuf kilomètres, totalement rectiligne … un virage à gauche et une autre de huit kilomètres, sans aucun village ni point d’eau sur ce trajet !
Dans ce cas-là comme dans d’autres lignes droites moins longues, il est inutile de regarder l’horizon, il ne change que très peu.

Chacun(e) regarde ses pieds ou fixe le sol à un mètre devant ses pieds, prie, médite, quelquefois chante ou sifflote.
Ce paysage convie à une intériorisation et les discours entre nous se font plus rares dans la Meseta.
Le groupe s’effiloche sur plusieurs centaines de mètres quelquefois.
Aucun problème, on ne peut pas se perdre, il n’y a qu’un chemin, le Camino … et c’est toujours tout droit.

Nous sommes tellement soûls de cette monotonie qui nous sape légèrement le moral que nous décidons, pour le lendemain, de faire une étape importante et relier la grande ville de León d’une seule traite, soit 38 kilomètres de long.

Nous savons que, ce qui nous attend, ce ne sont plus 7 ou 8 heures, ce qui constitue notre moyenne journalière, mais 9 à 10 heures de marche.
Nous savons aussi que la dernière heure est la plus usante et la plus difficile à parcourir.

Mais le sentiment d’overdose de ces paysages est tel chez les membres de notre petit groupe, que quelques regards échangés entre nous suffisent à décider les plus réticents à choisir cette option pour le lendemain.
Nous nous couchons tous, ce soir, avec la ferme intention d’arriver dans la grande ville de León et y dormir demain soir.

Lever de solelNous partons très tôt le matin, à peine les premiers rayons du soleil effleurant la campagne environnante dès la sortie d’El Burgo Ranero.
Nous sommes déjà à 878 mètres d’altitude, et le petit matin est très froid.
Pour nous réchauffer, notre allure est rapide et notre souffle marque l’air d’un petit nuage de vapeur d’eau visible qui se forme à chaque expiration.

Nous avons à parcourir ces 38 kilomètres aujourd’hui et, si nous y parvenons, ce sera mon “record personnel”.
Nous avons déjà rencontré, sur le Camino, d’autres Pélerin(e)s faisant des étapes encore plus longues, mais moi, je n’ai jamais encore dépassé les 35 kilomètres jusqu’à aujourd’hui.Ancien mur d'enceinte de Leon
Fontaine dans LeonJe verrai bien dans quel état physique je serai à l’arivée …

Plus de dix heures de marche coupée par de nombreux arrêts, surtout dans l’après-midi pour nous désaltérer, nous arrivons vers 16 heures 30 à León, capitale de la Province du même nom.

L’entrée dans cette ville se fait en longeant une autopista à quatre voies, et bien avant d’arriver dans la cité, nous Cathédrale de Leonprogressons dans un vacarme insupportable généré par la circulation des véhicules qui sortent et rentrent sans cesse par cette artère majeure, et que nous longeons.

Bientôt, une passerelle nous permet d’enjamber cette autoroute et rentrer dans la ville.portail d'entrée dans la cathédrale de Leon

Il nous faut encore près d’une heure pour arriver au centre ville et trouver le gîte communal.

Une bonne douche chaude à souhait nous permet d’évacuer une partie de notre lassitude et la totalité de la poussière blanche qui colle à nos cheveux et notre peau.

Archange St Michel terrassant le dragonCe soir Anna M., notre amie Pélerine nous quitte et va rejoindre, en train, la ville de Barcelone où elle travaille et y habite avec son compagnon.

Un peu de tourisme avec elle, nous découvrons les charmes de la vieille ville de León et sa Cathédrale Fontaine dans Leongothique du XIIIème siècle, mais le coeur n’y est pas vraiment.

Notre belle Anna, discrète et toujours souriante, parfaitement bilingue, toujours disponible pour nous traduire des mots, des textes ou des expressions espagnoles en français embrasse avec tendresse et amitié chacun de nous tous.

Quelle émotion de quitter ainsi une belle Ame et de la laisser partir au loin, vers son destin et sa Vie, cette belle Âme !

Décidemment, je ne supporte pas les aux-revoirs .. mais je sais que je devrais m’y préparer pour après et encore après …

Ce soir, nous n’allons pas nous faire bercer, et après le repas, chacun se dirige sans trop de bruit vers son lit … et s’endort tranquillement dans la douceur et la chaleur de son duvet.

León (Castilla y León) - El Cebreiro - 157 kilomètres

Mercredi 1er octobre 2008

Le réveil, dans ces grands gîtes communaux est toujours très matinal …
Il y a toujours au moins un ou deux Pélerin(e)s décidé(e)s à partir avant que le soleil se lève !

Je m’éjecte du lit et tout de suite, je me rappelle qu’aujourd’hui, ma chère petite maman aurait eu 84 ans.
Je me sens à nouveau orphelin toute la journée.
Statue en fer forgé près d'une mareJ’avance avec mes souvenirs, ma peine renouvelée et je demande à mes compagnons(gnes) du Clocher d'église couvert de nid de cigognesgroupe de me laisser seul une partie de la journée.
Je m’en explique et je donne les raisons et les besoins de ma solitude, aujourd’hui.

Je marche à environ 300 à 400 mètres en avant du groupe, seul.

Nous nous regroupons en fin de matinée pour manger le traditionnel bocadillo et boire le fameux café con leche trop sucré, mais toujours délicieux !

Pont sur la rivière OrbigoAvant d’arriver à l’étape suivante que nous avions fixée ensemble ce matin, je me laisse rattraper par le groupe et Eli vient m’embrasser avec tendresse et affection.
Je me laisse prendre dans ses bras et je me fais envahir quelques minutes par l’émotion d’être serré dans les bras de cette si belle femme, de notre si belle Soeur du Camino !

Nous arrivons donc, bras dessu -bras dessous à Hospital de Órbigo, ville moyenne sur la rivière Órbigo qui lui a donné son nom.

Un pont gothique médiéval du XIIIème siècle franchit ce rio sur vingt arches et s’étend sur 200 mètres.Facade de l'albergue parrochial de Hospital de Orbigo
Nous abordons cette petite ville où nous trouvons rapidement le refuge paroissial.Patio de l'albergue de Hospital de Orbigo

La facade de ce bâtiment a été refaite à neuf, et cache ou protège des regards indiscrets un patio à l’intérieur duquel s’épanouissent des plantes aux fleurs multicolores.
Plus profondément encore, un autre passage s’ouvre sur une pelouse limitée par un autre bâtiment où sont installés dortoirs, douches, cuisines et commodités.

La fin de l’après-midi sera occupée par nous tous au farniente, aux lessives quotidiennes, et à la détente … les orteils en éventail, couchés dans l’herbe.

Sur le Camino, quelque part dans la Province de Palencia, mon regard a été attiré sur un graffiti, comme il en existe des centaines et des milliers d’autres sur les murs, en Espagne comme en France.

LIFE IS BEAUTIFUL !

Bien sûr, que je savais et que je sais que la vie est belle, mais pourquoi ce graffiti “LIFE IS BEAUTIFUL !” a-t’il résonné aussi justement en moi … et résonne aujourd’hui encore ?

Sur la pelouse du gîte d’Hospital de Órbigo, je suis dans le ”LIFE IS BEAUTIFUL !”,  je le vis totalement, j’en jouis pleinement !

Saul près du crucifix en pierre dominant la valée d'AstorgaLe Camino étire sans fin son ruban de terre et de poussière blanches, et nous amène en vue La vallée d'Astorgad’Astorga, ville moyenne perchée au loin, sur un plateau que l’on abordera après une descente et une vallée de plus de deux kilomètres à parcourir.

En effet, nous découvrons, près d’un crucifix en pierre érigé sur une colline, cette vallée et au loin Astorga.

 Le gîte communal me semble être construit sur le point culminant de ce plateau et nécessite une dernière Eglise d'AstorgaPorche d'entrée dans l'église d'Astorgaascension pédestre un peu rude sous le soleil qui finit de nous prendre nos dernières forces vives de la journée.

Nous y posons nos sacs avec soulagement et prenons notre douche avant de nous reposer un petit moment.

Nous retrouvons ici une bande de joyeux drilles que nous avions déjà rencontrés précédemment à Atapuerca, à Burgos et à León.
Il y a notamment Stephan W., Rudi  R. et Georg M. (surnommé Capitan, je ne saurai jamais pourquoi ?), tous trois Allemands et Jeva H., une jeune fille Coréenne.

Stéfan et René devant l'église d'AstorgaLe premier est plutôt effacé mais son regard respire la bonté et ses yeux pétillent à chaque instant.
A chacune de ses paroles, c’est une magie de l’entendre parler un français hésitant avec un accent germanique à couper au couteau !
Quand il me dit qu’il souffre de mucoviscidose, je l’admire et je me demande bien par quel miracle un jeune homme avec une si frêle silhouette peut porter un sac aussi monumental et parcourir d’aussi longues distances !
Les deux autres sont d’une gaité à toute épreuve et nous font rire toute la soirée.
Un peu plus tard ils vont inventer une idée de sortie … au cas où on en aurait envie et même encore la force !
Mais pourquoi pas, après tout ?!
La dernière de cette bande des quatre joyeux drilles, qui vient de Corée du Sud, possède un rire cristallin qui met tout le monde dans un état d’hilarité générale !
Je l’avais déjà entendu rire un jour, lorsque nous étions en train de visiter une petite chapelle sur le bord du Camino.
Elle était déjà avec Georg et Rudi.
Nous sommes sortis en courant de la chapelle, un peu honteux quand même, mais en riant comme des bossus sans savoir pourquoi on riait …

Nous allons tous manger ensemble ce soir, et dans la cuisine ce n’est qu’un joyeux désordre où chacun apporte les trésors qu’il (elle) possède dans son sac et l’on met tout en commun.

Tradition de l’auberge espagnole en Espagne ?!

Oui, et ce qui est magique à chaque fois, c’est que la table dressée déborde d’au moins une dizaine de mets salés et sucrés différents.
C’est l’abondance !
Chacun des convives ressortira de la table complètement repu … et le ventre bien tendu … merci petit Jésus !

A la fin du repas, Georg et Rudi nous annoncent, pour tous ceux qui le veulent bien, un rendez-vous au Pub Irlandais près de la Mairie … pour boire la bière brune “Guiness” !
Voilà une bien drôle d’idée, une bien bonne idée … ces deux-là ont du déjà repérer le coin avant nous !

Peu de temps après nous sommes tous rassemblés dans ce Pub bruyant et enfumé à souhait pour une belle et joyeuse soirée.
Bientôt les chopes de Guiness brunes tintent et nous trinquons avec gaité.

A 22 heures passées, Saúl et moi, nous donnons le signal de départ et de retour au gîte.
Nous apprendrons le lendemain matin que Rudi, Georg et Jeva sont rentrés en pleine nuit … légèrement éméchés !

Vers 8 heures du matin, tout le monde est sur pied, arnaché et chaussé pour une nouvelle étape de plus de 30 kilomètres.

Après Astorga, nous remarquons que la géographie et le paysage commencent à changer insensiblement.
Des collines se forment, la végétation est un peu plus verte, la monoculture de céréales a tendance à disparaître.

Nous avançons toujours vers l’ouest et nous abordons petit à petit la chaîne de montagnes qui va nous amener dans quelques jours à la frontière de la Région Castilla-y-León et de la Galicia.

Foncebadón est un village à 90 % en ruines, à 1.439 mètres d’altitude, sans doute déserté depuis des années par sa population désireuse de trouver un climat et des conditions de vie moins difficiles.

Grâce au renouveau du Pélerinage de Saint-Jacques depuis les années 50, et surtout amplifié ces dix dernières années, trois gîtes communaux, de faible et moyenne capacité (25 à 75 lits) se sont installés ici, prenant place dans d’anciennes fermes en ruines et redonnant de fait un peu de vie au village.

Dès la tombée de la nuit, il fait extrêmement froid, et les Pélerin(e)s présent(e)s dans notre gîte se retrouvent autour d’une table fraternelle où il fait bon déguster une soupe brûlante, un plat de pâtes au fromage, un yaourt et un fruit.
Je mange à côté de deux Pélerins extrêmement sympathiques et rieurs.
Pour eux comme pour moi pour le Camino Francés est un lieu d’échanges fraternels entre les hommes et les femmes, un lieu d’amour et d’amitié, de respect et d’écoute, mais nullement d’austérité … et de plus, qui aiment bien rire.

Le premier s’appelle Olivier L. et vient de Bruxelles (Belgique).
Il doit avoir environ 25 ans et parle, bien sûr, admirablement bien le français et comme moi, baragouine un espagnol approximatif.
Le deuxième se nomme Jon M. et habite à San Sebastian (Pays Basque Espagnol).
Il parle quatre langues : l’espagnol, le basque, l’anglais et … un peu le français !
Nous devenons amis instantanément et bien que la langue de Cervantès ait fait un certain progrès en moi depuis que je suis en immersion dans ce pays, nous nous parlons un peu en anglais et surtout en français.

La nuit est glaciale et nous demandons des couvertures supplémentaires que nous jetons sur nos duvets pour trouver une chaleur et un sommeil réparateur.

Le lendemain matin, le réveil est brutal car notre hospitalier a la délicate idée d’allumer la lumière à 6 h. 45.
Ce n’est que peu dire la difficulté de sortir d’un cocon douillet pour s’habiller dans une pièce où il ne fait pas 10 ° C. !
Le café brûlant et de bonnes tartines de pain au beurre, à la confiture et au miel finissent de nous réveiller et de nous réconforter.

Il est 8 heures … il est l’heure de partir !
C’est écrit sur le réglement affiché dans l’entrée du gîte, et comme nous sommes des Pélerin(e)s obéissant(e)s, nous nous exécutons sans rechigner.
En récompense, nous avons droit à une virile poignée de mains accompagnée d’un franc Buen Camino … et nous voilà toutes et tous dehors à affronter la température glaciale de l’aurore.

Lever de soleil sur FoncebadonEn effet, il doit faire entre – 3° C. et – 5 ° C. et notre seule chance de salut pour ne pas geler sur Lever de soleilpieds, c’est d’avancer et de franchir le Mont Irago à 1.504 mètres d’altitude et redescendre ensuite dans la vallée suivante pour retrouver une température un peu plus clémente.
Nous avons à parcourir à peine deux kilomètres avant ce sommet, et nous avons le grand bonheur d’assister à un formidable lever de soleil … glacial, mais tellement puissant dans l’air pur.

La Cruz de Ferro sur le Mont IragoLe mont Irago est surtout connu pour la croix érigée sur son sommet, la Cruz de Ferro.Chapelle sur le Mont Irago

Elle trône sur et au milieu d’un énorme tumulus de pierres plates sur lesquelles sont déposés quantités d’objets hétéroclites dans une joyeuse pagaille.

Il est de tradition poser ici qui une pierre, qui un bout de bois, qui un foulard, un ruban, qui une boîte, etc …
Sur certaines de ces pierres sont écrits des messages personnels.

Je ne peux pas m’empêcher d’inscrire sur une lauze ramassée sur le bord du Camino cette inscription : “ René, Avignon, France, 4 octobre 2008 ” et la déposer au pied de la croix.

Plan de bruyères dans la descente du Mont IragoNotre ami Saúl qui avait pris la décision, la veille, de s’arrêter et dormir dans un village en plaine situé à six kilomètres avant Foncebadón, prendra dans la matinée une photo de mon inscription.Dans la descente du Mont Irago

Le soir-même où nous nous sommes retrouvés à Molinasecca, il me fera visionner sa photo et je reverrai ainsi mon inscription déposée au pied de cette croix.

Maison fleurieL’étape de Molinasecca passée, c’est à Ponferrada que se retrouve, pour un déjeuner bocadillos, café con leche y dulce, notre groupe fraternel.Notre groupe à l'entrée de Ponferrada

La pause plus longue que d’habitude, est même exceptionnellement longue ce midi car nous souhaitons profiter un peu du soleil généreux qui nous réchauffe depuis ce matin.
Chateau des Templiers
En plus l’endroit que nous avons choisi fait face aux murailles de l’imposant Château des Templiers (XIIème – XIVème siècles).
Sans doute aussi, est-elle due à l’excellence des pâtisseries et viennoiseries que nous avons trouvées au bar et que nous ingurgitons en quantité non négligeable …Murailles du Chateau des Templiers

Ma foi, je ne le savais pas (quoique), que mes ami(e)s étaient aussi gourmands que gourmets !

Monuments dédié aux Donneurs de SangNous repartons repus comme des ogres et nous formons l’idée que nous n’avons pas été très raisonnables et que maintenant, si nous trainons la patte pour rejoindre Villafranca del Bierzo, notre prochaine étape, il ne faudra nous en prendre qu’à nous … et à notre gourmandise !Notre graffiti sur une pierre d'une fontaine couverte

La sortie de Ponferrada, longe les grands axes routiers et c’est un calvaire de marcher le long de routes sur un bas-côté inexistant, et se faire frôler à chaque instant, à quelques dizaines de centimètres, par des voitures et des camions roulant à vive allure.

Repas fraternel à VillafrancaNous assistons aussi, un peu plus loin, à un étrange ballet de tracteurs tirant chacun une remorque contenant d’immenses paniers parfois vides, parfois remplis de raisins.
Nous en comprenons bientôt la signification en voyant la Coopérative Vinicole de Ponferrada.
C’est sans doute le jour ou la semaine des vendanges … et cette date a du être programmée avec et par les viticulteurs de cette province.Repas fraternel à Villafranca

Ce soir, au gîte, quelle joie de nous retrouver assis autour de trois grandes tables et faire la connaissance d’autres Pélerin(e)s et nouer de nouvelles amitiés et complicités fraternelles !

Nous nous lions d’amitié avec Maurice Mc D. de Dublin (Irlande), Mélanie K. de Sydney (Australie) et Patrick K. d’Halifax (Canada).

Mélanie est une jeune fille extrêmement belle, avec un grand sourire franc et communicatif.
Patrick est aussi ce que l’on appelle un très beau garçon, et je fais remarquer discrètement à mon petit groupe, que ces deux là se sont bien trouvés … ils sont ensemble en permanence !

Et pourquoi pas une romance d’amour entre une belle australienne et un beau canadien ?

Certes pas facile à se rencontrer tous les jours, mais qui a dit, avec raison, que l’amour n’a pas de frontière ?

Moi, je les trouve craquants ces deux-là, et je déclare tout de go à l’assemblée de Pélerin(e)s réuni(e)s pour le repas du soir que nous avons élu le plus beau couple de la soirée : Mélanie et Patrick.
Tout le monde les félicite, les applaudit et ces deux tourtereaux rient avec nous de bon coeur de la déclaration à voix haute que je viens de faire.

Le lendemain, après une nouvelle longue marche sur le chemin bordant une route à  grand débit de circulation, nous attaquons enfin, sous un soleil de plomb, le fort dénivelé de cette montagne que les Pélerin(e)s considèrent comme mythique : l’El Cebreiro.

Cette montagne n’est pas exceptionnellement haute, puisqu’elle ne culmine seulement qu’à 1.320 mètres d’altitude.
Elle forme à la fois une frontière administrative entre les Régions de Castilla y León et de la Galicia, créée un changement assez radical du climat puisque les préciptations venant de l’océan Atlantique sont arrêtées par la chaîne de montagnes où ce dresse ce sommet, et constitue aussi le passage dans la dernière Région où le but de notre voyage nous y attend.

C’est pour ça qu’elle est mythique, c’est une porte d’entrée vers Santiago de Compostela.

El Cebreiro - Santiago de Compostela (Galicia)  -  157 kilomètres

Mardi 7 octobre 2008

Dès notre lever à 6 h. 30 le matin, nous constatons que le temps a changé.
On nous avait prévenu : la Galicia est une région verte parce que soumise à de nombreuses précipitations.

Là, ce n’est pas une averse ou des averses, des trombes d’eau tourbillonnent sous l’effet des bourrasques de vent.

Des trombes d’eau tourbillonnantes ?
Des bourrasques de vent ?

Depuis mon passage des Pyrénées, de St-Jean-Pied-de-Port à Roncesvalles, il y a plus de trois semaines, j’avais oublié que ce type de temps existait !

Dès le premier pas au dehors, nous sommes tout de suite dans le bain si je puis dire, car l’eau s’infiltre déjà de toutes parts, nous sommes mouillés dehors, nous sommes mouillés dessous, nous sommes mouillés partout !

Nous tenons nos capes de pluie qui virevoltent comme nous le pouvons, les mains trempées et gelées dès la première minute et nous commençons une descente le long de la route goudronnée sur huit kilomètres pour remonter un nouveau col, le monte do Poio culminant à 1.330 mètres.
Ici, nous nous réfugions, totalement transis et trempés dans un bar que nous inondons de nos vêtements trempés.

Nous changeons, les uns et les autres, nos vêtements mouillés pour des vêtements secs que nous récupérons dans nos sacs à dos.
Une heure après, le temps est toujours aussi désespérant et, après avoir ingurgité cafés et chocolats chauds, nous bravons à nouveau les éléments naturels pour entamer notre descente jusqu’à Triacastela.

Heureusement, avant midi, le soleil daigne déchirer quelques nuages et la pluie consent à s’arrêter de nous inonder avec force.

Jeva et Saúl, totalement épuisés par cette étape et transis décident de s’arrêter ici pour la nuit, car ils n’ont plus assez d’énergie pour continuer jusqu’à Samos.
Nous les quittons ici, nous les retrouverons demain ou après demain plus loin.
Nous reprenons le Camino jusqu’à l’étape que nous nous étions fixée pour le soir.

Après une descente rapide, au milieu des bois, sur la ville de Samos, nous découvrons avec admiration, un ensemble monumental de bâtiments conventuels contigüs à une église (XVIIème/XVIIIème siècles) construits en pierres apparentes.
Sur un côté de ces bâtiments, s’ouvre une grande porte cochère donnant directement sur un dortoir où s’alignent des lits superposés.

Le jour suivant, le Camino qui va nous mener à Portomarin, est une étape casse-pattes, tant ce chemin est une succession de côtes et de descentes.

Je retrouverai cette sensation de fatigue et de léger découragement dans deux jours, d’autant plus amplifiés que les pourcentages des dénivélations successives seront plus importants qu’aujourd’hui.

Toute la journée, le temps a été menaçant, et plus d’une fois, il m’a semblé recevoir quelques gouttes … mais, non … jusqu’à Portomarin.

500 mètres à peine avant d’arriver au gîte, alors que nous sommes déjà arrivés dans cette ville, nous recevons une rincée qui nous oblige, dans la précipitation, de revêtir nos capes de pluie et presser le pas.

Portomarin est une ville moyenne que l’on aborde après avoir traversé un pont métallique dominant un lac artificiel créé par un barrage construit au milieu du siècle dernier.
Le niveau de la retenue d’eau étant particulièrement bas à cette saison, lorsque nous arrivons dans cette ville, nous pouvons tout à loisir, regarder les fondations des maisons détruites qui ont été inondées lors de la mise en eau de ce barrage en 1962.
Ne le sachant pas en arrivant dans cette ville, c’est une sensation très étrange qui vous prend à la gorge.
Nous nous demandons ce qui a bien pu arriver ici pour voir autant de maisons en ruines en contrebas de ce pont : un tremblement de terre, un tsunami, une rupture de barrage, etc …
L’hospitalière qui nous accueille dans le gîte communal nous en donne rapidement l’explication.

Nous faisons la connaissance d’un groupe de quatre jeunes Pélerins Espagnols qui parcourent le Camino Françés en vélos-tous-terrains de Roncesvalles à Santiago de Compostela et d’un autre groupe de douze autres jeunes Pélerin(e)s particulièrement délurés faisant retentir de joyeux éclats de rire.
Parmi ces derniers, un jeune homme, très doué pour la prestidigitation, nous propose un petit spectacle improvisé.
Pendant plus d’une heure, au moyen de jeux de cartes et en les manipulant adroitement, il nous fait jaillir de nos bouches régulièrement de grandes onomatopées d’étonnement suivies immédiatement par des applaudissements nourris.

La soirée se passe ainsi, à l’intérieur du bâtiment, protégés de la pluie qui s’est remise à tomber à seaux, après la petite accalmie du début de la soirée.

Nous nous nous concertons avant de nous coucher, et pour la première fois les avis divergent sur les trois prochaines étapes.
Nous sommes désormais très proches de Santiago, c’est à dire à moins de 100 kilomètres de notre but fixé et nous souhaitons chacun faire le point et le bilan de près de quatre semaines de marche.
Pour ma part, j’informe mes ami(e)s de ma désision de vouloir finir ce Camino seul, comme je l’ai commencé à la première étape.

Je ne suis pas le seul à désirer ceci et nous laissons le “hasard” ou le “destin” décider de nous retrouver ou pas sur les deux prochaines étapes.
Deux étapes et non trois pour moi, car je souhaite accélérer le pas et augmenter les distances journalières parcourues pour arriver le plus vite possible à Santiago, si possible samedi en début d’après-midi.

Nous arrivons à nous entendre sur le lieu et l’heure du rendez vous du dimanche 12 octobre à Santiago de Compostela : plaza Obradorio devant l’entrée de la Cathédrale, une heure avant la Messe des Pélerins.

Je vais finir ce Camino comme dans un  rêve, attiré vers ce lieu magique comme un aimant, et poussé par une force invisible qui me donne des énergies jusque là insoupçonnées.

Je bats à nouveau mon “record personnel” sur la distance Portomarin – Melide : 39,5 kilomètres en une seule journée.

J’y arrive totalement éreinté après plus de dix heures de marche.

Une surprise m’y attend.
Le gîte communal est exceptionnellement fermé pour cause de nettoyage et de désinfection !

Un aimable habitant espagnol me voyant dans l’embarras total me prend en pitié, sans doute à cause de mon air effaré et mes traits tirés de fatigue.
Après une explication rapide, me prenant par le bras, il m’entraîne vers un petit hôtel situé dans une rue de la vieille ville.
Je me demande bien dans quel coupe-gorges il m’emmène !
Peu importe, je me laisse faire et je découvre avec surprise un hôtel tout simple au carrefour de deux rues.
L’hôtelier me propose une chambre avec salle de bains individuelle pour vingt euros.
J’accepte immédiatement et je grimpe péniblement au 4ème étage pour y trouver une chambrette proprette, soignée et calme.

Un vrai lit, propre, grand pour moi tout seul.
Pas de ronfleurs, pas de bruit, pas de parlotes.
Quel bonheur !

Une bonne douche ravigorante, je grignote quelques biscuits trouvés au fond de mon sac, une prière de remerciements pour ce cadeau inespéré et je m’endors aussitôt.
Le matin, une nouvelle douche, un petit déjeuner copieux et me voilà frais et ragailladi pour affronter l’avant-dernière étape qui va m’emmener de Melide à Arca do Pino.

La journée est très éprouvante pour le moral et le soir en arrivant mes jambes me font horriblement souffrir.
Mes genoux sont en loques et je supplie le Ciel de me donner encore quelques forces pour parcourir les deux dernières dizaines de kilomètres et arriver à Santiago.
Le gîte est au bord de la route nationale, et je me couche dans un dortoir d’une huitaine de personnes.
Les lits métalliques grincent, j’ai mal de partout …
Je me relève au bout d’un quart d’heure pour avaler quatre antalgiques de paracétamol avec un verre d’eau ainsi qu’un cachet de voltarène.
Au bout d’une heure, les douleurs sont enfin vaincues et je m’endors d’un sommeil profond.

Samedi 11 octobre 2008

Depuis hier soir,  je ne suis plus qu’à 21 kilomètres de Santiago.
Je sais que je vais voir enfin aujourd’hui la Cathédrale de Santiago de Compostela.
Dans le meilleur des cas ce sera vers midi, dans le pire des cas à quatorze heures !

Mes membres inférieurs sont lourds ce matin, mes épaules et ma nuque endolories par 28 jours de marche et de portage de sac à dos.
J’ai l’impression que je n’avance pas et que mes semelles sont en plomb !
Pourtant, j’avance bien !

Pour éviter les douleurs intolérables d’hier soir, je me suis résolu à avaler ce matin, en plus d’un cachet de paracétamol, à nouveau un cachet de voltarène.

L’arrivée à Monte do Gozo (385 mètres d’altitude), également appelé Mont-Joie en français, est un moment que beaucoup de Pélerin(e)s attendent et qui domine la vallée de Santiago.

Tout d’abord, une espèce de pyramide tronquée sur laquelle deux plaques de bronze est érigée et rappellent que le Pape Jean-Paul II est venu se recueillir en ce lieu en 1982 avant d’aller prier à Santiago.
Une espèce de sculpture ovoïde percée couronne ce monument et semble indiquer, à travers sa fenêtre la direction du tombeau de l’Apôtre Jacques-le-Majeur.

Tout près de là, un immense gîte attend les Pélerin(e)s afin qu’il s’y reposent avant d’aborder les huit derniers kilomètres qui les amenera au centre ville, devant la Cathédrale de Santiago de Compostela.

Je fais une rapide halte près du monument, suivie d’un deuxième petit arrêt pour m’offrir un délicieux jus d’orange, histoire de me donner d’ultimes forces pour dévorer ces tous derniers kilomètres.

Je regarde le panorama de la ville moderne de Santiago qui s’étale dans la plaine, quelques 80 mètres plus bas dans la vallée.
J’essaie de deviner les tours de la Cathédrale qui, paraît-il, se voyaient au Moyen-Age, et même des siècles après.
Cette montagne, ou plutôt cette colline porte ce nom, car les anciens Pélerins voyant enfin de leurs yeux les tours de la Cathédrale, manifestaient ici leur joie avec force cris et rires si bien que le nom de Mont-Joie a été donné à cet endroit, ou Monte do Gozo en espagnol.

Je ne voie pas ces tours.
Sans doute les constructions modernes du XXème siècle ont-elles créé un écran de béton entre le point de vue où je suis en ce moment et les tours de la Cathédrale.

Je pars et moins de deux heures après, j’aborde les vieilles rues de Santiago pour me trouver subitement en face d’un édifice imposant, d’architecture baroque.
Des centaines de Pélerin(e)s sont là, assis sur les marches ou à même le sol, devisant entre eux, devant la Cathédrale !

Je ne peux pas me résoudre à entrer tout de suite en ces Lieux Saints, et je détourne le regard des Pélerin(e)s qui me croisent.
Je suis envahi par une émotion irrépressible devant cet endroit qui dégage une intense énergie spirituelle de la même force vibratoire que celle que j’ai ressenti dans l’église abbatiale de Conques, lorsque j’étais avec mon amie Agnès et mon Frère de coeur Quentin.

J’ai choisi d’être seul pour faire ces dernières étapes et là, d’un seul coup, mes Frères et Soeurs de mon groupe me manquent et cette situation me fait souffrir atrocement.
J’ai envie de les serrer sur mon coeur, de les embrasser, de les toucher, de voir leurs yeux ébahis, leur émotion, me nourrir d’eux et qu’ils se nourrissent de moi.

Demain, je les serrerai sur mon coeur, toutes et tous, sur cette place que j’arpente cette après-midi, seul au milieu d’une foule de Pélerin(e)s et de badauds.

Le gîte paroissial situé à un kilomètre environ de la Cathédrale et accueille la grande majorité des Pélerin(s) arrivant à Santiago de Compostela.
En fait, il s’agit de l’ancien Petit Séminaire de l’Archevêché qui a été transformé en gîte.
Ce bâtiment est extrêmement bien placé, érigé sur une petite colline face à la Cathédrale.
De la fenêtre de mon dortoir, je rêve un petit moment en admirant les toits de la Cathédrale et des bâtiments de la vieille ville l’entourant.

L’après-midi sera consacrée au repos, à ma petite lessive et à la visite à l’Accueil des Pélerins, situé à vingt mètres de la Cathédrale.
Une file d’attente s’est formée ici en vue d’obtenir la Compostelana, diplôme écrit en latin, attestant que le Pélerin ou la Pélerine a effectué son pélerinage jusqu’à Santiago de Compostela.

Discipliné comme l’ensemble des personnes attendant dans ce lieu, je présente enfin mon Credencial tamponné de plusieurs dizaines de cachets tout au long de mon Chemin de St-Jacques et l’obtient enfin ma Compostelana nominative, au nom de Renatum Oullier, mon prénom en latin !

En sortant, je retrouve quelques figures que j’ai connues sur le Camino et nous décidons tacitement de rester ensemble, Pélerins et Pélerines, par peur de nous noyer au milieu des touristes, de peur de perdre ce soir la force qui nous a poussé jusqu’ici, peut-être …
Nous avons besoin de rester ensemble, soudé(e)s, uni(e)s.

C’est sur les escaliers de la Cathédrale, plaza Quintana près de la Porte Sainte et d’une fontaine que nous nous restons assis et nous passons ainsi la soirée.

Nous allons nous retrouver tous demain, dimanche, mais déjà demain, ce ne sera plus pareil.

Certes, ce sera intense mais totalement diférent !

Je me nourris ce soir de ces instants d’Eternité et de Fraternité, assis sur ces escaliers en pierre, et je regarde ces visages d’hommes et de femmes, de garçons et de filles.

Mon Dieu, qu’ils sont beaux ces visages, que ces Etres rayonnent d’une douce lumière, que leurs regards profonds flamboient d’une Vie, d’une joie et d’une fierté sans pareilles d’être arrivés ici !
Je sais que ces beaux êtres, je ne les reverrai sans doute jamais plus, et je m’en nourris et je leur renvoie à eux toutes et tous mon Amour et des sourires fraternels.

J’ai envie de toutes et tous les embrasser et leur dire combien je les admire et je les aime.
Mais ce n’est pas possible.
Je le sais bien.
Je les embrasse du regard, de mon coeur, de mon Ame, de mon Esprit.

Je remercie le Ciel, notre Père Céleste, notre Mère Divine, les Hiérarchies Angéliques et toute la Création d’être là, ici, dans ce lieu dont j’ai rêvé depuis tant d’années.
Je suis heureux et mon  coeur bondit d’Amour et de reconnaissance.
Cela valait vraiment d’attendre et d’espérer pendant toutes ces années et les peines, les souffrances, les fatigues, les moments de blues et de lassitude, sur le Chemin pour enfin arriver jusqu’ici, totalement épuisé et le corps en miettes et pour y vivre ces moments magiques et bénis, ici, à Santiago de Compostela.

Je rentre vers 23 heures au gîte, heureux et j’ai l’impression que mes souffrances physiques ont, pour un temps disparues.

Dimanche 12 octobre 2008, 10 heures du matin

Je suis déjà, depuis plus d’un quart d’heure, à faire les cents pas sur la Plaza do Obradoiro, car c’est ici que nous nous sommes donnés rendez-vous, ce dimanche matin à partir de 10 heures.

Je tourne et je me retourne et je vois soudain arriver au loin, sur la Place, ma chère et belle Eli accompagné de José-Luis, le Pélerin brésilien qui a fait une partie du Camino avec nous.

Comme un enfant fou de joie, je crie et je cours vers celle-ci.
Elle me voit et se met à courir dans ma direction les bras ouverts vers moi.
Notre rencontre physique n’a pas été répétée …
Soit c’est elle qui arrive trop vite, soit c’est moi !

Tant et si bien que nous sommes à deux doigts de nous renverser mutuellement et nous retrouver par terre.
Nous nous rattrapons par le bras et éclatons d’un fou-rire communicatif qui se propage aux témoins de la scène.
Nos yeux pleurent de joie (?) ou d’émotions (?) après ces trois jours sans nous voir.

J’embrasse également José-Luis et je ne sais plus ni parler français, ni anglais, ni espagnol …
Mon émotion est si intense que je baragouine des mots incompréhensibles !

Puis, petit à petit, José, Jeva, Stephan, Georg, Maurice, Jon, Rudi et enfin Saúl nous rejoignent sur cette place qui se remplit et devient bientôt noire de monde.

Nous nous embrassons toutes et tous.
Nous avons besoin de nous toucher, de nous donner l’accolade, de nous faire des bises sur les joues, tant l’Amour que nous avons construit sur le Camino Francés et qui nous unit est solide et fort.Plusieurs pleurent de joie et nos épaules et nos bras sont là pour les consoler et essuyer ces larmes de bonheur.Je reçois Saúl en dernier dans mes bras, et nous sommes très émus tous les deux, comme des enfants qui se retiennent de pleurer. Il est l’heure de rentrer enfin dans cette Cathédrale.La Grand Messe des Pélerins a lieu tous les dimanches matins, et est concélébrée par l’Archevêque de Santiago assisté de deux autres curés.Je suis envahi, cette fois-ci encore par des vagues d’émotions qui me submergent et je me sens flotter sur un petit nuage.
Je ne lutte pas, je suis entouré d’Amour, d’amours au masculin, d’amours au féminin.
Jeva qui est tout à côté de moi, sanglote sans pouvoir s’arrêter.
Georg la prend dans ses bras et l’entoure de son affection fraternelle.
Notre groupe est resté soudé jusque dans les travées de ce Lieu Saint.Nous sommes tous debout, dans un espace très réduit pressés contre un gros pilier et nous suivons la cérémonie avec piété et recueillement.Au moment de la communion, nous nous avançons lentement pour recevoir l’hostie consacrée.
Voilà bien des années que je n’avais pas communié, mais ici, je comprends ce que veut dire le mot “communier”.
Je communie avec le Ciel, avec Notre Père Céleste, notre Mère Divine, les Anges, les Archanges, les Saints, les Justes.
Je communie avec tous mes Frères et Soeurs ici présents.
Je communie avec mes parents encore sur Terre et celles et ceux déjà disparus.
Je communie avec mes amies et avec mes amis que j’ai laissé là-bas, loin en France, en Italie et ailleurs sur la planète Terre.
Je communie avec mes Frères et Soeurs du Chemin de St-Jacques que j’ai rencontrés sur la partie française de mon chemin.
Je communie avec mes Frères et Soeurs du Camino Francés que j’ai rencontrés sur la partie espagnole de mon chemin.
Je communie avec l’humanité toute entière, tous frères et soeurs, et qui malheureusement l’ignorent.
Toutes et tous sont là, dans mon coeur, dans mon Âme, dans mon Esprit, ici, dans cette magnifique Cathédrale !J’effleure un geste vers ma Soeur Eli.

Elle voit mon geste et me sourit.
A cet instant précis, je me dis qu’elle a lu dans mes pensées, dans mon coeur, dans mon Âme et mon Esprit.
Oui peut-être et je suis heureux qu’elle ait pu me lire comme un livre ouvert.Sans doute aussi, pense-t’elle et ressent-elle, à cet instant précis les mêmes choses que moi.
Sans doute que la totalité des Pélerines et Pélerins, à cet instant précis, pensent et ressentent les mêmes choses que nous ! Et puis vient le moment qui nous étonne toutes et tous et qui fascine la totalité des Pélerin(e)s rassemblé(e)s pour la messe dominicale.Un grand enscensoir, le botafumeiro commence son envol jusqu’à presque toucher les voûtes du transept au dessus de l’assistance médusée dans un silence impressionnant.
Seuls le sifflement de l’enscensoir et le coulissement des cordes tirées par huits servants créant ce mouvement de balancier est perceptible dans la Cathédrale archi-pleine.
Les fumées blanches de l’encens se répandent très rapidement et viennent toutes et tous nous envelopper de leur arôme et de leur pureté.Je ressors de la Cathédrale avec cette phrase dans la tête qui me suit partout désormais “LIFE IS BEAUTIFUL !”.Après le repas de midi, nous retournons dans la Cathédrale.Nous nous nous engageons derrière une file de personnes et nous nous retrouvons derrière la statue de Saint-Jacques le Majeur où il est de tradition d’embrasser la cape en argent sertie de pierres fines.Une autre file d’attente nous invite à prendre notre tour.
Nous descendons par quelques marches en dessous de l’autel, et au fond d’un minuscule couloir, protégée par une grille en fer, la chasse recouverte de pierres précieuses contenant les ossements supposés du Saint Apôtre est là, tout près de nous, à deux mètres environ.
L’après-midi passe comme dans un rêve.Nous savons tous que pour la plupart, nous ne nous reverrons plus jamais sur cette Terre.
Nous échangeons adresses, téléphones et e-mails.
Sans doute, grâce à ces moyens modernes de communication, auront-nous la chance de nous faire parvenir des photos, échanger nos impressions, nous parler et nous voir, peut-être, par messenger et webcams ? …
Nous nous sommes tout dit, nous avons tout vécu ensemble, nous nous connaissons si bien … nous nous connaissons depuis toujours !

Ce soir et demain, la grande majorité des membres de notre groupe seront partis, la plupart en direction de leurs pays, de leurs villes, de leurs maisons, de leurs familles.

Jeva, Saúl, Jon, Olivier et moi-même, nous continuerons demain vers l’océan Atlantique, en direction de Fisterra (Finisterra).
90 kilomètres nous séparent de ce kilomètre zéro, et de l’immensité de la mer.
90 kilomètres … 3 jours de marche !

La soirée sera tranquille en ce qui me concerne.
J’embrasse une dernière fois tous celles et ceux que j’ai cotoyé pendant des jours et des jours et que j’ai aimé intensément … et que j’aime toujours, que j’aime pour toujours !

Je donne rendez-vous à mes ami(e)s le lendemain à 8 heures pour le départ sur le Camino de Fisterra et je vais me coucher.

Par cette marche, j’ai décidé aussi de rendre hommage à un ami qui parcourt,
depuis des années, les routes du monde sur son vélo pour sensibiliser les populations sur l’importance du Don du Sang Bénévole !

Ce garçon exceptionnel s’appelle Julien LEBLAY.
Je vous invite à le connaître et découvrir ses exploits en visitant ses deux sites internet

j.leblay.free.fr et www.voyage-grand-coeur.org.

 

LOGO EN FAVEUR DU DON DU SANG

 

DRAPEAU DE L’ESPAGNE

http://www.les-best-casinos.com/online_casino_spanish.html

 

Selon l’article 4.1 de la Constitution Espagnole de 1978, le drapeau national espagnol
est formé de trois bandes horizontales, rouge, jaune et rouge,
la bande jaune étant deux fois plus large que chacune des deux bandes rouges.

Sur la bande jaune, décalées vers la hampe, figurent les armoiries de l’Espagne.

La suite sur : De St-Marc à St-Jacques (4 : Bonus et Fin) à paraître en janvier 2009

PENSEES

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DON DU SANG :

Chaque jour, en France, il faut 8.800 Dons de Sang pour subvenir aux besoins des malades !

Pensez-y, merci !

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ADAGE SUEDOIS :

Tu devrais craindre moins et espérer plus ;
Tu devrais manger moins et mastiquer plus ;
Tu devrais parler moins et dire plus ;
Tu devrais haïr moins et aimer plus.

Quand tu feras tout cela, le meilleur sera tien.

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PROVERBE AFRICAIN :

Là où on s’aime, il ne fait jamais nuit.

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CITATION :

Il y a chez vous des personnes richissimes et des personnes qui souffrent de la faim.
Chez nous, si quelqu’un a faim c’est parce que nous sommes tous affamés.
Chez vous un homme est d’autant plus important qu’il peut étaler le plus de possessions, d’avoirs.
Chez nous un homme compte par ce qu’il est et ce qu’il donne.
Moi je suis très important parce que malgré mes pouvoirs, je ne possède rien…

 SITTING BULL (1831 – 1890)

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DE ST-MARC A ST-JACQUES (2)

Lundi 21 avril 2008

Quelle grande tristesse …

Maman vient de subir un accident vasculaire cérébral et a été transportée d’urgence à l’hôpital de Fréjus (Var), dans un état très grave, avec un pronostic vital qui ne nous laisse aucun espoir.

J’étais à Strasbourg (Bas-Rhin) chez mon ami Ludovic HUBLER quand ma sœur Florence m’apprend par téléphone, la terrible nouvelle.
Ludovic m’a pris en charge, émotionnellement parlant.
Il a été tout d’abord une présence, une écoute et un grand cœur attentifs puis il m’a réconforté et m’a raccompagné à la gare pour un retour express vers le Var.
Je le remercie intensément pour tant de gentillesse, de compassion, de tendresse et d’amour fraternel.

Ce garçon est un exemple, et je ne peux que vous conseiller d’aller visiter son site internet www.ludovichubler.com pour le découvrir et apprécier ce qu’il a déjà réalisé et ses projets futurs sont encore très nombreux et riches !

Nous sommes là, à l’hôpital H. Bonnet de Fréjus, ses enfants et ses petits-enfants autour d’elle l’entourant de notre présence et de tout notre amour.
Elle lutte avec ses faibles forces et nous, nous prions pour faciliter son départ vers la Lumière.

Mon Dieu, quelle douleur intolérable de voir sa petite maman souffrir ainsi !

Nous espérons tous son départ prochain, car les docteurs sont sans appel, son état est vraiment critique.

Mes chères amies, mes chers amis, merci de joindre vos Prières aux miennes pour faciliter le passage de ma petite maman chérie vers un “monde meilleur”.

Que Notre Père Céleste, Notre Mère Divine et les Anges du Ciel viennent t’accueillir dans la Lumière !

Vous comprendrez donc que “mon Chemin de St-Jacques” est pour le moins suspendu …

Samedi 3 mai 2008, 11 heures du matin

Maman, tu viens de partir vers un monde meilleur, tu t’es éteinte comme la petite flamme d’une bougie qui a fini de brûler …

Tu es partie au Ciel et je suis sûr que tu as retrouvé toutes les personnes que tu aimais tant et qui sont partis déjà bien avant toi.

Je t’aime ma petite maman chérie, et même après ton départ je sens que tu es encore avec moi …

J’ai fixé ta photo sur mon sac à dos pour mon prochain départ du Puy-en-Velay à St-Jacques de Compostelle, car je veux le faire, ce Chemin !

En avril dernier, tu m’avais dit que tu aurais tellement aimé faire ce chemin avec moi, si tu avais eu 20 ou 30 ans de moins.

Eh bien, tu vas le faire avec moi, en pensées et dans mon cœur, et de Là-Haut, tu veilleras aussi sur moi comme tu me l’avais promis.
Ta photo que j’ai accrochée à mon sac te permettra de faire le “Chemin de St-Jacques” avec moi, je te le promets.

Tous mes ami(e)s m’ont encouragé et poussé à (re)démarrer “mon chemin” le plus vite possible.

C’est décidé, je partirai le vendredi 23 mai 2008 du Puy en Velay (Haute-Loire), jour de la St-Didier.

 

FRANCE : LE PUY EN VELAY (Haute-Loire) – ST-JEAN-PIED-DE-PORT (Pyrénées-Atlantiques) – RONCEVAUX (Espagne) – 746 kilomètres

Juste avant d’entreprendre mon rêve, j’ai eu envie de refaire mon “Tour de France” de l’amitié, de la tendresse et des bisous, et celui-ci réalisé, je tiens à remercier du fond du cœur à nouveau mes ami(e)s qui sont surtout mes Frères et Sœurs de cœur pour leur amitié et leur amour et pour les merveilleux moments de bonheur et de communion passés avec eux, quelques jours avant mon départ.

Merci donc à vous toutes et à vous tous qui vous reconnaîtrez et que j’aime intensément.

Vendredi 23 mai 2008, 10 heures du matin

VIA PODIENSIS (GR65)

Ça y est, ce coup-là, j ‘y suis !

Le Puy-en Velay en Haute-Loire.

LE PUY EN VELAY (HAUTE-LOIRE)

Un rêve de plus de quinze ans va se réaliser …

Aller à St-Jacques de Compostelle (Espagne) à pied, comme des dizaines de milliers de personnes avant moi, y mêler mes pas aux leurs, y mêler mes joies, mes peines aussi, y mêler ma sueur, mais aussi mes rires, aller à la rencontre de tous ces êtres formidables et spirituels que le Ciel ne manquera, sans doute pas, de me faire rencontrer.

Je me sens déjà un peu leur Frère de cœur, d’âme … et de sueur.
Je vais marcher avec ces milliers de Femmes et d’Hommes que j’aime déjà !

Merci mon Dieu !!!

Je suis sur le Parvis de la Cathédrale Notre-Dame du Puy.
Je descends les marches, non, je vole en dessus des marches et je démarre enfin “mon Chemin”.

CATHEDRALE NOTRE-DAME DU PUY

Il est à peu près 10 heures du matin, et le soleil rayonne … moi aussi, de joie !

Quelles sensations, quelle joie, quel bonheur de faire ces premiers pas, et je pense à toutes mes amies, tous mes amis qui m’ont soutenu, réconforté, encouragé pendant ces cinq dernières semaines.

Je vous aime tellement, vous toutes et tous !

Là, devant moi, 1.489 kilomètres m’attendent et j’explose de joie, je souris béatement à tous les passants interloqués qui me croisent et mon cœur bat la chamade …

Le Chemin de St-Jacques, du Puy-en-Velay à St-Jean-Pied-de-Port, est appelé aussi “Via Podiensis” (en latin) ou plus prosaïquement “GR65″ jusqu’à la frontière espagnole.
En Espagne, il prendra le nom de “Camino Francès”.

Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) – Conques (Aveyron) – Figeac (Lot) – 252 kilomètres

Un soleil généreux agrémenté d’une légère brise de montagne me chauffe la nuque et le corps tout au long de mes seize premiers kilomètres du parcours, ce premier jour.

A la sortie du Puy, une statue en bois représentant St-Jacques, d’inspiration contemporaine, semble nous dire “bonne chance et bon chemin” au détour d’une courbe de la route dominant le Puy.

Je retiens cette inscription figurant en dessous de la reproduction de l’Apôtre Jacques le Majeur :

Ce n’est pas le chemin qui est difficile,
C’est le difficile qui est le Chemin.

Je sais que je vais retenir ces deux phrases tout au long de mon chemin !

Je marche d’un pas lent et précis, essayant d’économiser mes forces pour mieux en profiter jusqu’à cette première étape que j’ai fixé, volontairement à Montbonnet (Haute-Loire), petit bourg pas très éloigné du Puy.

J’arrive fourbu après mes cinq premières heures de marche, et je suis heureux d’être accueilli, comme une dizaine d’autres pèlerins, par un couple adorable au gîte “l’Escole”.

Je me détend sous ma douche et l’eau brûlante coule et me revivifie sur les épaules et les mollets déjà quelque peu endoloris.

Mon cou me brûle ?
Mon premier jour … mon premier coup de soleil !

Zut, j’ai oublié de prendre ma serviette de toilette !
Le rideau de la chambre y pourvoira !

Pas besoin de me faire bercer, ce soir, mes amis …
Je m’endors comme un bébé, et Morphée est généreuse avec moi … je n’entends pas les ronfleurs !

Les journées sont courtes à marcher seul ou accompagné, et la vitesse d’un marcheur permet d’admirer les plus petits animaux (scarabées, lézards, papillons, etc …), mais aussi de s’arrêter pour contempler les myriades de fleurs multicolores dans les champs.

Essayez de reconnaître et de différencier, à 90 km/heure sur une route ou à 130 kilomètres/heure sur une autoroute, un ajonc d’un genêt, un pissenlit d’un salsifis, un myosotis d’une véronique, une sauge des près d’une vipérine, un narcisse d’une jonquille, etc …

Alors, que vive la marche, et que vivent les marcheurs !

Vous toutes et vous tous, faites un effort : remisez vos voitures pour redécouvrir les joies du marcheur !
En plus, les godasses : ça ne pollue pas, comme ces satanées bagnoles !!!

La pluie vient s’inviter dès le deuxième jour, avec son compère le vent.

Champs de blé entre Montbonnet et Saugues

 

Pour de nombreuses journées, nos visages et nos jambes vont être désormais dûment “brumisées” et les sentiers boueux me feront faire plus d’une figure peu académique si on les compare aux gracieux saltos ou double-boucles-piquées de nos athlètes sur glace …

Mais que le mauvais temps ne change pas mon humeur !

Bien au contraire.

Ce matin, je me déclare “sauveteur des escargots” !

Chaque fois que mon chemin croise ou même longe une route goudronnée, je saisis tout ce qui possède coquille et qui rampe pour les poser délicatement dans un pré adjacent … sans oublier de les engueuler (gentiment) et les traiter de kamikaze !

Monistrol d'AllierLe deuxième soir, à Monistrol-d’Allier (Haute-Loire), douche à nouveau … et toujours pas de commerce et donc toujours pas de serviette de toilette !
Dans un placard du gîte communal, une serpillière (neuve, je précise !) fera l’affaire pour sécher mon corps assaini par l’eau chaude d’une douche bénie !

Les journées se succèdent à peu près toujours au même rythme.

Le matin réveil vers 6 heures.
Débarbouillage et habillage.
Bonjour à tous les matinaux …
Eh oui, il y en a quelques uns qui font même la grass’mat … vous serez dénoncé(e)s !
Petit déjeuner.
Enfilage et laçage des chaussures …
Et hop, 7 heures du matin … me voilà dehors pour une nouvelle belle journée humide de marche !

Tour de RochegudeNous avons tous à peu près le même rythme.
Les plus faibles arrivent à marcher environ 15 à 20 km journalièrement.
La moyenne (et la plus grande partie des randonneurs) allonge gaiement les 20 à 25 km par jour.
Les plus forts … ou les plus endurants, de 25 à 30 kilomètres … voire plus.

Moi, je me situe dans la moyenne, et tous les soirs ou tous les deux soirs, je retrouve des connaissances du chemin et nous sommes très heureux de nous parler, nous sourire et échanger nos impressions de la journée.

En quelques jours, j’ai déjà quelques fidèles compagnes et compagnons.
Ils viendront grossir les rangs de la Fraternité du Chemin, et même si je ne vous connais pas toutes et tous encore, je sais que vous êtes là, quelque part sur le Camino, et que le Ciel me fera rencontrer vos belles Âmes qui cheminent devant ou derrière moi et que je ne manquerais pas de croiser, un jour ou l’autre …

Odile, Béatrice, Elisabeth, Agnès mais aussi, Kévin, Christian, Quentin et d’autres bien sûr, vous deviendrez peu à peu, tout au long du Chemin, mes amies et mes amis, et même mes Sœurs et mes Frères du “Chemin de Compostelle” et quelle joie ce sera de nous retrouver le soir, à table, devant une soupe brûlante comme de vieux ami(e)s de 30 ans ou plus …

Quand il en manque une ou un, chacun(e) prend des nouvelles et quelle joie et embrassades lorsqu’on le (la) découvre harassé(e) le lendemain ou le surlendemain.

Peu à peu, se construit autour de nous une “bulle” d’amitié et de Fraternité, et nous sommes tous d’accord que nous vivons déjà une expérience fabuleuse, à l’écart (ou presque) du monde.
Quand nous devons traverser des villes avec la circulation, les bruits, les klaxons, la pollution, s’en est presque douloureux.
Ce bruit, cette pollution, l’indifférence des personnes entre elles me perturbe.
En plus, je n’arrive même pas à me faire à l’idée que je dois attendre le feu rouge des voitures pour traverser !

Il n’y a ni feux ni stops dans la nature, dans nos campagnes et dans nos belles forêts !!!Sur le plateau avant Saugues

A Saugues (Haute-Loire) sous une pluie battante, je trouve un gîte à la ferme.
Je trouve également une serviette de toilette à acheter !
Mes épaules sont déjà un peu tannées par les 14 kilos de mon sac à dos, et je prends la ferme résolution de l’alléger sérieusement.

Vêtements en triple ?
Vous ne serez plus qu’en double !
Savon à raser et rasoir ?
Désormais, je ressemblerai à l’homme des bois … barbe et moustache pour deux mois, voire plus si affinités !

Près de quatre kilos partent pour le Vaucluse dès le lendemain par les bons soins de la Poste et mon sac s’en retrouve allégé d’autant !

10 kilos au lieu de 14 …
Ce sera parfait et demain, les trois premières étapes qui étaient inférieures à 20 km vont passer largement en dessus.

Chapelle St-RochUne petite chapelle et une fontaine semblent être posées là, sur leFontaine près de la chapelle St-Roch Chemin comme pour une halte spirituelle et physique du pèlerin.

Après une longue montée sur le sol caillouteux et raviné par les pluies, je récupère, affalé sur un gros billot de bois.
Un pèlerin chargé d’un énorme sac vient vers moi avec un grand sourire.

Tout de suite, à travers nos regards complices et rieurs nous échangeons une franche et amicale poignée de mains.

Je ne sais pas encore qu’il s’appelle Quentin D. et qu’il vient à pied des Villards-sur-Thônes (Haute-Savoie), mais je sais, dès les premières paroles, que nous serons amis.

Nous devenons en effet amis dans les premières minutes … et Frères, une heure après.
Nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre, et je deviens instantanément son “Grand Frère” et lui devient pour moi, mon “Petit Frère”.

Comme quoi, le Chemin !
Il vous donne un Frère, non pas de sang bien sûr, mais d’Âme, d’Esprit et de Cœur …

Nous avons l’impression de nous connaître depuis toujours !

Etrange ?
Non, merveilleux !

Quentin D. avec nos hôtes de St-Alban de LimagnoleNos âmes se sont parlées et nous allons cheminer ensembleQuentin D. et moi-même chez nos hôtes plusieurs jours, vivre ensemble, manger ensemble, trouver les mêmes gîtes pour dormir dans les mêmes dortoirs ou chambres.

Ce soir, nous nous arrêtons dans un gîte privé, tenu par des gens adorables, M. et Mme Charbonnel à St-Alban de Limagnole (Lozère).
Ce gîte a un nom prédestiné : “Les Genêts” et quand on ouvre les fenêtres de notre chambre, quel panorama !
Jaune de genêts … à perte de vue.

Cher Petit Frère Quentin, c’est fou ce que je t’admire, je te respecte et je t’aime, comme un Grand Frère, bien sûr !

Ferme en MargerideLa traversée de la Margeride, puis de l’Aubrac, quelquefois sous des trombes d’eau, nous fait penser à des faux airs de Camargue inondée par les ruisseaux débordants et plombée sous un ciel très gris et très bas.
Des vaches paissent çà et là, entre de larges mares formées par les cours d’eau en furie s’épanchant allègrement dans les champs environnants.Vaches paissant ça et là
Quelques chevaux et ânes et des vaches paisibles nous regardent distraitement, et daignent tourner à peine la tête pour nous regarder, nous, pauvres hères, penchés sous notre fardeau humide, emmitouflés sous des capes virevoltant au vent et avançant en titubant sur les chemins boueux en essayant de traverser à saute-moutons les flaques de boue noyant les chemins.

Le mois de mai est un mois merveilleux pour celle ou celui qui sait ouvrir les yeux et les Pensées sauvagesoreilles !

Oiseaux, fleurs à profusion, magie des couleurs et des horizons sans cesse renouvelés.Plateau fleuri de la Margeride
Quelle beauté sauvage que ces deux plateaux de la Margeride et de l ‘Aubrac.

Une plante et donc une fleur et une couleur dominent ici en mai.

Quentin D. au milieu des genêtsLe genêt, les genêts, jaune, jaunes d’or.

Certes, nous voyons des milliers d’espèces et de couleurs différentes, pissenlits, narcisses, jonquilles, etc …

Mais les genêts sont omniprésents et lorsque nos visages sont gentimentSt-Alban de Limagnole fouettés par ces arbustes sur des sentes trop étroites, quelles suaves senteurs nos narines perçoivent et parfois, nous avons même l’impression d’être ivres de ces parfums de genêts.

Rocher au milieu des genêtsDes collines toutes jaunes d’or nous font oublier la pluie et ce vent qui s’insinuent sous nos capes ou qui nous fouettent nos visages de milliers de gouttelettes fines de pluie.
Une brumisation intense de nos épidermes.
Et dire, qu’il y en a qui vont payer ce service dans des Centres Thermaux réputés !
Ici, tout est gratuit … la pluie et le vent !
Quelle merveille de la Nature !

Ce soir nous avançons et nous avons fait déjà 30 kilomètres.
Les pieds, les mollets, les épaules et le dos nous font souffrir un peu maintenant.

Le dernier gîte est complet.
Qu’à cela ne tienne.
Nous allons passer une nuit à la belle étoile … sauf que les étoiles, on ne les voit pas.
Le ciel est gris, uniformément gris.

Nous trouvons une fontaine et nous voilà en slip, grelottant à nous laver et à nous débarbouiller dans l’eau quasi-glacée d’une fontaine.
Un beau chêne nous fera office de tête de lit, et son feuillage de plafond.

Les premières gouttes de pluie viennent nous contredire, et sous l’appel pressant de mon Petit Frère, je me met en recherche d’un abri plus sûr.
Notre nuit sera calme et sereine, dans un hangar non fermé à clé, où dort un énormeNotre campement camion de déneigement.
Après une bonne soupe et une double ration de tisane brûlante, nos sacs de couchage posés sur des bâches trouvées dans le hangar, nous nous endormons quiets et heureux comme deux enfants.

La pluie peut tomber, rien ne nous arrivera.
Rien ne nous est arrivé …
Que du sommeil réparateur, et des rêves éthérés.
Aucun gîte, aucun hôtel avec je-ne-sais-combien-d’étoiles n’auraient pu être aussi merveilleux que cette nuit et ce couchage à “la dure”.

Merci cher Petit Frère et ami Quentin, merci mon Dieu !

Le lendemain, Quentin et moi faisons connaissance de trois adorables sœurs.

Les L’aînée Odile, qui a déjà “fait le Chemin” jusqu’à St-Jacques, amène cette fois avec elle ses deux plus jeunes sœurs Béatrice et Élisabeth.
Elles sont adorables ces trois sœurs et quel plaisir de parler, échanger nos expériences et nos souvenirs, pique-niquer presque tous les jours avec elles !

Quentin les a surnommées les “Trois Sœurettes”.
Elles le savent, et nous rions tous les cinq de ce surnom … et nous nous embrassons avec beaucoup de joie pour fêter ceci !Digitales

Mon Dieu que la vie est belle quand on sait la saisir dans toute sa simplicité !

Le temps n’est toujours pas au beau fixe, mais la grisaille environnante ne nous empêche pas de faire nos 25 à 30 kilomètres Hameau de St-Jacques : Quentin  et moipar jour et nous arrivons un soir à Golinhac où nous avons la bonne idée de faire notre pause du soir dans un petit village de mobiles homes et de bâtiments au nom prédestiné pour les pèlerin(e)s : Hameau de St-Jacques.

Nouvelle étape : Autrac, vieux village médiéval nous accueille avec une grande église et une tour du XIIIème siècle,Champs fleuris appelée “Tour des Anglais” environné de champs de couleur vert intense et de fleurs multicolores.

C’est vrai qu’elle paye vraiment de mine cette tour, jadis construite pour contrer les Anglais pendant la Guerre de Cent Ans …
Bon, tout ceci ne nous rajeunit pas !
La tour est transformée en dortoir maintenant … vu qu’on a fait la paix avec nos cousins d’Outre-Manche depuis longtemps !

Quentin et moi occupons deux lits assez proches et nous discutons comme deux frangins que nous sommes depuis si longtemps !

La porte du dortoir s’ouvre.

Agnès W., la belle Agnès arrive de Graz (Autriche), à pied … déjà plus de 1.500 km dans ses mollets !
Mon Dieu qu’elle est belle et souriante !
Elle irradie de tout son être et son regard et son sourire nous met dans le bonheur.
Seule, elle chemine aussi vers Santiago de Compostela, portant un sac presqu’aussi gros qu’elle !
Quentin m’a beaucoup parlé d’elle, en bien, forcément !

Quelle joie de voir Agnès et Quentin se serrer sur leurs cœurs et s’embrasser affectueusement.

Du premier coup d’œil, je sais qu’il s’agit d’Agnès qui l’a accompagné sur la portion de territoire français entre la Haute-Savoie et la Haute-Loire, et qu’il avait perdu de vue depuis une semaine environ.

Je suis heureux de les voir rire comme des enfants et moi aussi, j’en suis tout ému.

Le soir, nous allons manger avec les trois sœurettes, Agnès, Quentin et moi.
Nous sommes joyeux et heureux comme des anges de tous ces cadeaux et ces rencontres merveilleuses que la Vie nous apporte journalièrement qui sont si simples mais si importants.

Cheval au milieu d'un pré fleuriLe ciel reste couvert tous les jours, et chaque jour nous apporteOrchidées notre dose de brume, de pluie et de vent, mais aussi de fleurs et de panoramas superbes.

Nous avançons, stoïques parfois, dans nos prières et nos pensées souvent, mais aussi dans les rires et partageant les petites pauses-déjeuners sur des murettes de pierres sèches, sur des rondins de bois ou près des fontaines des villages traversés.

Repos bien mérité à midiLa Haute-Loire et la Lozère ont été traversés, l’Aveyron avalé, leAnes à Rieutord d'Aubrac Lot nous attend plus vert encore avec sa rivière du même nom en crue, couleur café-au-lait, le relief s’atténue de plus en plus.

Les villages, les bourgs et les gîtes se succèdent et nous avons presque toujours les mêmes joies et des La rivière Lot à Espalionaccueils sympathiques et mémorables de nos hôtes, et à vrai dire, quand on arrive, fourbus et harassés, quelle joie d’être accueilli par un sourire et un mot gentil de bienvenue !

Merci à nos hôtesses et nos hôtes de passage !

Une mention spéciale, tout de même à Hélène et Pierre C., nos hôtes du gîte “Les Genêts” de St-Alban de Limagnole (Lozère) et pour Madeleine de l’Accueil Chrétien des Carmélites de Figeac (Lot).

Vous êtes toutes et tous vraiment adorables !
Merci du fond de mon cœur et de mon âme.
Que le Ciel vous bénisse et vous protège éternellement.

Conques dans son vallonConques (Aveyron)Conques

Ce village caché au fond d’un vallon mérite bien les fatigues d’une marche harassante sous la pluie et sur les chemins aux pierres glissantes, chemins ressemblant plutôt à des lits de torrents qu’à des sentiers où chaque pas est un défi à la position verticale de l’être humain !

Eglise abbatialeUne église abbatiale et un cloître ruiné du XIème et XIIème siècles, deFacade de l'église abbatiale style roman, aux nef et transept dépouillés et s’élançant dans le ciel accueille les pèlerins et permet aussi de retrouver un abri, surtout de se recueillir et prier ensemble.

L’après-midi passe ainsi en balades dans les rues médiévales du village lors des répits que le ciel nous octroie et retraites spirituelles dans l’église … quand il pleut.

Nous nous retrouvons toutes et tous pour l’office des Vêpres avant le dîner, puis, après leCloître ruiné repas du soir pour l’office des Complies Agnès W. et Quentin D. à Conquessuivi de la Bénédiction des Pèlerins dans la nef et d’un recueillement dans le transept.

Je ressens soudain une grande fatigue et une immense tristesse.
Dans l’église, assis près des fidèles recueillis, je m’effondre en larmes.

Ma belle Agnès et mon bon Quentin se serrent contre moi et m’entourent de leurs bras.
Je ressens un tel amour de leur part encore mille fois plus fort que je sanglote sans plus Tympan de l'église abbatialepouvoir m’arrêter.
Nos têtes se touchent, nos bras et nos mains sont liés.
Nous nous embrassons, nous communions sans un mot, avec nos âmes uniquement.

La fatigue accumulée, le départ de maman, le mauvais temps, les vibrations de toutes cesUltreïa, le chant des pèlerin(e)s de St-Jacques Prières plusieurs fois centenaires dans cette abbatiale, tout cela m’a mis à bas et c’est entouré de l’amour de ces deux êtres exceptionnels qui m’aident et qui m’enlacent et que j’embrasse que je retrouve ma sérénité.

En plus, j’ai de la peine pour Quentin, car ce soir, pour changer … il pleut.
Comme mon Petit Frère souhaite faire des économies, il dort ce soir sous une avancée d’un four banal du village, presque à la belle étoile, comme tous les soirs … ou presque.

Je me fais un peu de souci pour lui, mais lui, avec un grand sourire me rassure !

C’est mon choix, me dit-il.

Je dois accepter et vivre mon Chemin pas le sien.

Lui-même a décidé et accepté par avance son choix et les “rigueurs” du temps.
Il a déjà accepté trois fois que je lui offre le gîte et le couvert.
Je comprends qu’il ne souhaite pas être débiteur envers moi.

Panneau indicateur et kilométrique J’accepte avec regret et je le vois s’éloigner dans la nuit pour rejoindre son lit de pierre à l’abri de la pluie.

Mon arrivée à Figeac (Lot) est épique.

Dès le matin du départ de Livinhac-le-Haut (Aveyron) où nous avons dormi, Agnès, Quentin, Christian S. et moi ainsi que d’autres Pèlerin(e)s dans le même gîte communal, je sens que quelque chose cloche dans mon corps.

J’arrive très péniblement à rejoindre Figeac après 25 km de marche, surtout les derniers kilomètres, tout en descente sur le goudron.

Mon cou de pied droit me fait atrocement souffrir.

Madeleine, une dame “Hospitalière” m’accueille au Centre d’Accueil Chrétien dépendant des Sœurs Carmélites de Figeac avec un sourire angélique et s’occupe de moi comme une maman, me désigne un lit dans le dortoir et je m’affale, épuisé sur le lit.

Après une sieste réparatrice, vers 18h.30, Christian m’accompagne, et appuyé sur mon bourdon, je me rends au cabinet médical le plus proche du Centre d’Accueil.

Un docteur m’examine dans son cabinet et conclut à une tendinite.
Un jour minimum de repos total, me dit-il !
Pour moi, je pense à un jour maximum …
Après-demain, le chemin reprendra, j’en suis sûr … ou presque !

Repos ?
Que ce mot-là résonne mal à mes oreilles.
Bon, si le Ciel l’a voulu.

Je ne vais pas me plaindre.
En 12 jours, j’ai parcouru 252 kilomètres et j’ai des amies et des amis sincères, des Frères et des Sœurs charmants avec qui j’ai accumulé des souvenirs inoubliables et inviolables.
J’ai aussi un Petit Frère que je n’avais pas il y a moins de dix jours et qui est adorable et que j’aime vraiment profondément, Quentin.

Quelles joies, quel bonheur !

Figeac (Lot) – Cahors (Lot) – Moissac (Tarn-et-Garonne) – Condom (Gers) – 244 kilomètres

Une journée de repos relatif m’a fait le plus grand bien et c’est ce 5 juin vers 8 heures du matin que je sors de Figeac après avoir remercié, embrassé chaleureusement et dit au-revoir à notre charmante Madeleine qui est une adorable fée dans ce Centre d’Accueil.

Cazelles près de BéduerMa tendinite n’est plus, semble-t’il, qu’un mauvais souvenir, et pour ne pas la réveiller je marche d’un pas lent et mesuré.
A midi, je constate rassuré, que mon pied n’est presque plus sensible et j’en remercie le Ciel.

Je croise, je rattrape et je me fais rattraper par plusieurs pèlerin(e)s et chacun(e)s, nous nous souhaitons une bonne marche, un bon Chemin.
Tout le monde est sincère et les sourires échangés valent autant de reconnaissances et de remerciements pour les auteurs de ces bons souhaits, que nos cœurs sont joyeux malgré les petits bobos, égratignures et couches de boues sur nos corps et nos habits.

Via Podiensis avant CahorsLes paysages ont changé.
Nous abordons le Quercy, dont la capitale régionale est Cahors (Lot).

Si la Margeride et l’Aubrac étaient des plateaux couverts de fleurs et peu arborés, cesDolmen près de Gréalou contreforts du Massif Central à l’approche de Cahors sont couverts de forêts de chênes et les chemins s’enfoncent dans des tunnels luxuriants de verdures et de fleurs mélangées.

Digitales sur le bord du CheminIci, des senteurs enivrantes vous submergent parfois de parfums de chèvrefeuilles omniprésentes sur le bords des chemins et des centaines d’orchidées sauvages sont un bonheur pour les yeux.

A chaque détour du chemin, un nouveau tableau m’est présenté,Lavoir toujours différent, toujours aussi beau.
Je n’arrête pas de m’extasier devant tant de Beauté.

Le Ciel et Dame Nature sont des peintres impressionnistes que nul Génie de la Peinture ne pourra jamais égaler !

Cajarc (Lot)Je marche sur le chemin en direction de Cahors, j’erre dans mes pensées, mes prières etOrchidées je chante comme un rossignol (ou presque …) lorsque j’entends derrière un bruit sourd et sinistre arriver de loin et qui enfle et s’approche inéluctablement de moi.

Sept “4 x 4″, avec force rugissements de chevaux-vapeurs et nuages de fumées nauséabonds arrivent vers moi, sur un chemin pierreux d’à peine trois mètres de large …

Maison typique du QuercyJ’enrage et je me détourne pour ne pas voir les violeurs du calme qui régnait sur ce lieu béni que je traversais paisiblement.

Dans les secondes qui suivent je suis assailli par les gaz acres et toxiques des tuyaux d’échappement de ces bolides dantesques et j’enrage encore plus.
Je m’assieds à l’écart, sur une murette et j’écoute le bruit de la forêt.

Plus rien !

Fleur des boisPlus aucun chant d’oiseau, plus aucun bruit, plus aucun papillon virevoltant joyeusement !
Je regarde l’heure et je compte.
Plus de 9 minutes de silence absolu avant que le premier oiseau pousse un petit cui-cui triste et résigné …

Que dire à ces chauffeurs (chauffards ?!) qui pratiquent et osent définir ce “sport” “d’auto-verte” ???!!!

Qu’y a-t’il de vert dans ces automobiles, sachant que les 4 x 4 sont des hyper-pollueurs dans la galaxie des véhicules à quatre roues ?
A t’on déjà vérifié quels impacts ces “autos-vertes” ont sur la nature, sur l’environnement ?
A t’on déjà demandé aux papillons, aux oiseaux et à tous les petits animaux de nos belles forêts ce qu’ils pensaient de l’impact de l’homme sur la planète ?

Ce qu’il y avait de vert ce jour-là, ce devait être la couleur de mon visage, hésitant entreToile d'araignée la colère, le dégoût … et l’envie de vomir !

Samedi 7 juin 2008

J’arrive difficilement ce soir à Cahors, avec un nouvel accès de tendinite, toujours au même pied !
En trois jours, j’ai marché 88 kilomètres, c’est beaucoup pour un pied convalescent.

A nouveau un docteur, qui m’engueule vraiment !
Bon, c’est vrai que je l’ai un peu (beaucoup) mérité …

Conséquence : 15 jours d’arrêt à Cahors … et repos total !

Pont Valentré à CahorsJe repartirai, je l’espère entre le 23 et le 25 juin prochain … plus prudent encore.

St-Jacques, tu devras encore m’attendre quelques jours ou semaines de plus, mais si Dieu le veut, j’arriverai moi aussi à mon tour, accompagné par des milliers de pèlerin(e)s dans ta Basilique.

Je me suis installé dans une annexe du Foyer des Jeunes Travailleurs “Espace Frédéric Suisse”, dans cette ville, Préfecture du Lot.
J’y ai loué une minuscule chambre d’à peine 2,5 mètres sur 3.
C’est mon refuge et pour tuer le temps, je dévore livres sur livres … en moyenne un par jour.
Comme d’autres jeunes filles et garçons, je prends mes repas au réfectoire du Foyer.
Je me repose une grande partie de la journée, mon pied droit bandé avec force pommades et emplâtres d’argile renouvelés régulièrement.

Mercredi 11 juin 2008

Il est peut-être 4 ou 5 heures du matin, et je dors encore comme un bienheureux dans ma chambre de lilliputien.
Disons que je ne dors plus, car un rêve prégnant, réel, précis et impérieux vient de me réveiller en sursaut.

Dans mon rêve, une grande lumière blanche, douce, d’où ma Petite Maman et mon Petit Frère Quentin descendent et viennent me rejoindre.
Ils m’appellent et avec leurs visages souriants, ils me secouent dans ma torpeur.
Leur présence est là, réelle, près de moi, mais aussi tellement en moi, près de mon corps endormi, inerte, étendu sur mon lit.
Ma conscience sait qu’ils sont là pour moi … et ils m’exhortent à reprendre mon chemin, le Chemin de St-Jacques de Compostelle.

En un instant, je suis réveillé, je suis sur mes pieds.
Il fait encore nuit noire dehors, et mon rêve est parti … mais tellement présent encore !

Je tâte mon corps, je tâte mes pieds.
Tout va bien, je n’ai plus mal et seulement encore un peu d’œdème au cou de pied droit et je sens en moi une énergie formidable.

En un instant, ma décision est prise.
Encore quelques jours de repos total, et si tout va bien, je partirai de Cahors lundi 23 juin, vers 7 heures du matin.
Le Chemin m’appelle, Maman m’appelle, Quentin m’appelle … tous les êtres que j’aime m’appellent.

Les jours se succèdent aux jours, mornes, solitaires et je lis tout ce qui me passe sous la main.
Non, je ne lis pas, je dévore !
Heureusement je m’accorde quelques sorties : promenades de santé dans la vieille ville, une bière au “Pub le Bureau” tout proche où je suis régulièrement l’”Euro 2008″, puis pour changer, un karaoké … enfin une sortie à Toulouse et une autre à Montauban, histoire de ne pas mourir plus bête qu’avant, vu que je ne connaissais pas ces villes-là aussi.

Jeudi 19 juin 2008

Je remet mes chaussures de marche pour un test de quelques kilomètres autour de Cahors …

Le Ciel ne veut sans doute pas que je reparte de cette Préfecture du Lot, car je n’ai pas fait 500 mètres en dehors de la ville que je glisse sur les hautes marches qui franchissent la falaise dominant le Pont Valentré.
Je tombe lourdement sur le dos et je roule sur les cailloux.
Je rentre cahin-caha à l’hôpital de Cahors pour y subir une radio : entorse au pied droit.
Toujours le même pied !

Verdict : du repos, encore du repos, toujours du repos me dit un docteur du Centre Hospitalier.

Avec une attelle en plus !

Lever de soleil sur le Pont ValentréLundi 23 juin 2008

Aujourd’hui, voilà un mois que je suis parti du Puy en Velay et je ne tiens plus en place.
Hier soir, j’ai pris la décision de partir de Cahors, coûte de coûte, sur les pieds, sur les mains ou sur la tête … je n’en peux plus !

Il est 7 heures ce matin, le Ciel est beau, clair et peu de monde dans les rues.
Je sors de Cahors, avec le sentiment un tantinet triomphant, et surtout heureux de sortir de ce trou !

J’aime marcher seul.

Surtout le matin, avec la fraîcheur de la nuit et parfois encore de la rosée sur les fleurs sauvages, je me régale, j’ai l’impression de revivre et respirer cette énergie pure du lever de soleil.

Cazelle sur le Chemin Rien que des gazouillis et des cuis-cuis d’oiseaux, quelques vols de papillons autour de moi et des effluves de chèvrefeuilles me donnent cette grande énergie d’avancer.
Néanmoins, je dois contrôler mes ardeurs et freiner mes pas.
Je ne souhaite pas avoir une tendinite à nouveau et encore moins me casser la figure avec une nouvelle entorse qui me retardera encore plus !Panneaux du Chemin à Montcuq

Je suis dans mes pensées quand j’aborde un groupe de sept personnes qui prennent une collation sur l’herbe près d’un petit village.
Six femmes sexagénaires accompagnées d’un homme rigolent de bon cœur !

Nous entamons une discussion.
Entre pèlerin(e)s c’est la coutume, et je suis heureux de dire bonjour à des sœurs et un frère de la Fraternité du Chemin.

Bonjour Mesdames, bonjour Monsieur.
Bonjour,
répondent-elles (il) en écho.
Sur le Chemin ?
Eh oui … comme vous, sans doute ?
Gagné !
Vous venez d’où ?
De Savoie, de Maurienne, vous connaissez ?
Pour sûr, ma maman est née à St-Jean-de-Maurienne, mes grands-parents y ont vécu et y sont enterrés.
Sans blague, nous aussi on est de St-Jean-de-Maurienne !
Il s’appelait comment votre grand-père ?
Ernest B. et ma grand-mère Denise B..

C’est pas vrai ?!
Je le connaissais très bien votre grand-père,
me dit Huguette !
Je vous raconte une anecdote,
continue t’elle.
Quand j’étais gamine, en allant à l’école, je le voyais régulièrement travailler dans son atelier de menuiserie, rue de la Gare.
Comme j’aimais taper sur son portail en passant avec un bâton, il a du en avoir marre et un jour en été, il m’a même envoyé à la figure un seau d’eau.
J’étais gamine en ce temps-là !
Quel bonheur de vous connaître !

Fou-rire général dans le petit groupe auquel je me joins avec grand bonheur.

Quelle joie d’entendre une anecdote de mon grand-père maternel que j’admirais et que j’aimais vraiment très fort !
Quelle joie de rencontrer, au milieu de quasi nulle part, des pèlerines absolument charmantes et adorables, un rien délurées qui me racontent des anecdotes des années 1940 et 1950 mêlant leurs souvenirs à ceux de mes grands-parents !

Nous allons cheminer ensemble, et une belle amitié s’est installée entre Huguette, Germaine, Raymonde, Marie-Jo, Anne-Marie, Marie-Madeleine et son mari Hubert, et moi-même pendant ces trois journées mémorables où les sourires et les rires sont présents toutes les 5 minutes … et même plus.

Mercredi 24 juin 2008

C’est l’anniversaire de Marie-Madeleine.

Après un bon repas au restaurant et quelques bonnes rasades de vin du pays de Cahors, nous finissons tous sur une place de Lauzerte (Tarn-et-Garonne) légèrement ivres, à chanter et à danser la valse dans la rue en chantant comme des casseroles, voire comme des fous !

Mon Dieu, que la vie est belle et que les rencontres du Chemin sont étonnantes et magnifiques !

Eglise abbatiale de MoissacMoissac (Tarn-et-Garonne) est une petite ville comportant un patrimoine architectural de premier ordre : une abbatiale et un cloître deCloître de Moissac la fin du Xème siècle.
Je décide m’accorder un jour ou deux de repos ici car mon pied est un peu enflé, et j’ai pris enfin une décision sage … celle d’écouter mon corps !

Je repartirai samedi, voire dimanche.

Je pensais repartir de Moissac ce samedi, voire ce dimanche !

Tympan de l'église de MoissacMon entorse me fait horriblement souffrir, et même avec mon attelle, je ne peux vraiment plus avancer.

24 jours de repos supplémentaires m’attendent ici avec visites chezDétail d'un chapiteau du cloître les docteurs, examens et massages, hydrothérapie, etc … et bien sûr, apprentissage de la patience !

 Dimanche 20 juillet, 7 h.30 du matin

 C’est dument reposé et le pied droit à peu près en place que je repars très prudemment de Moissac, avec la ferme intention de ne faire que des étapes de vingt kilomètres maximum, et ceci afin prendre soin de mon pied convalescent.

J’ai passé un “deal” avec mon pied droit et avec ma tendinite, toujours discrète mais omniprésente …

Oui, oui, je lui parle régulièrement !Rose
Non, non, je ne suis pas foldingue !

Je lui ai demandé de m’avertir, par une petite douleur, dès que je marche trop vite.
La tendinite est une amie maintenant.
Je me sers de ce “baromètre” et dès que je sens une sensibilité anormale de mon pied, je Canal de Golfech et écluse près de Moissac (Canal du Midi)ralentis, voire je m’arrête quelques minutes … et ainsi, tous les deux, mon pied et sa tendinite et moi-même, nous nous comprenons, et j’avance ainsi régulièrement, à pas plus lents, mais plus sûrs aussi.

Je marche dans la vallée de la Garonne que je traverse sur un long pont routier et je retrouve le Chemin légèrement vallonné.

Quel bonheur de marcher souvent à l’abri des rayons du soleil de juillet sous les hautesPlatanes majestueux bordant le canal frondaisons de platanes bordant le Canal du Midi.

Auvillar : Halle aux grains (XIXème siècle) De charmants petits villages fleuris traversés m’invitent à la nonchalance à l’ombre de leurs murs centenaires et je m’arrête souvent pour visiter les églises et les petites chapelles où il fait bon se recueillir pour prier et remercier le Ciel.

Je marche et je traverse la France profonde, rurale et quasiment essentiellement agricole.

Moulin ruiné au milieu des tournesolsLes coteaux sont presque entièrement cultivés de tournesols et de champs de blés.

Quel bonheur de voir ces millions de fleurs jaunes, toutes tournées vers l’est et jeVallée de la Garonne (Espalais) m’imagine que chaque fleur, couleur soleil, me sourit et me souhaite un bon Chemin de St-Jacques !

Dans les champs de blés, seule l’éteule est encore debout et çà et là, des roues de paille compactées attendent le retour des tracteurs et des remorques pour les emmener à l’abri des pluies automnales.

TournesolsEn passant auprès d’eux, j’ai parfois la sensation que les doux vallonnements du terrain ressemblent aux courbes de gigantesques miches de pain, légèrement dorées, et que jeChamps de blés fauchés marche sur ce pain.

Je laisse aller mon imagination à la vitesse de la lumière et en voyant sur les crêtes des squelettes de moulins à vent sans toitures et sans pales, j’imagine que ces régions traversées ont toujours été cultivées de céréales, blé, orge, millet, etc … et que la farine était produite tout près des champs de blés, avec la seule force du vent !

Les rencontres avec mes Frères et Sœurs du Chemin sont toujours renouvelées et toujours aussi merveilleuses et enrichissantes.

Mardi 22 juillet 2008

Ce matin, je fais la connaissance de trois charmantes pèlerines, et nous marchons ensemble en devisant comme de vieux amis.
Elles se nomment Anna, Marie-Pierre et Angélina.
Nous nous arrêtons à Lectoure (Gers) boire le “pot de l’amitié”.
Je découvre qu’Angélina est née le même jour que moi (avec quelques petites années en plus, mais par galanterie, je ne dévoilerai pas son âge véritable).
Il n’en faut pas plus pour que nous nous embrassions et que nous fassions des photos ensemble, d’autant que notre anniversaire commun se fêtera dans 5 jours !

Que la vie est belle et le bonheur si simple à trouver et à cultiver.

Ce soir je dormirai à Lectoure.
Je me reposerai au Presbytère, juste en face de la Cathédrale St-Gervais et St-Protais.

Deux dames hospitalières m’accueillent avec un large sourire et m’invitent à poser mon sac et mes chaussures.
Nous nous retrouvons à deviser comme de vieux ami(e)s et c’est autour d’une tasse de thé vert que j’apprends que ce soir, l’orchestre Nationale du Capitole de Toulouse vient se produire dans la Cathédrale … à deux pas de mon gîte et de mes deux fées : Jeannine et Chantal.

Je pensais me coucher tôt, ce soir ?
Eh bien non !
W. A. Mozart et L. V. Beethoven vont finir de m’envouter et transporter mon âme jusque vers 23h15 …
C’est vers 23h30 que mon lit va recevoir mon corps endolori et fourbu pour une nuit bien méritée.

Le lendemain je repars sur les routes direction Castelnau-sur-l’Auvignon et Condom.

Jeannine est venue sur la Place de la Cathédrale m’accompagner et faire quelques pas avec moi.
Nous chantons ensemble, de grand matin, le premier couplet et le refrain du Chant des Pèlerins de Compostelle.
Nous nous quittons en nous embrassant avec beaucoup de tendresse et d’affection.
Je m’avance et je me retourne une dernière fois.
Je la salue de loin et je me détourne bien vite car je ne veux pas lui faire voir que je suis ému …

Quelles grandes joies de passer ensemble ces heures d’amitié et de Fraternité.
J’ai l’impression de devenir de plus en plus sensible et je ne veux pas pleurer à chaque fois que je quitte mes hôtes de gîte !

L’été est maintenant bien installé, et la chaleur de la journée est parfois insupportable.

Champ de tournesols se reflétant dans un lacJ’ai pris mon rythme de marcheur estival : lever à 5h30, douche, petit-déjeuner, et départ 6h30 à l’aurore, parfois même avant.
C’est un plaisir de marcher quand toute la nature s’éveille à peine.
Les premiers gazouillis d’oiseaux sont, à mon avis, les plus beaux de tous les réveille-matins.
Marcher dans l’air pur et léger, au petit matin, est un vrai bonheur pour les sens et il me semble que la fatigue n’a aucune prise sur moi, à ces heures matinales.

Les petits villages succèdent aux bourgs et mes pas allègres enfilent les kilomètres et mes yeux, toujours en éveil, engrangent des milliers de clichés “photographiques” et de sensations et de senteurs que nul propos peuvent décrire ici.

Ce matin, en partant de Lectoure, les hirondelles, comme des folles, m’ont fait une fête autour de moi et dans les champs de blés coupés.
Je me régale de les voir tournoyer en rasant les champs, faisant mille bonds et mille arabesques.

Quelle surprise et quel bonheur aussi, sur le plateau de voir la ligne bleu horizon des Pyrénées, pour la première fois.
J’ai, tout de suite que l’impression que les Pyrénées et les hirondelles me souhaitent la bienvenue dans ce nouveau paysage et mon cœur et mon âme éprouvent une grande joie.

Je profite, lors de mon passage dans les villages de visiter les églises et chapelles ainsi que les monuments intéressants architecturalement et historiquement parlant.

Eglise de La RomieuC’est ainsi que le petit village de La Romieu (Gers) dévoile, pour celui quiCloître de La Romieu sait s’arrêter un moment une collégiale et un cloître particulièrement intéressants.

Les vieilles rues sont pour moi une halte appréciée et je ne me fait pas prier pour me reposer une heure sous les portiques du vieux village.

L’arrivée-étape à Condom-sur-Baïse, petite sous-préfecture du Gers, me signale que je vais attaquer demain le dernier tiers de mon trajet français de la Via Podiensis.

Condom (Gers) – Aire-sur-l’Adour (Landes) – St-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) – 223 kilomètres

Vendredi 25 juillet 2008

C’est après une nuit plutôt agitée dans le dortoir d’un ancien collège du XIXème siècle, faisant office de gîte d’étape, que je reprend mon Chemin, encore un peu fourbu
Je n’ai pas les yeux en face des trous ce matin, car mon sommeil a été un peu perturbé par les ronflements nocturnes d’un voisin de dortoir agrémentés par les attaques en règle de troupes de moustiques aux dards aiguisés qui m’ont consciemment dévorés le dos et les bras une bonne partie de la nuit …

Pont piétonnier sur la rivière l'OsseLes villages succèdent aux bourgs et aux hameaux dans cette région agricole du Sud-Ouest.

Montréal-du-Gers (Gers), gros bourg fortifié est une étape très agréable, où, arrivé vers 13 heures, je n’éprouve qu’une envie, c’est de me déchausser et me tremper les pieds et les mollets dans laEpilobes fontaine publique du centre du village devant les yeux tantôt ahuris, tantôt amusés des touristes de passage … pour un peu, je m’y serais bien jeté tout habillé, tant la chaleur est assommante ce jour-là.

Ce soir, je vais dormir à Séviac (Gers) dans un gîte d’étape situé à 1,5 km de Montréal-du-Gers.
Ce gîte a la particularité de se trouver sur l’emplacement d’une villa gallo-romaine du IIIème et IVème siècles après J.C.
Quel bonheur de se promener dans ces ruines après la fermeture des lieux aux touristes et profiter d’un moment de silence et de paix au milieu de ces murs et ces colonnes fantomatiques où d’autres hommes et femmes vécurent ici, il y a plus de 16 siècles !

Lever de soleilChaque jour, mes pas me mènent sur 20 à 25 kilomètres, et petit à petit la distance avec les Pyrénées s’amenuise.Borne avec Croix de Malte (XVIIIème siècle)

Le jour de mon anniversaire, j’arrive l’après-midi à Nogaro (Gers), dans un gîte situé près d’une piste d’entrainement de motos et d’autos.

J’entends, pas très loin du gîte où j’ai posé mon sac, des rugissements des moteurs des Ferrari, Maserati et autres Audi …

Je fais ainsi la connaissance de Manuel D., mécanicien-moto de son métier.

Nous nous rendons ensemble sur les gradins dominant la piste en tant que spectateurs et nous assistons aux rondes “infernales” des ces bolides vrombissants … joujoux coûteux de richissimes propriétaires …

Manuel et moi, ce soir-là, allons allègrement fêter mes 59 ans (eh oui, déjà !) dans un restaurant de Nogaro.
C’est un peu tard que nous rejoignons le gîte, rassasiés par un repas copieux et quelque peu arrosé …

Aire-sur-l’Adour et Miramont-Sensacq sont deux villes étapes situées dans les Landes.

Dans la première de ces villes, je fais la connaissance d’un garçon sensible et adorable.

Laurent T. Je suis totalement interloqué et admiratif devant le courage de ce garçon qui fait son Chemin de St-Jacques malgré des handicaps physiques qu’il sublime sans se plaindre jamais !

Je ressent rapidement une immense tendresse pour ce garçon qui se nomme Laurent T.
En marchant auprès de lui, j’admire son courage et je prie très souvent pour qu’il recouvre la santé.

Chevaux de race potokNous allons cheminer ainsi pendant six jours et passerCroix en pierre sur le Chemin d’Aire-sur-l’Adour (Landes) à St-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) en partageant nos repas, nos rires, nos confidences et nos nuits dans les dortoirs des gîtes d’étape.

Sur le Chemin, de temps à autres nous retrouvons, d’autres pèlerin(e)s Brigitte et GuyVirginia et Philippe, Brigitte et Guy, Georges et Shin et chaque rencontre est la cause de pauses rires et casses-croûtes … désopilantes !

Lundi 4 août 2008

Notre arrivée, à St-Jean-Pied-de-Port signe notreLaurent et Shin dernier jour en commun sur ce chemin.

Ce soir, nous allons nous offrir un bon repas à la terrasse d’un restaurant avec Virginia, Philippe, Guy, Laurent, Philippe et LaurentShin et moi.
Inutile de préciser que notre dernière soirée ne fut pas triste … vraiment pas du tout !

Je suis partagé entre la joie d’être arrivé au pied des Pyrénées avec Laurent après 34 jours de marches effectives et 719 kilomètres parcourus depuis Le Puy en Velay, et la tristesse de le quitter lui va retourner àVirginia et moi Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) se faire opérer.

Dernier repas en communLe lendemain, nous partons ensemble, par le train, jusqu’à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).
Laurent va continuer jusque chez lui, en Auvergne.
Moi-même, je vais me reposer avec mon amie Véronique P. et sa fille Ella au Mont-Dore (Puy-de-Dôme), car la situation de mon pied n’est guère brillante …

Laurent et moi, nous nous embrassons chaleureusement comme des frères sur le quai de la gare SNCF de Bayonne, en nous promettant de nous revoir bientôt.

Peut-être dans un mois, en septembre, si Dieu le veut !

Après l’opération, Laurent espère reprendre son Chemin de St-Jean-Pied-de-Port au courant de la première quinzaine de septembre.
Après mon repos en Auvergne, j’aurai quelques rendez-vous urgents à régler fin août à Lyon et début septembre dans le Var et bien sûr, profiter de mon temps libre pour revoir mes ami(e)s.

Je reprendrai donc mon Chemin, si Dieu le veut, le 11 septembre prochain, d’où je l’ai quitté, c’est-à-dire de St-Jean-Pied-de-Port, en direction de Santiago de Compostela (Espagne) sur 743 kilomètres.

St-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) – Roncevaux (Roncesvalles – Espagne) – 27 kilomètres

Mardi 9 septembre 2008  Le train, en provenance de Bayonne vient de me déposer, comme d’autres pélerin(e)s aux mines réjouies et aux sacs lourds, à St-Jean-Pied-de-Port, au pied de ces montagnes appelées Pyrénées et sur lesquelles le hemin de St-Jacques va me (nous) conduire chez nos voisins et amis Ibères jusqu’à Santiao-de-Compostela et plus loin encore !

 J’étais parti de cette petit ville touristique le 5 août dernier, fatigué, mais avec l’espoir d’y revenir bientôt, pour me reposer au Mont-Dore (Puy-de-Dôme) e pour soigner mes pieds malades de tendinites.

J’y reviens plein de fougue et d’entrain, et avec cette envie de repartir au plutot sur ce Chemin qui m’attire comme un aimant.

Bref, j’ai les pieds qui me démangent et me picotent !

J’ai décidé de partir après-demain, 11 septembre 2008, à l’aurore.
Demain sera consacré à la remie en forme de mes jambes et randonnée autour de ce bourg.

Seulement, mes désirs ne sont pas vraiment n phase avec la météo !

Le 10 septembre il pleut ; le11, il tombe des cordes …

Bon, je dois être souple et accepter ce que je ne peux changer.

Le 12 septembre le temps est incertain, se remet lentement au beau …
J’hésite, bref, je ne me décide pas, et le soleil s’amuse toute la journée à faire du cache-cache avec les nuages … et la pluie encore !
L’après-midi, je file à l’Accueil des Pélerins de St-Jean-Pied-de-Port situé en haut d la vieille ville, et un brave homme, bénévole de son état m’affirme que le temps est en train de s’améliorer.

il ne m’en faut pas plus pour me convaincre que le 13 septembre sera un jour ensoleillé et de décider sur le champ que je partirai enfin de cette halte forcée qui me fait bouillir d’impatience …

Samedi 13 septembre 2008

Hier soir, je me suis couché tout excité comme un enfant la veille de Noël, à l’idée de partir dès le lever de soleil, et même avant, à l’assaut des Pyrénées.

3 heures du matin, je me réveille pour satisfaire un besoin impérieux …

Je ne peux pas m’empêcher de regarder au dehors du gîte, et quelle joie de contempler un ciel pur constellé d’étoiles.
Je me rendors aussitôt, rasséréné, jusqu’à 6 heures du matin.
Douche, derière vérification du sac à dos, copieux petit déjeuner, laçage des chaussures, ajustement des sangles du sac … la chek-list est complète !

Ultreïa !!!

7h42, je sors et je hume l’air … l’air du large, de la liberté, l’air bientôt de Saint-Jacques !

Quel choc !

Le ciel est uniformément gris, l’atmosphère humide, mais qu’mporte, j’ai assez trainé comme ça ici.
Gris ou bleu, pluie ou soleil, je ne puis plus attendre une minute de plus en moins d’une seconde ma décision est prise, je pars.

Je n’ai marché qu’à peine trente minutes lorsque le premier “crachin breton” … non, crachin pyrénéen m’atteind et me brumise.
Il m’en faut plus pour m’arrêter aujourd’hui !
Trente minutes après, j’avance coubé sous le poids de mon sac, inondé de pluie déjà sous ma cape qui me donne l’ai d’un fantôme errant de cols en cols.

Je double ou je me fais doubler par d’autres ombres fantomatiques et, en nous dépassant, un petit signe de la main, parfois un regard, un sourire en disent bien plus qu’un long discours et nous redonnent du courage pour continuer l’ascension.

Nous sommes à la même enseigne et nous avons toutes et tous, devant nous, 27 kilomètres à parcourir, dont plus de 18 en montées quasi-ininterrompues avant d’arriver à Roncevaux (Roncesvalles en espagnol).
Nous sommes là de notre plein gré et nous ressentons tous, en nous, cet aimant magique et mystérieux qui nous attire vers Santiago.
Alors, pourquoi nous plaindrions-nous ?

Le brouillard, le froid, la pluie et le vent seront mes compagnons de route aujourd’hui.

Inutile de “s’accrocher” à un groupe, ou même à un(e) seul(e) pélerin(e)s comme compagnon(gne) dans cette montée !

Mes (nos) forces pour lutter contre ces éléments déchaînés sont centrées sur marcher et avancer et sans cesse, remettre un pied devant l’autre pour ne pas tomber tant, parfois, le vent est violent.
En ce qui me concerne, je n’ai aucune force à gaspiller pour parler avec qui que ce soit.

Le paysage est, paraît-il, sublime sur ces montagnes des Pyrénées-Atlantiques, au fur et à mesure qu’on s’élève vers les sommets.
Paraît-il ?!
Moi, je ne vois rien que des nappes de brouillard très denses et des vagues d’eau me transperçant jusqu’aux os.
Mon attention est surtout concentrée sur mon équilibre, mes pieds pateaugeant dans une boue infâme sur des chemins étroits et tortueux au fur et à mesure que je me rapproche de la frontière franco-espagnole.


Croix en pierre dans le col de RoncevauxJe souris.
Je viens de penser à quelque chose et j’avance avec un sourire béat.
Est-ce moi qui traverse le pluie ou est-ce la pluie qui traverse mon corps transi ?

Je m’apercevrai, tout à l’heure, que c’est la deuxième hypothèse qui prévalait …Stèle NAVARRA

Navarra !

Je tombe, par hasard, sur une stèle de granite rouge qui indique l’entrée en Navarra et donc en Espagne.
J’avais entr’aperçu des barrières de bois, il y a quelques minutes, barrières que j’ai longées pendant quelques centaines de mètres, peut-être que je longeais la frontière déjà ?

Ca y est, je suis en Espagne.
Pour connaître l’heure, j’extirpe mon portable de mon sac ventral.

Il est 13 h. et nous sommes le 13 !

Il y a des personnes superstitieuses qui prétendent que le nombre “13″ porte malheur.
Pour moi, le 13 septembre à 13 h., c’est un moment d’immense bonheur et j’ai envie de pleurer de joie.

Direction SANTIAGOTout à coup, je ressens près de moi, tout contre moi, la présence quasi-physique de ma chère Maman défunte, et peu à peu, je “vois” aussi mes amies et mes amis arriver par petits groupes et m’entourer de leur affection, de leur amour.
Je les reconnais, elles et ils sont tous là !
Je dois rêver debout.
Toutes et tous, je leur parle un à un, et je les embrasse affectueusement.

Je sais que je ne marcherai pas seul sur ce Chemin !
Que d’Amours ressenties, en ce moment magique, à côté de la stèle Navarra.
Il n’y a personne autour de moi, aucune pélerine, aucun pélerin.
Il y a un monde invraisemblable autour de moi et de l’Amour, que de l’Amour, combien d’Amour(s) ?

Mes yeux embués de larmes je regarde mon portable à nouveau.

Il est 13h13, ce samedi 13 septembre 2008 !

Je repars tout grelottant de froid et d’humidité, mais néanmoins ragaillardi par tout cet Amour reçu et j’amorce bientôt ma descente sur le hameau de Roncesvalles.

Des dérapages plus ou moins (in)contrôlés dans la descente périlleuse vers ma première étape espagnole nécessitent des dons que je n’ai pas vraiment.
Néanmoins, il y a toujours une branche ou un tronc d’arbre pour me rattraper et je réussis l’exploit de ne pas atterrir une seule fois sur les fesses dans cette magnifique traversée de fougères, de pins et de bouleaux.

En guise de cadeau ultime pour aujourd’hui, le soleil vient juste de me (nous) faire une petit coucou amical.

Quel bonheur !

Il est à peu près 15 heures lorsque j’aborde Roncesvalles.

De toute ma vie je ne pense pas avoir été aussi trempé et transi de froid qu’aujourd’hui !

Je rentre dans un grand bâtiment en pierres abritant un dortoir de cent cinquante lits superposés et couvert par une magnifique charpente en bois.
Comme d’autres pélerin(e)s, je laisse, derrière moi, une trace d’eaux et de boues mélées.

A peine entrés, un bénévole s’agite et nous explique que le “déchaussement” est obligatoire et nous fournit des feuilles de journal pour bourrer nos chaussures afin d’éponger le surplus d’eau et d’humidité … tu parles !

En fait de “déchaussement”, c’est une vraie libération, une sortie de pieds d’un carcan humide, que dis-je, d’une vraie mare animée par mes orteils recroquevillés par le froid.

Je me retrouve enfin sous une douche brûlante à souhait et je sens, un à un, mes muscles se détendre et se réchauffer lentement, lentement sous “la agua caliente“.
J’en ressors tout ragaillardi et je me rhabille avec des vêtements secs que j’avais soigneusement enveloppé dans des sacs plastiques dans mon sac à dos.

Une bonne nuit dans mon duvet tout chaud … et s’il n’y a pas trop de ronfleurs et de ronfleuses ici, demain 746 kilomètres m’attendent jusqu’à Santiago de Compostela et 90 kilomètres de plus pour me rendre jusqu’au Cap Fisterra (Finisterra) et l’Océan Atlantique.

Par cette marche, j’ai décidé aussi de rendre hommage à un ami qui parcourt,
depuis des années, les routes du monde sur son vélo pour sensibiliser les populations sur l’importance du Don du Sang Bénévole !

Ce garçon exceptionnel s’appelle Julien LEBLAY.
 Je vous invite à le connaître et découvrir ses exploits en visitant ses deux sites internet

j.leblay.free.fr et www.voyage-grand-coeur.org.

 

Donneurs de SANG

ANGes gardiens …

 

La suite sur : De St-Marc à St-Jacques (3)

DE ST-MARC A ST-JACQUES (1)

LE PUY EN VELAY (Haute-Loire) –

SANTIAGO DE COMPOSTELA (Galicia)

Mercredi 9 avril 2008

J – 16

Je ressens en moi, ce matin au réveil, une double impression.

Une excitation tel un enfant à l’approche de Noël sachant qu’il y aura des cadeaux au pied du sapin, le matin du 25 décembre …
Et aussi une prise de conscience car, même si j’ai porté ce projet en moi depuis près de quinze ans et plus particulièrement depuis le début de janvier 2008, hier soir en bouclant mon sac à dos et en le pesant, j’ai vraiment réalisé que le plus difficile restait à venir : transporter ma carcasse de 76 (+ ou – 1 ou 2) kilos plus 12 kilos de sac à dos, sans compter l’eau et le ravitaillement … et ceci sur près de 1.500 kilomètres !

Mais j’ai confiance.

Je me suis entraîné pendant trois mois à marcher chaque jour entre 15 et 20 kilometres, et je sens mon corps assez fort pour faire des dizaines de milliers de pas et avaler en trois mois environ ce chemin.

Et puis mon mental est très fort aujourd’hui.
Oui, je me sens très solide à l’intérieur de moi.

Une chose que je n’ai pas fini, c’est faire le plein d’amour …
Je souhaite que mon cœur déborde d’amour !
J’ai besoin de faire le plein d’amour, d’aimer et de me faire aimer par ma famille et mes ami(e)s, partout en France.

C’est pourquoi j’ai entrepris depuis le 24 mars dernier un périple en train qui va me faire réaliser un “Tour de France” de ma famille et de mes ami(e)s.

Dans l’ordre chronologique : Haute-Savoie, Var, Vaucluse, Haute-Garonne, Gironde, Loire-Atlantique, Paris, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Rhône, Loire et enfin Haute-Loire sont les départements où je ferai une halte et où je vais me remplir d’amour auprès de ma famille et de mes ami(e)s, et où je vais aussi et bien sûr, donner tout mon amour à toutes ces personnes qui m’aiment et que j’aime, et lorsque j’aurai fini mon “Tour de France”, j’arriverai au Puy en Velay (Haut-Loire) le 24 avril 2008, et tel un bolide rempli de super carburant, je serai prêt à rouler ma bosse sur mes chemins intérieurs vers Santiago de Compostela.

Merci à vous toutes et à vous tous, car c’est grâce à vous que je vais partir sur ces chemins, tant je me sens rempli de votre force et de votre amour !

Pour ceux qui ont déjà lu sur mon blog mon projet de partir à St-Jacques de Compostelle, vous vous rappelez certainement que je souhaitais cheminer avec un âne ou une ânesse, tant je ressens fort en moi cette relation que j’ai avec cet animal.

Malheureusement, depuis près de deux mois, j’ai du abandonner cette idée, car la location d’un âne sur cette distance (1.500 kilomètres environ et autant pour le retour) et sur cette durée (2 mois et demi, voire 3 mois, rien que pour l’aller) représente une somme importante et nécessite donc un portefeuille assez garni …
En effet, les rares “loueurs d’ânes” qui proposent ce service sur une “longue” durée m’ont demandé entre 1.500 et 1.700 euros auxquels il faudrait rajouter le prix (?) du rapatriement de l’âne en van (alors que le prix d’achat d’un âne varie entre 500 et 1.000 euros) et comme je ne suis ni “Mister Gates” ni “Mister Rockfeller” … ni un autre nabab ou roi du pétrole (que je n’envie pas, par ailleurs), j’ai du renoncer, la mort dans l’âme, à avoir mon compagnon rêvé à mes côtés sur mon périple !

Je partirai, tel le pèlerin “moyen”, avec mon sac à dos pesant une tonne ou presque, cheminant sur les chemins de France, de Navarre … jusqu’en Galice, seul.

Pourquoi seul ?

Celles et ceux qui me connaissent savent que je suis un vieux bavard (j’ai du en saouler plus d’un dans ma vie … pardon !), mais aussi qu’il est difficile pour un bon randonneur de concilier la marche et la “tchatche”, ces deux-là ne font pas bon ménage !

Eh oui, comment marcher, respirer et parler en même temps ?
Ce qui est possible pour une randonnée d’un jour devient impossible pour un chemin de près de 1.500 kilomètres !

Donc, je partirai seul, et je marcherai seul … et je ne parlerai pas … sauf lors des pauses avec mes voisin(e)s de rencontres fortuites dans les gîtes et relais d’étapes tout au long de ces trois prochains mois.

Enfin, beaucoup m’ont demandé où en étais-je de mes préparatifs pour mon “pèlerinage” ?

C’est toujours très agréable de répondre à ce genre de question, surtout auprès des personnes chères à mon cœur, et je me sens aujourd’hui tellement proche de mes ami(e)s, que je partage bien volontiers mes joies et mon excitation du prochain départ avec beaucoup d’enthousiasme et d’amour.

Mais, ce que je tiens à dire ici, c’est que je ne fais nullement un pèlerinage.

Bien sûr, j’ai intitulé ce(s) chapitre(s) de mon blog : “De St-Marc à St-Jacques”, puisque je pars du Puy-en-Velay le 25 avril, jour de la fête de la St-Marc, et que je vais marcher jusqu’à St-Jacques-de-Compostelle (Santiago de Compostela).
Bien sûr, je vais prendre les mêmes chemins qu’ont emprunté des dizaines de milliers (peut-être de centaines de milliers) de pèlerins depuis plus de mille ans pour se rendre sur la tombe “supposée” de l’Apôtre du Christ, Jacques le Majeur.
Bien sûr, je vais transpirer, avancer sous le froid, le vent, la pluie mais aussi la chaleur, le soleil et forcément je vais souffrir pour me rendre dans ce lieu pour m’y recueillir et y prier également.

Mais, je ne veux pas être enfermé dans une religion, un dogme, une seule façon de voir, de penser, de ressentir, de prier !

Pour moi, le catholicisme n’est pas la seule voie vers ce que nous appelons Dieu.

Combien de saintes et de saints n’ont jamais été baptisé(e)s suivant les rites de l’Eglise, combien de philosophes et de penseurs avaient une conscience tellement éveillée que beaucoup d’entre eux (elles) nous ont dépassé, combien de Sages dans l’Antiquité nous ont ouvert des voies vers l’Esprit, combien d’Ames tellement pures et désintéressées n’ont jamais rien eu à voir avec l’Eglise Catholique Romaine et sont devenu(e)s des exemples dans notre monde de taré(e)s que beaucoup de chrétiens feraient bien de s’en inspirer et je ne veux en aucune façon me laisser enfermer dans un “formatage” catholique de ma pensée et de mes aspirations spirituelles.

C’est pourquoi je n’ai parlé et je ne parlerai, tout au long de mon parcours, que de “Chemin de St-Jacques” ou de “Camino de Santiago” … en version espagnole !

Permettez-moi encore ce dernier point qui me tient fortement à cœur.

Je porterai autant de fois que je le pourrai, sur mon chemin de St-Jacques, un T.shirt blanc frappé du logo des Donneurs de Sang Bénévoles et j’ai fait fabriquer à Paris un fanion orné du même logo que je porterai collé sur mon sac à dos.

Certains se diront que mélanger un parcours, à l’origine, religieux ou spirituel, avec le but de sensibiliser au Don du Sang Bénévole relève du même style que marier une carpe et un lapin !

Ma réponse est simple.

Qui, aujourd’hui, peut se dire qu’il n’aura jamais besoin de sang ?

Il ne suffit de penser qu’aux accidents de la route pour imaginer que “ça n’arrive pas qu’aux autres” et personne d’entre nous tous n’est à l’abri de ces malheurs !
Et ce jour-là, je pense qu’on est bien content de recevoir le sang d’un(e) inconnu(e) et donc la vie à travers une intraveineuse …

Alors peu importe de marier la carpe et le lapin, l’autruche et le crocodile, l’important est de sensibiliser chacun d’entre nous à donner son sang, régulièrement, tout simplement pour sauver des vies !

De sauver la vie à son prochain, de façon anonyme et gratuite, n’est-ce pas un acte d’amour qui transcende toutes les religions, toutes les philosophies, toutes les croyances ?

J’ai donc décidé de montrer et d’arborer fièrement mon engagement pour cette noble cause, en collaboration avec l’Union Départementale des Donneurs de Sang Bénévoles du Vaucluse.

En plus, je souhaite rendre hommage à un ami qui parcourt, depuis des années, les routes du monde sur son vélo pour sensibiliser les populations sur l’importance du Don du Sang Bénévole !

Ce garçon exceptionnel s’appelle Julien LEBLAY, et je vous invite à le connaître et découvrir ses exploits en visitant deux sites internet j.leblay.free.fr et www.voyage-grand-coeur.org.

Et maintenant, si vous le voulez bien, venez avec moi, via ce blog, sur mon chemin du Puy en Velay au Col de Roncevaux pour la partie française, et de la frontière franco-espagnole à Santiago de Compostela pour la partie espagnole, terme de mon chemin … prévu vers le 20/25 juillet 2008.

Je vous embrasse toutes et tous, car vous êtes dans mon cœur !

LOGO EN FAVEUR DU DON DU SANG

 

DRAPEAU DE LA FRANCE

http://www.itconceptfr.com/Pageshtml/PlanSite_VA.html

 

Le drapeau de la France ou drapeau tricolore bleu, blanc, rouge
est l’emblème national de la France,
conformément à l’article 2 de la Constitution Française de 1958.
Ce drapeau de proportions 2 x 3 est fait de trois bandes verticales d’égale largeur.

 

 

DRAPEAU DE L’ESPAGNE

http://www.les-best-casinos.com/online_casino_spanish.html

 

Selon l’article 4.1 de la Constitution Espagnole de 1978, le drapeau national espagnol
est formé de trois bandes horizontales, rouge, jaune et rouge,
la bande jaune étant deux fois plus large que chacune des deux bandes rouges.

Sur la bande jaune, décalées vers la hampe, figurent les armoiries de l’Espagne.

 

La suite sur : De St-Marc à St-Jacques (2)

OUVERTURE DU SITE

Après des mois de “dur labeur”, pas tellement pour moi mais surtout pour le concepteur de ce blog, mon ami Eric DAVID, voici arrivé le grand jour.
Mon blog arrive enfin, après des mois de gestation, sur le Net.

La face du monde en serait-elle changée ?
Non, pas du tout !

J’essaierai simplement d’apporter ma petite graine et quelques idées et je le ferai bien volontiers en utilisant ce nouveau canal mis à ma disposition.

Aujourd’hui, vendredi 12 janvier 2008 : je suis comme un enfant, un matin de Noël …
Noël en janvier ?
Pourquoi pas ?

Je suis là devant mon cadeau, mon blog, je dois le faire vivre, et j’ai la grande joie de vous le faire partager !

Je vous invite donc à me suivre dans mes périples, mes surprises, mes rencontres, mes découvertes, mes joies et mes peines, mes émerveillements et mes coups de gueule …

Je vous invite aussi à me donner vos impressions, vos encouragements et votre soutien, et même vos engueulades …

Par avance, merci de votre amitié et de votre fidélité et longue vie à ce blog !

INDE (11)

CHENNAI – DUBAI – PARIS

Lundi 12 février 2007

Chennai via Dubai et puis Paris, aéroport Charles-de-Gaulle, atterrissage 22 heures.

Une journée dans un avion, c’est souvent plus fatigant qu’une journée de travail !

Je n’ai jamais compris pourquoi.

Je suis tellement fatigué que j’ai pris un taxi pour revenir de l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris.
Le même hôtel dans le XI° arrondissement, là où j’avais déjà dormi la veille de décoller pour Kolkata, je retrouve une chambre identique à celle d’il y a trois semaines.

Demain, grasse matinée et départ en T.G.V. pour Annemasse (Haute-Savoie) en début d’après-midi, arrivée près de 4 heures après.

Je m’installe chez moi et je commence à déballer mon sac si compressé sur le linge sale que celui-ci en ressort tout marqué … et en plus il pue !

Lessives, lessives et lessives … cette semaine.

J’ai sans cesse pensé à mon voyage dans l’avion et dans le T.G.V. de retour.

Je suis parti en Inde encore brisé de la douleur de l’éclatement de mon couple.

Je rentre d’Inde brisé, mais seulement brisé de fatigue.
Je suis passé par la grande lessiveuse indienne.
J’ai été chauffé, secoué, rincé, essoré par tout ce que j’ai pu voir et ressentir de la misère infinie dans ce pays.
Cette lessive indienne a duré trois semaines et j’en ressors sain et propre.
Il ne me reste plus qu’à repasser mes souvenirs et les classer, comme mon linge.

Pour moi, l’Inde, dans les conditions psychologiques de mon être au départ, a été la plus grande des psychothérapies que je pouvais entreprendre.

Ni médicament, ni psychologue, ni psychiatre, ni psychothérapeute … que l’Inde.

Je suis guéri de toutes les blessures de mon âme et de mon cœur et prêt à nouveau à affronter la vie, ma vie … et bien sur, refaire des projets.
Préparer ma retraite et un jour, je ferai ce que j’aime et qui m’attire depuis si longtemps.

Je vais m’y atteler, préparer voyages et me remettre en condition physique pour le “Camino de Santiago de Compostela” et l’Amérique du Sud.

A tous les gens qui souffrent de dépressions nerveuses qui flirtent avec les tentations de suicide, je leur dis ceci :

Mes ami(e)s, je suis passé par là.

Après l’éclatement de mon couple, je n’ai vu dans la vie que du chagrin, de la peine, du malheur, des malheurs et je pensais n’avoir aucun avenir.
Pendant des semaines et des mois, j’ai flirté avec l’idée du suicide.

Mais, je me suis accroché.
Accroché à une idée, un voyage, à mes prières, à ma famille, à mes amies, à mes amis.

Grâce à eux, j’ai tenu.
Grâce à eux, je suis allé en Inde.

J’ai commencé par la ville, en Inde, la plus impressionnante et la plus démoralisante qui soit : Kolkata (Calcutta).

Je suis allé à la rencontre des autres, des plus pauvres, des plus sales, des plus abandonnés, des plus malades, des plus déshérités et je les ai regardés dans les yeux, profondément au fond des yeux.

Et j’ai eu honte de mes “soi-disant malheurs” !
En un instant, j’en ai pris conscience.

J’ai pris conscience que nous avons tout ici, en Europe, en Occident, pour être heureux, et que nous sommes sans cesse à nous plaindre, à râler, à toujours souhaiter plus.
De ce que nous avons déjà, rien ne nous satisfait.

Nous avons tout et nous ne sommes pas heureux !

Eux, ils n’ont rien, et il m’ont appris à être heureux !

Ils n’ont rien, mais il donnent tout ce qu’ils ont de trésors : leurs regards, leur bonté, leur aide, leur simplicité.

J’en suis témoin, j’ai vécu ces moments-là !

Et je me suis guéri à leurs contacts.

J’ai toujours été près, très près de Marie, Notre Mère Divine à tous, et bien avant de partir en Inde, je L’ai priée de me protéger et de guider mes pas.
Plus d’une fois en Inde, je L’ai sentie près de moi, et dans les rencontres spirituelles que j’ai faites, j’ai senti Sa Présence, dans les Etres merveilleux que j’ai rencontrés, j’ai encore senti Son Souffle, et dans les moments de solitude que je recherchais, dans les chambres d’hôtel, dans les trains, j’ai toujours senti Sa Protection.

Elle était là qui me suivait et me guidait, partout.

C’est Notre Mère à toutes et à tous.

Merci à tous mes Frères et Soeurs de l’Humanité toute entière.

Vous toutes et tous qui souffrez du même mal dont j’ai souffert, je vous en prie, allez une seule fois, simplement, en Inde sur les chemins de votre spiritualité et vous sentirez la puissance de la Fraternité entre les Peuples.

Nous n’avons qu’une Terre, il n’y a qu’une race humaine et nous n’avons qu’une Mère qui nous protège tous !

Merci d’avoir pris du temps, beaucoup de temps à lire mon blog “Voyage Passé : Inde”.

Mon amitié pour vous toutes et vous tous.

René

INDE (10)

CHENNAI – PONDICHERRY – CHENNAI

Dimanche 11 février 2007

Réveil par l’accueil de l’hôtel à 4 heures 30, douche, petit déjeuner.

5 heures précises, je file, j’attrape un rickshaw en plein vol, direction gare routière.
Arrivée : 5 heures et quart, le bus est là.
Il était temps, la file commence déjà à se former.
Dans 15 minutes, le départ et s’il n’y a plus de place, c’est foutu !

Le bus est loin d’être moderne et confortable comme nos bus-pullmans européens, mais en comparaison de ceux de Khandwa et de Salem, il représente un luxe certain, ce matin.

Il fait encore grand nuit, et nous avons plus de 100 kilomètres à faire, sur une route dont j’ignore l’état et dans des conditions de circulation, sans aucun doute, pas meilleures que celles des autres grandes villes que j’ai visitées jusqu’à présent.

100 kilomètres, environ 3 heures de route me précise le chauffeur en entrant dans le bus.

L’heure du retour de Pondicherry pour Chennai ?
19 heures, arrivée 22 heures, environ.
Je calcule mentalement …
Arrivée hôtel 22 heures 15 , une douche et au lit à 22 heures 30 !
Ma prochaine nuit sera courte …

Peu importe, il me reste une journée entière et je compte bien en profiter un max.

Donc, si je compte bien aussi, arrivée Pondicherry 8 heures 30 … disons 9 heures et départ 19 heures, j’ai donc devant moi à peu près 10 heures pour découvrir cette ville qu’on dit ici, la plus française des villes indiennes.

La route est longue et les nids-de-poule sont toujours très présents sur les routes de la côte du Golfe du Bengale.
Dès que je m’assoupis, un sursaut me réveille.
Je vois que je ne suis pas le seul.

Impossible de dormir.
De toute façon, maintenant, il fait soleil, il fait déjà très chaud.

Le bus vient d’arriver dans une grande ville, il stationne et coupe son moteur sur une longue avenue rectiligne plantée en son centre de beaux arbres.

Je sors, je pose le pied à Pondicherry, ville fondée par les français au XVII° siècle.

L’empire français en Asie, avant guerre, se composait des anciens pays de l’Indochine et du Tonkin (actuellement le Viet-Nam, le Cambodge et le Laos) et de petits territoires collés à l’immense empire anglais, appelés Comptoirs.
Il y en avait cinq : Pondicherry, Chandernagor, Yanaon, Mahé et Karikal.
Je suis dans le premier d’entre eux.

Je ne suis pas du tout colonaliste, je me vante même d’être un anticolonaliste convaincu !
Ce que nous avons fait en Afrique Noire ou encore en Algérie, n’est pas plus reluisant que ce que la Grande-Bretagne a fait aux Indes ou que ce qu’ont fait les Belges au Congo, et je pense que nul n’a le droit d’en tirer un quelconque honneur.

En fait, je suis très heureux que l’Inde ait récupéré et intégré au sein de sa nation, ces confettis de territoires d’une nation colonialiste comme la France.

Autres temps, autres mœurs !

Par ailleurs, à ceux qui défendent le colonialisme, je prends comme exemple ceci et je leur dit :

Et si le Comtat Venaissin, autrement dit, une grande partie du Vaucluse, appartenait encore aujourd’hui au Vatican, à la Papauté ?
Accepteriez-vous cette situation ?
Ou demanderiez vous à cette Papauté, le rattachement du Vaucluse à la République Française ?

En descendant du bus à Pondicherry, on a tout de suite la singulière impression qu’on arrive dans une petite sous-préfecture d’une province française.
Des rues et de larges avenues bien droites, toutes tirées au cordeau et à angles droits, des maisons basses à un ou deux étages couvertes de tuiles rouges ressemblent à celles de nos provinces.

En se promenant à pied et en prenant mon temps, je découvre de petits trésors architecturaux.

Un sentiment étrange persiste en moi tout au long de cette longue journée.
Ici, je suis déjà loin de l’Inde.
Pourtant, je suis encore en Inde.
Je ne crois pas au hasard, je pense qu’il s’agit d’une subtile transition entre mon séjour indien de ces trois dernières semaines et mon retour en France, à Paris, demain soir.

Je décide pour ce matin, de laisser mes pas me guider, et pour cette après-midi, j’irai visiter l’ashram de Sri Aurobindo et de La Mère.

Tout d’abord, un petit café, et une terrasse m’attendent pour un tchaï bien mérité.

En suivant la grande avenue plantées d’arbres, je tombe devant un bâtiment officiel tout PONDICHERY - Entrée du Palais du Gouvernementblanc, de style colonial, entouré de hautes grilles et entouré d’un jardin luxuriant.
Des gardiens en uniforme font les cents pas devant la grille d’entrée, close.

Ce bâtiment est en fait l’ancienne résidence du Gouverneur Général de Pondicherry, jusqu’en 1954 sous la tutelle française, et est devenu, depuis, le Palais du Gouvernement de la Province de Pondicherry.

Tournant le dos au Palais, je me dirige maintenant vers le bord de mer.

Je m’étonne tout de suite de ne pas y trouver de plage.
Le bord de mer est impraticable pour ceux qui voudraient se baigner à Pondicherry, car la route domine la mer de plus de deux mètres de hauteur.
Une succession de gros rochers noirs et glissants forment une digue qui protège la promenade piétonne des assauts des vagues et des tempêtes.

Un étrange clocheton, couvert d’une toiture blanche pointue et posée sur quatre piliers PONDICHERY - Statue de Gandhi près du bord de merblancs également, surgit devant mes yeux.
A l’intérieur, une statue d’un homme tenant un bâton de marche est peinte en noir.

Je m’approche et je reconnais immédiatement le Mahatma Gandhi.
C’est un héros national, et il est admiré et aimé comme un vrai bienfaiteur de la nation.

Je m’éloigne en ayant une pensée de reconnaissance pour ce Saint Homme.

PONDICHERY - Consulat françaisEn bifurquant à gauche, je suis surpris d’apercevoir flotter un drapeau bleu-blanc-rouge et un autre bleu à étoiles jaunes, celui de l’Europe, sur un bâtiment quadrangulaire, sans aucune beauté.
Je m’approche, je me trouve devant le Consulat de France à Pondicherry.
Un homme se présente à moi et me demande en français ce que je souhaite.

Je suis surpris et je bafouille trois mots d’excuse.
Je ne m’attendais tellement pas à entendre parler français, si loin de la métropole que je ne sais plus quoi dire, je ne sais même pas si je sais encore parler français …

Juste en face du consulat, j’aperçois une femme proposant des jus d’ananas frais pressés.
Je sais que je prends un risque en buvant cette boisson, mais le désir est plus fort que la PONDICHERY - Femme me préparant un jus d ananasraison.
Je m’approche de cette brave femme, et lui commande un jus d’ananas frais pressé.
A la vue de la machine pressant le fruit, de la couleur du couteau, de la planche à découper, j’ai un sursaut de recul.
Je l’ai commandé, je le boirai.
Si je souffre demain de troubles intestinaux, je saurai au moins pourquoi.
J’ai de quoi me soigner.

Je le bois et je me régale.
C’est un vrai nectar, plein d’arômes, je le sirote avec délectation et mon corps revit !

PONDICHERY - Chèvre au milieu d un tas de détritusJe rentre vers le centre ville, là où j’ai remarqué qu’il y avait de petits commerces et de petits cafés pour m’y restaurer et boire mon tchaï familier.

De temps à autre, je me surprends de retrouver un environnement indien qui semble détonner ici.

Des tas d’ordures, comme à Kolkata, parsèment des trottoirs et je rencontre une chèvre cherchant sa nourriture et ne s’occupant pas de moi, moi qui voulait la caresser !

A midi, je suis surpris de rencontrer un nombre impressionnant de routards.
A croire que tout ce qui est français, ou anciennement français à l’étranger attire invariablement les petits français que nous sommes.

Moi y compris d’ailleurs !

Sommes-nous tous, consciemment ou inconsciemment, des nostalgiques de l’ancien Empire Français d’avant guerre ?
Quelques mots de bienvenue échangés entre nous, et je repars vers mes promenades solitaires et d’autres rencontres.
J’aurai bien le temps de parler français avec des français quand je serai rentré au pays !

Le guide du routard précise qu’à Pondicherry ont vécu le Maître Sri Aurobindo et La Mère.
Je me dirige vers l’entrée du lieu où reposent ces deux êtres exceptionnels.

Un mur tout blanc barre un jardin dans lequel on pénètre uniquement pieds nus.
Je laisse sur la gauche un bâtiment d’époque coloniale, peint en blanc, ancienne résidence de ces deux personnages pour me diriger vers un rassemblement de personnes tournant devant un bloc de marbre blanc veiné de gris.
Certains se prosternent et prient devant ce parallélipipède impressionnant.
Je comprends qu’il s’agit des tombeaux de Sri Aurobindo et de la Mère.

Sri Aurobindo (Aurobindo Ghose – 15/08/1872 – 05/12/1950) était un philosophe indien et a développé notamment l’idée du yoga intégral.
Il a fondé cet ashram en 1926.
La Mère, appelée ainsi par Sri Aurobindo (Mira Alfassa – 21/02/1978 – 17/11/1973) était française, disciple du Maître et a vécu à ses côtés
Elle a continué la diffusion de ses idées jusqu’à sa mort à un âge avancé.

PONDICHERY - Tombeaux de Sri Aurobindo et de La MèreLe tombeau où reposent ces deux êtres, est recouvert en permanence d’un tapis de fleurs multicolores et odorantes PONDICHERY - Tombeaux fleuris  de Sri Aurobindo et de La Mèremagnifiques.

Je médite devant ce tombeau qu’un arbre penché et un dais de toile fine viennent protéger du soleil brûlant.

Une grande Paix un silence impressionnant règne dans ce lieu et seuls les oiseaux pépient dans les arbres gaiement.

PONDICHERY - Appartement de Sri Aurobindo et de La MèreJe ressort par une annexe du bâtiment transformé en librairie où se vendent leurs œuvres.
Mes pas me conduisent à travers le salon où vécurent jusqu’à leur décès, Sri Aurobindo et La Mère.

Aujourd’hui, c’est un musée.PONDICHERY - Noms de rues ... bien français

Au détour d’une rue, je lis des noms de plaques de rue …
La présence française est bien là aussi.
Des noms des rues en tamoul et en français qui ont été conservés par l’Administration Indienne : “rue Saint-Louis”, “rue de la Marine”, etc …

Plus loin, je tombe face à face avec un éléphant entravé devant un Temple Hindou.

Le linteau des portes de ce temple sont couverts de statues de dieux et déesses du Panthéon Hindou.

L’éléphant semble jouer avec les spectateurs.

PONDICHERY - René donnant à manger à un éléphantJ’ai envie de jouer avec ce gros pachyderme.
Il a de beaux yeux et semble sourire.
J’achète donc 10 roupies (0,18 euros) d’herbe au commerçant d’en face et je m’approche de l’éléphant.
L’éléphant s’en saisit délicatement, du bout de sa trompe, l’apporte à sa bouche et mange la touffe d’herbe.
En récompense, il pose délicatement sa trompe sur ma tête, une seconde.
Impressionnant quand même !

J’ai vraiment l’impression qu’il me sourit … il a vraiment une bonne bouille !

La journée se passe ainsi, de découverte en surprise et je me laisse guider par mon instinct.
Rien ne me presse, c’est ma dernière après-midi en Inde, je veux en respirer toutes ses subtilités jusqu’à la dernière seconde.

Le soir tombe vite et la nuit enveloppe la ville de sa voute étoilée.

Le bus est à l’heure et à l’endroit indiqué.
Nous partons et nous roulons de nuit.
C’est la première fois que je roule de nuit en bus.

Quoiqu’il arrive l’autobus file droit !

Je réalise ici, que la priorité est laissée aux camions et au bus parce qu’ils sont les plus gros et les plus impressionnants.
Quand le bus déboite pour doubler, si une voiture arrive en face, celle-ci doit se serrer sur le bas-côté pour le laisser passer …
Et de préciser qu’il n’y a pas toujours des bas-côtés !

A l’entrée de Chennai, nous avons un accident.
Un bus, nous est rentré dedans …
Sans doute trois fois rien, peut-être un pare-choc enfoncé, rien quoi !
Pas de quoi faire un constat.

5 mn de palabres dehors, sans humeurs, sans cris, sans violence et nous repartons jusqu’au terminus des autocars.

Je rentre à l’hôtel, par rickshaw.
Il est près de 22 heures 30, la nuit va être courte, très courte.

Please Mister.
Let me wake up tomorow morning at 5:00 a.m. and call me a taxi to the airport for 6:00 a.m.
Thanks.
Good night !

Je m’engouffre dans ma chambre, une douche très rapide et je m’endors rapidement.

Lundi 12 février 2007

Qui ose m’appeler si tôt au téléphone ?
Mon Dieu, que je suis bête, c’est le réveil de l’hôtel !

Je n’ai que peu de temps.
Douche, habits propres, chaussures, vérifications des papiers, du billet d’avion et de mon passeport.
Tout est ok.
Sac à dos bouclé, plus lourd que jamais, je descends tout titubant de fatigue au rez-de-chaussée.

Un petit déjeuner m’attend.
Je n’ai pas très faim mais je me force un peu.
Les viennoiseries et le café noir sont bons, excellents même.

Le taxi est là, il est 6 heures précises.

Good bye, thanks, thank you very much.
See you.
Bye, bye.

6 heures 30, je suis à l’aéroport international de Chennai.
Enregistrement, attente.
Douane, attente.
Salle d’embarquement, attente.
Embarquement, attente dans l’avion.

9 heures 30, l’avion décolle enfin, direction Paris-Charles-de-Gaulle, via Dubaï.

La suite et fin sur Inde (11)

INDE (9)

KANNYAKUMARI – CHENNAI

Vendredi 9 février 2007

Le train entre en gare de Chennai.

Chennai est le nouveau nom de Madras.
C’est également la capitale de la province du Tamil Nadu.

Il est plus de 8 heures du matin et j’ai une faim de loup.
Hier soir, j’ai fini mes provisions de bananes et quelques bouts de biscuits brisés au fond d’un paquet entamé depuis deux jours.

La faim m’a réveillé, il devait être à peine 7 heures.
Pour me changer les idées, je feuillette mon fidèle compagnon, le guide du routard.

J’ai repéré un hôtel, me semble-t’il, très confortable.

Maintenant, j’ai conquis une habitude de vieux briscard, de vieux routard.

Je sors de la gare en surfant à travers cette marée humaine et je me fraye tant bien que mal, un passage vers l’air pur.

Je saute dans le premier rickshaw venu et j’indique le nom de l’hôtel que j’ai sélectionné.

Un quart d’heure après, je me présente à l’entrée luxueuse d’un hôtel situé à deux pas de la vieille ville.

Du personnel en habit, pantalon noir, impeccable, chemise blanche, cravate et veston bleu nuit m’accueille avec une grande politesse.
Du marbre partout, comme dans beaucoup d’hôtels mais ici, le marbre ne rime pas avec froideur.

Je règle pour les trois prochaines nuits.
3.300 roupies pour trois nuits, bon ça va.
1.100 roupies la nuit.
20 euros, tout juste.

Je signale à l’accueil que j’ai faim.

Un garçon m’accompagne vers la salle de restaurant, où une dizaine de personnes sont en train de prendre leur déjeuner du matin.
Le service est impeccable, et tout est en libre service.

Je passe près d’une heure à calmer ma fringale, et je ressors de la salle, repu.

Je dois attendre jusqu’à midi qu’une chambre se libère , car il est trop tôt pour qu’on m’en confie une, mais je ne suis pas décidé de rester planté là pendant 3 heures.
La réception veut bien me garder mon sac à dos jusqu’à midi.

Je m’assied sur un canapé de l’entrée et je calcule mentalement le nombre de jours et d’heures qu’ils me restent à passer en Inde et à Chennai.

Trois jours, soixante-douze heures au maximum.
Pas de temps à perdre !
Je laisse mon sac à dos dans une réserve de l’hôtel et je sors.

Toute la matinée, je passe d’une rue à une autre, d’un magasin de souvenirs à une terrasse de bistrot pour boire mon sacro-saint tchaï matinal.

Je rentre comme un éclair vers midi, histoire de récupérer mes bagages et les installer dans la chambre qui m’a été attribuée.

Je ressors aussitôt, car je viens de me rendre compte que je vais rentrer en France, sans avoir fait trempette dans l’Océan Indien.
Ici, cette partie de l’Océan Indien s’appelle Golfe du Bengale.

Chennai, une mégapole tentaculaire s’étire le long d’une plage de sable d’une dizaine de kilomètres, peut-être plus !

J’arrête un rickshaw et je demande poliment à son chauffeur, de me faire faire un tour de ville et m’amener à la mer.
J’ai envie de me baigner.

Pendant deux heures, nous tournons, dans des ruelles, à droite et à gauche.
Nous passons un grand pont qui enjambe une rivière, peut-être un fleuve ?

De part et d’autre, une succession de bidons-ville se sont accrochés sur ses rives.
Cette rivière est un véritable cloaque et une odeur pestilentielle s’en échappe.

J’en suis à plusieurs dizaines de mètres et cette odeur est nauséabonde, elle me prend à la gorge et me pique les yeux, mélange de pollution industrielle et d’égouts à ciel ouvert.

Je suis horrifié à l’idée que des personnes vivent littéralement si près, le nez dedans.
Non seulement y vivent, mais y mangent aussi, y boivent peut-être, y meurent sans doute !
C’est honteux, c’est inhumainement honteux !!!

Nous arrivons devant une plage immensément longue et large d’au moins 200 mètres.
Nous nous arrêtons et je me déchausse.
CHENNAI (anciennement MADRAS) - PlageQue ça doit être bon de marcher dans le sable chaud, les orteils en éventail !

A peine avoir fait dix pas sur le sable, je me ravise immédiatement.
Il est plus de 14 heures, le sable est brûlant, c’est insupportable.
Je rechausse mes baskets et je remarque que mon chauffeur, lui, est pieds nus …
Ne ressent-il pas la brûlure du sable chauffé à blanc ?CHENNAI - Enfants jouant dans la mer

Des enfants jouent dans l’eau, mais seulement à un mètre du rivage.
Personne dans l’eau, étrange.
Tant pis, je me jette à l’eau.
A deux ou trois mètres du bord, je fais quelques longueurs de brasses.
Ce n’est pas de l’eau, c’est de la soupe !
27 ° ? 30 ° ? peut-être plus ?

Je n’en éprouve presqu’aucun plaisir, c’est vraiment de la soupe !
En plus, la mer est un peu grosse, des rouleaux d’écume s’abattent sur moi.
Je sors, je ne suis pas si rassuré que ça.

Nous restons un petit quart d’heure sur la plage au soleil, mais celui-ci est trop brûlant et me je ravise.
Je me rhabille promptement et nous repartons pour un autre tour de ville, pendant une heure dans d’autres quartiers.

Je lui signale en anglais que je veux aller dans des quartiers plus authentiques, plus Indiens, et non pas auprès des grands immeubles qui bordent les larges avenues des quartiers chics de Chennai.

Je me fais déposer dans un quartier, peu touristique, et même assez misérable.

Je règle mon chauffeur qui a eu la patience de m’attendre au bord de la plage, qui m’a attendu lorsque je prenais des photos et qui m’a fait passer dans des endroits inattendus.

CHENNAI - Vendeur de noix de cocoJe marche sur les trottoirs défoncés de Chennai et je viens d’apercevoir des noix de coco orange, entassées sur un tricycle à pédales.
Vertes, je connaissais, mais oranges, non.
Ont-elles le même goût ?
Je veux goûter le liquide qu’elles contiennent : le laix de coco.
J’appelle le propriétaire de ce vélo antédiluvien, et je lui règle une noix, pour un prix dérisoire de 10 roupies.
A l’aide d’une machette, il tranche, d’un coup sec, la calotte de la noix.
Un liquide transparent apparait.
Je le bois, je bois, c’est délicieux.

Cela vaut cent fois, mille fois tous les sodas de la terre et tous les Cocas et Pepsis états-uniens, gonflés de sucre et d’aspartams chimiques, si mauvais pour la santé !

J’arrête un autre rickshaw et je me fais ramener à l’hôtel.

Je veux prendre une douche pour me rincer la peau et le sel de l’océan.
J’ai toujours sur moi mon maillot de bain et je veux le changer.
Je veux le rincer et me reposer aussi.

De toute façon, l’après-midi la chaleur à Chennai est insupportable, accentuée par une pollution constante produite par la circulation démentielle dans ses rues et ses grandes avenues.
Je sortirai ce soir, à la fraîche, et j’irai à Spencer Plaza, un centre commercial où, parait-il, des artisans exposent diverses productions d’arts et de tissages.

Il fait déjà nuit, plus de 18 heures, lorsque je me dirige vers ce centre que m’ont conseillé les garçons de la réception de l’hôtel.Je me méfie un peu des conseils des uns et des autres, me demandant toujours, si ces tuyaux sont percés ou non.

Je suis un grand garçon, à moi de regarder la qualité des tapis, de la soie, des pierres taillées : jade, améthyste, œil de chat, etc …

Je passe plus d’une heure à lécher les vitrines, entrer, poser des questions, toucher, comparer jusqu’au moment où je tombe en admiration devant la vitrine d’une petite boutique de soieries et de tapis magnifiques.
J’entre et je passe un long moment avec les vendeurs à discuter, à admirer et à comparer des pièces, me semble-t’il, exceptionnelles.
Les vendeurs me demandent de m’assoir et nous buvons un tchai, assis sur des tabourets, à converser dans un anglais entrecoupé de bons éclats de rire.

Je pars en prometant de revenir le lendemain.
Et je suis bien décidé de tenir ma promesse.

Je rentre à dans ma chambre, épuisé.

Samedi 10 février 2007

La nuit a été réparatrice à souhait.

J’ai une journée entière devant moi, je vais en profiter.
Hier, j’ai trouvé quelques idées de cadeaux pour mes ami(e)s.
J’ai vu dans d’autres petites boutiques de Spencer Plaza de belles petites boîtes en marbre et en bois travaillés qui me paraissent bien attirants.

Je me promène dans d’autres rues encore et j’arrive à me perdre dans un quartier ancien où je n’avais jamais mis les pieds.

Un vieux monsieur, habillé seulement d’un “dhôti” noué autour de la taille et d’une chemise à carreau attend des clients dans une rue de Chennai.

Il parait bien nourri avec un bon petit ventre proéminent, mais ce n’est pas son tour de taille qui va me rassurer s’il mange tous les jours à sa faim, et correctement aussi !CHENNAI - Cycliste âgé près de son triporteur

J’hésite un peu et je monte vaillamment dans sa carriole à trois roues.
Je le vois pédaler avec difficulté dans les rues défoncées de son quartier et moi, assis à l’arrière de son véhicule, j’ai de la peine pour lui.
Je préfère lui signaler que je suis arrivé à destination au bout de 300 mètres et le remercier chaleureusement.
Je règle ce brave monsieur en arrondissant le montant en dessus de ce qu’il me demande.
Il me remercie par un large sourire à moitié édenté.
Je lui ai fait plaisir, et moi, ça m’a fait plaisir aussi, et son sourire m’a touché.
Je lui serre la main et nos regards se croisent, profondément.

J’ai encore plus d’un kilomètre à faire à pied, et je retrouve néanmoins mon chemin.
Je me réfugie vite dans ma chambre, à l’abri des rayons mordants du soleil.
Je ressortirai un peu plus tard dans la soirée, quand la chaleur deviendra plus supportable.

Avant de partir de l’hôtel, un garçon me renseigne sur les possibilités que j’ai, de faire l’aller et retour à Pondicherry, en bus, dans la même journée de demain.

Je ne dois pas me rater, car après-demain, à 9 heures 30 du matin, mon avion décolle de l’aéroport international de Chennai et je dois y être, au plus tard à 7 heures.

Rassuré sur les liaisons régulières des autocars, je décide de sortir ce soir pour faire mes derniers achats et de partir demain tôt à Pondicherry pour visiter cet ancien Comptoir des Indes, colonie française jusqu’en 1954.

Ce soir, je vais aller dépenser des euros, oui, beaucoup de roupies surtout dans ce petit magasin où j’ai vu de si beaux tapis.
Je rêve de m’acheter un tapis de soie, depuis bien longtemps.
Vais-je craquer ce soir ?

Effectivement, je craque pour un beau tapis, tissé soie sur soie.CHENNAI - Magasin de tapis et souvenirs

Le propriétaire de ce magasin me signe un bon de garantie certifiant la qualité de ce produit, et m’enroule ce tapis sur lui-même, très serré, dans une enveloppe plastique, tenue avec un large papier adhésif.

Je vais essayer de le ramener en France sans le déclarer …. chut !

Nous buvons à nouveau le thé de l’amitié dans le magasin et nous nous quittons amis !

Je rentre heureux à mon hôtel, délesté de quelques centaines d’euros, et j’aurai, dans deux jours un sac beaucoup plus lourd sur le dos pour rentrer en France.

Après une bonne douche, un gros dodo … et demain Pondicherry !

La suite sur Inde (10)

INDE (8)

SALEM – KANNYAKUMARI

Mercredi 7 février 2007

Je me réveille en sursaut, mes voisins du compartiment aussi, tous les passagers du train, sans aucun doute.
Le train a freiné brutalement et ralenti au point de pouvoir sortir et marcher sur le ballast à côté.
J’entends une rumeur enfler dans le wagon, la journée commence et ses bruits aussi.

Je ne saurai jamais la raison de ce freinage brutal, mais peu importe.
Une vache traversait peut-être les voies, ou une personne faisait du “train-stop” ou est-ce une blague du conducteur qui voulait nous annoncer l’heure du petit-déjeuner ?

Malgré ce réveil brutal, je me sens reposé et ma nuit de sommeil a été réparatrice.
Je me rhabille, et comme à chaque fois que je passe la nuit dans un train, j’exécute une toilette très sommaire de mon corps : museau, yeux et mains, et c’est tout.

Je sens enfin, depuis deux jours, ma bronchite s’atténuer, grâce au sirop.
Ma gorge va mieux, je ne tousse plus.
Mes cheveux ont un peu poussé.
Quand je touche ma tête, j’ai l’impression de caresser de la toile émeri, sensation étrange.
En tout cas, je n’ai pas besoin de peigne, encore moins de brosse et le shampooing n’est vraiment pas une nécessité.
Le savon d’Alep, un astiquage énergique de la tête aux pieds de la bête, voilà le programme de mes douches en Inde.

Ce matin, pas de douche ?
Non, il n’y en a pas dans les trains !
Je me rattraperai ce soir à Kannyakumari.

Journée paisible dans un train interminable.
Les heures passent lentement mais inexorablement.

Mes repas de voyage sont toujours les mêmes : bananes, fruits, eau minérale.
Toujours cette même pollution de déchets lancés par les portières des trains.
Je ne veux pas participer à cette pollution, donc je ne mange plus les plateaux-repas servis par la compagnie “Indian Railways”.

Le train s’arrête tous les dix ou vingt kilomètres et dessert des villages perdus dans le sud.
Sûr et certain que je ne mourrai jamais de faim dans ce pays.
Partout, sur tous les quais de toutes les gares, les mêmes scènes se reproduisent.
Des bananes à quelques roupies, des vendeurs de journaux, d’eaux minérales, de biscuits accrochent les voyageurs.

Le train prévient toujours, par sa corne de brume, son intention de partir.
Je me comporte également comme les milliers d’indiens qui voyagent avec moi.
Je sors, je fais les cents pas, j’achète à manger, à boire et au coup de corne du train je remonte dans mon wagon.

Nous traversons la province du Kérala, longue bande de terre au sud-ouest de l’Inde.
Cette province est baignée par la Mer d’Oman, appelée ainsi car elle est limitée au nord par la péninsule arabique et le Sultanat d’Oman, l’Iran et le Pakistan, à l’ouest par l’Afrique et à l’est par l’Inde.
La Mer d’Oman est la pointe nord-ouest de l’océan Indien.
Cette province est très prisée par les touristes du monde entier, et des cités balnéaires fleurissent le long de cette côte, et surtout des hôtels de luxe.
Je ne veux pas voir ça du tout.
La laideur des murs de béton, des hôtels 4 et 5 étoiles, des touristes bedonnant et braillant se comportant en terrain conquis parce qu’ils ont réglé leurs prestations hôtelières et suppléments divers en dollars U.S., en yens ou en euros, m’insupportent à un point inimaginable.

L’Inde est un beau pays.

Les mêmes erreurs sont commises ici comme en Espagne sur la Costa Brava et la Costa Dorada ou en France sur la Côte d’Azur !
Des kilomètres d’hôtels défigurent maintenant des côtes qui furent jadis belles et pures.

Je viens de me rendre compte que nous circulions sur une voie unique, ce qui explique aussi que les dernières dizaines de kilomètres ont été parcourus à une allure d’escargot !

Il est pratiquement 17 heures et le train s’immobilise en gare.
Le train ne peut pas aller plus loin, les rails s’arrêtent contre une butée.

Après, il n’y a plus de gare, bientôt plus de terre, seulement la mer, plus loin, le Pôle Sud.

Je marche d’un pas rapide et je m’engage dans la ville la plus septentrionale de l’Inde continentale.

Kannyakumari, appelée autrefois Cape Comorin par les Anglais.

Pendant tout mon périple, je n’ai pas rencontré, jusqu’à présent, beaucoup de touristes.
Quelques-uns à Mumbai, mais surtout des routards croisés au fil du hasard sur des quais ou dans les hôtels de passage.

A Kannyakumari, la pression touristique est forte, et ce n’est déjà plus tellement l’Inde.

Je rentre dans un hôtel indiqué sur le routard.
Il me semble sympathique et correct.
Le prix n’est pas prohibitif.
Je demande une chambre avec vue sur la mer.KANYAKUMARI - La baie du Bengale
J’accède à ma chambre.

En guise de vue sur la mer, c’est surtout vue sur la ville.
Si je me penche bien par le balcon du 4ème étage, j’aperçois effectivement un bout de mer.

La mer, j’irai la voir, elle est peut-être à deux cents mètres, j’irai la toucher aussi.
Je l’ai vue à Mumbai, mais je ne l’ai pas encore touchée, humée, inspirée, respirée.
Ici, je vais prendre le temps de m’assoir auprès d’elle, me laisser bercer par le clapotis des vagues contre les rochers, et si c’est possible me baigner.

Une urgence m’appelle dans mon for intérieur.
Quelle urgence?
Je veux voir tout de suite le Mémorial du Mahatma Gandhi.

Je traverse tout un quartier ancien où des dizaines de magasins de souvenirs à touristes se succèdent proposant tous les mêmes tissus, tous les mêmes éléphants en bois, tous les mêmes tapis, tous les mêmes habits … peut-être Made in China ?!

 KANYAKUMARI - Gandhi MemorialDevant moi, se présente un bâtiment bizarre en béton rose proche de la mer.
Son architecture est vraiment étrange.
Sans doute, des raisons inconnues à mon esprit ont générées ces formes inattendues.

C’est le Mémorial du Mahatma Gandhi.

Il me fait penser immédiatement à un gâteau à la fraise, avec beaucoup de colorants alimentaires à l’intérieur.

A l’intérieur, une grand pièce où sont présentés les quenouilles et les rouets de Gandhi.
Des photos noir-et-blanc de ce grand homme sont affichées tout autour de la pièce.
Une urne en pierre trône au milieu de cette salle.
Cette urne a été immergée au large de Kanniyakumari contenant une partie des cendres du Mahatma, après son incinération à Vanarasi (Bénarès).KANYAKUMARI - Stèle à l intérieur du Gandhi Memorial
L’autre partie des cendres à été immergée dans le Gange, à Vanarasi.

Une plaque de bronze le représentant dans la position du lotus est accolée au mur du fond du Mémorial.
Un collier de fleur orne la plaque et une inscription reprend une phrase de ce Grand Homme.

Ma soirée se passe en balades le long de l’océan Indien.
Le vent du large s’est levé, ce soir.
Je reçois quelques embruns salés sur le visage, et c’est bon.
Face au large, face à cet océan sans limite humaine visible où le ciel étoilé épouse les vagues sur l’infini de l’horizon, je me promène dans une totale Paix intérieure.
Je nage dans un océan de Liberté.
Il y a le Ciel, la Mer et moi … et le Mahatma Gandhi tout proche, et c’est tout.

J’ai bien dormi.

Jeudi 8 février 2007

Il n’est pas 6 heures du matin, et la nuit est encore noire.
Ce matin, je veux aller contempler le lever de soleil surgissant de l’océan.

Je me prends à rêver de ne pas rentrer en France, et m’installer quelque part, par là, loin du monde, loin du tourisme, loin des soucis.

Mais non, je ne peux pas, pas encore.
Mon avion va décoller dans quatre jours de Chennai, et je suis là au bout du monde à peine réveillé et à rêver dans mon lit.

J’ai pris une bonne douche hier soir, je suis propre.
Un coup d’eau sur le visage et les mains et me voilà habillé et chaussé.
J’enfile un pullover sur les épaules, car l’air est toujours vif au lever de soleil, même sous les Tropiques.

Je m’attends à ne trouver personne sur la plage.

KANYAKUMARI -  Lever de soleil sur le Vivekananda RockDes centaines de touristes et d’indiens viennent assister tous les matins au lever de soleil.
Je me faufile au milieu d’eux, et je trouve un caillou pour m’assoir.
Devant moi un disque orangé s’élève au dessus du Golfe du Bengale.

Au premier plan, deux ilots et un Temple Hindou se découpent et tranchent sur le ciel rougeoyant.

Quelle puissance, quelle majesté, quelle beauté !

Je suis toujours émerveillé par ce miracle quotidien, du retour de l’Astre du Jour.
Mes lunettes de soleil, quelques photos.

Je m’éloigne de cette foule qui commence à jacasser dans mon dos au lieu de rester silencieuse et admirative devant tant de beauté, et cela m’importune vraiment.

KANYAKUMARI -  Kumari Amman TempleUn petit temple carré, tout simple, sans paroi intérieure, construit en pierre est posé là à dix mètres de l’océan.
Il me fait penser à une porte, un passage obligé vers l’infini.
Un homme, torse nu, habillé seulement d’un “dhôti” regarde le Ciel.
Il doit méditer.

Sur le dernier rocher, une inscription “Caution” qui semble interdire l’accès à caillou.
D’ailleurs, je ne vois personne essayer d’y grimper dessus, peut-être est-il sacré ?

KANYAKUMARI -  Derniers rochers au sud de l IndeLe soleil est désormais puissant dans le ciel.

Des nuées de jeunes gens chahutent et rient à gorge déployée.
Je m’approche d’eux et nous échangeons quelques mots en anglais, puis quelques photos.

Je m’assied sur un rocher à un jet de pierre, les pieds à dix centimètres de l’eau.
Je la regarde miroiter, jouer entre les cailloux et de fines vaguelettes se forment et se déforment, scintillent de mille feux comme autant de cristaux liquides sous les feux déjà puissants du soleil.

Ma matinée se passe ainsi, paisiblement.

Qu’il est bon de ne rien faire quand tout s’agite autour de moi !

Si je veux visiter Chennai et Pondicherry, je dois prendre, ce soir, un train de nuit.
Mon train pour Chennai part vers 16 heures, c’est bon, j’ai du temps.

Je rentre manger un petit déjeuner copieux, toutes ces émotions m’ont creusé.

Je dois rendre ma chambre avant midi.
Je refais mon sac pour la nième fois et toujours avec les mêmes gestes, toujours la même attention, je vérifie consciencieusement papiers, argent, carte de crédit, billet d’avion.

Je sors, il fait très chaud.
J’appelle un rickshaw non loin de moi.

Please Mister, to the Railway Station !

Mon chauffeur est très sympathique, il s’arrête à la sortie de Kannyakumari.
Nous ne sommes pas à la gare ?
Je suis passablement interloqué.
Il connait tous les horaires de train par cœur … il n’y en a que 2 par jour !
Deux qui arrivent, deux qui repartent, pas difficile.
Il sait que je vais prendre le train de 16 heures … et il 14 heures, à peine.

Il parle correctement l’anglais et je le comprends très bien.
Avec des arguments convaincants, il me propose une promenade en rickshaw vers un village situé à une dizaine de kilomètres au nord-est de Kannyakumari.
Il me parle du Temple de Sunchindram, temple Hindou, une vrai merveille.

J’hésite trente secondes.
Mon chauffeur est tellement sympathique et convaincant, que j’accepte volontiers.
Il va sans doute gagner sa journée avec moi.
500 roupies, soit 9 euros pour 1 heure 30.
Pour lui 500 roupies c’est beaucoup, pour moi, moins de 10 euros, c’est très peu.

ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  CanalEt nous voilà partis sur une petite route, étroite mais bien goudronnée.ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  Nénuphars
Nous suivons un canal où s’ébrouent et boivent de magnifiques oiseaux, des jacinthes d’eau dérivent sur le cours tranquille d’un canal, de petits lacs voient éclore à leurs surfaces de grosses assiettes de nénuphars couronnées de magnifiques fleurs blanches.

Je me laisse bercer par le ronronnement du moteur du rickshaw.
C’est bien la première fois que je trouve ce ronronnement poétique !

ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  Temple de SuchindramNous arrivons devant un étrange bâtiment.

Le Temple de ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  Temple lacustre près du temple principalSunchindram se dresse devant moi, tout blanc, avec une quantité de dieux et de déesses entremêlés sur le fronton en forme de pyramide irrégulière à degrés.

Un peu plus loin, au milieu d’un petit lac, un petit Temple, m’apparait, immaculé, comme flottant sur l’eau.

Sans doute, ce bâtiment a été construit ici afin que les fidèles procèdent à leurs ablutions rituelles avant de rentrer dans le Temple.

En Inde, il n’y a que très peu de temples Hindous où les infidèles (c’est à dire nous) peuvent entrer.
Ici, dans ce temple, toutes les personnes peuvent le visiter, quelque soit leur propre religion.

Je me présente donc à l’entrée de ce temple, et j’ai la surprise de voir arriver un Indien vers moi, me faisant signer de me déshabiller.

Me déshabiller ?
Pas tout quand même ?!
Non, bien sûr.
Mais chaussures, chaussettes, pantalons, T.shirt, sac à dos, tout y passe, y compris l’appareil photo, sauf le slip bien sûr.
J’obtiens le droit d’enfiler un short, et me voilà autorisé à visiter ce temple après avoir payer mon entrée en roupies.

A l’intérieur, noircis par des années et des centaines de fumées de bougies se consumant en permanence, les statues de toutes les Divinités du Panthéon Hindou sont représentées.
Un vrai dédale de couloirs, de cours, de portes, de statues, de piliers me donnent le vertige !

Je remarque seulement que les femmes sont autorisées à conserver leur T.shirt.
Pas les hommes, le contraire m’aurait étonné.

Nous repartons sur notre petit cheval-vapeur jaune et noir, pétaradant de plus belle, en direction de la gare ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  Femmes faisant leur lessivede Kannyakumari.

ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  RizièreAfin, de profiter de l’instant présent, je fais arrêter mon chauffeur ENVIRONS DE KANYAKUMARI - Hommes se baignant dans un lactrois ou quatre fois et j’en profite pour faire crépiter mon appareil photo.

Je saisis ainsi, sur mon appareil, des hommes faisant leur ablutions dans un petit lac, des ENVIRONS DE KANYAKUMARI -  René dans un champrizières irriguées, les moutonnements de collines rouges arides, des femmes faisant leur lessives sur des ghats …

Nous nous quittons enfin devant le hall de la gare.

Le train est là, mais j’ai encore plus de 30 minutes avant le départ.

Merci gentil conducteur.
Tu as été adorable et grâce à toi, j’ai vu de belles personnes, de beaux paysages, de beaux oiseaux, de belles fleurs et ce beau temple tout blanc au bord de l’eau.
Que tous les Dieux du Panthéon Hindou te protègent et te bénissent, toi et ta petite famille.

 ENTRE KANYAKUMARI ET CHENNAI - Mon train, retour vers ChennaiIl est 16 heures, le train file plein nord, dans la campagne en direction de Chennai.

Je vais arriver y demain vers midi, après plus de 16 heures de train.

Mon dernier grand trajet en train avant de rentrer en France.

Je me laisse bercer par ma mélancolie et le bruit du train.

Déjà, dans ma tête, se met en place un premier bilan de voyage.

Encore quelques jours à Chennai.

J’ai vu des choses magnifiques et dans les prochains jours, je n’entreprendrai sans doute plus rien sauf, peut-être, un petit tour à Pondicherry.

Je m’assoupis dans la soirée, sur la banquette du train, heureux et apaisé.

Le train va rouler pour moi, toute la nuit.

Demain, il fera jour … si Dieu le veut !

La suite sur Inde (9)

INDE (7)

BANGALORE – SALEM

Lundi 5 février 2007

Nous roulons toujours.

6h45, mon portable sonne.

Ce n’est pas un appel de France ?!

Non, je l’ai programmé pour la première fois en Inde sur la fonction réveil.J’ai tout juste le temps de boucler mon sac, vérifier mes papiers, me faire une toilette de chat avec un filet d’eau suintant d’un robinet dans un minuscule lavabo en inox.

Le train freine et s’immobilise le long d’un quai interminable.
J’arrive enfin à Salem.

Salem, quel beau nom pour une ville !
Salem, Salam, Shalom … des noms proches pour signifier la Paix.

Et notre Salut, vient-il de la même racine ?
A vrai dire, je ne veux pas le savoir, je préfère penser que le mot Salut provient de la même racine.
Ca me fait plaisir, même si ce n’est pas vrai, pas réel.
Mais c’est quoi le réel ?

Salut, Salem, Shalom, Salam, tous ces noms sonnent beau et bien à mon oreille.

Comme Jérusalem, Capitale d’Israël et du futur Etat de Palestine.
La ville de la Paix, paraît-il … tu parles … oui, peut-être un jour !!!???
Salem, c’est sans doute la ville de la Paix en Inde !
Je le crois ainsi, et je suis heureux de cette idée.

Ma journée va être sous le signe de la Paix.

Nous sommes ici, déjà bien dans le sud du sous-continent Indien, et l’alphabet n’est plus le même que dans le nord.
Ici, la langue parlée est le tamoul (ou tamil), à Kolkata, c’était l’hindi ou le bengali, et les caractères de ces langues sont complètement différents.

Je ne déchiffre ni une voyelle, ni une consonne, encore moins un seul mot, mais mon œil remarque une différence dans les formes, les arêtes, les creux, les ronds et les déliés entre les deux langues et les deux alphabets.
Artistiquement, le tamoul est plus beau à regarder.
Cette écriture forme des volutes, des vagues, des fleurs parfois, que je m’autorise déjà à préférer à l’hindi, sans même connaître le son que produit cette langue !

Il est 7 heures du matin, le soleil est seulement levé depuis moins d’une heure, je commence à transpirer comme une cascade, je dois trouver le bus pour Yercaud.

Hier soir, à Bangalore, le Père R. que j’ai eu au téléphone, m’a assuré qu’il faisait bon et même frais à Yercaud !

Le soir, m’a-t’il recommandé, n’oubliez pas de prendre une petite laine.

Comment est-ce possible alors qu’à 30 kms, à Salem, du sunrise au sunset, on se liquéfie totalement, et que la nuit, on ne se rafraîchit pas réellement.Il paraît que les mois qui précèdent la mousson le climat est ici intenable, insupportable.
Chaud et humide, 40 ° à l’ombre, mais comment font-ils pour résister tous ces braves indiens ?

Bon, mais toutes ces considérations ne me font pas trouver le bus pour Yercaud.

Maintenant, j’ai pris une bonne habitude.
Je ne demande mon chemin qu’à de solides gaillards, des jeunes garçons dans la vingtaine ou la trentaine.
Eux, ils comprennent mon anglais, sauce française, roulements des R, accent du Périgord … alors que je n’y ai jamais mis les pieds, dans le Périgord.

Je tombe sur un brave garçon qui me prend sans aucun doute en pitié.
Mon look est-il si minable, suis-je si sale ?

En effet, tout à l’heure, dans le miroir de ma chambre d’hôtel à Yercaud, je constaterai que je fais réellement peur, je me fais réellement peur tellement mon apparence est minable !

Il m’aide à porter mon sac et nous nous dirigeons vers un bus urbain.
Il monte avec moi, et nous nous retrouvons encore écrasés les uns contre les autres.
Nous arrivons à une immense place, barrée en son centre d’emplacements de bus où ceux-ci doivent jongler pour se garer avec des tas d’ordures, entassés ça et là.
Il m’aide encore à redescendre mon sac, m’accompagne et nous traversons ensemble la place immense pour atteindre le terminus des bus en partance pour Yercaud.

Je le remercie et nous nous quittons.
Je réponds à son sourire franc et joyeux, par un sourire franc et rassuré.
Je lui suis vraiment reconnaissant, de tout mon cœur, de toute mon âme.

Mon Dieu que les Indiens sont des êtres bons et serviables !

Si je dois retenir une seule chose de l’Inde, ce sera la bonté de ces personnes.
Pas une bonté de facade, pas une bonté feinte, un vraie bonté, réelle, sincère.
Et tant pis, pour la saleté, la pollution, la poussière !

Plus d’une heure d’attente, sous le soleil, à espérer voir arriver un bus, mon bus.

Enfin, un autocar rouge sang, mais rouge sang très sale, arrive.
Cabossé à souhait, il roule quand même sur ses 4 roues.
Au volant un chauffeur sans âge, comme l’autobus.
A l’arrière, des sièges dont la science peinerait à donner un âge et dont moi-même, j’ai de la peine à discerner le couleur initiale du tissu des banquettes.
Intérieur noir, noir de poussière et de gaz d’échappement, mais aussi noir de sueurs séchées, noir de crasse et de taches douteuses attachées ou collées au tissu, tout est sombre dans ce car, même sous la lumière de ce soleil de plomb.

Le bus tousse, puis éructe derrière lui un nuage noir de gaz d’échappement mal brûlés.
J’ai trouvé un bout de banquette libre pour y poser mes fesses et je peux ainsi caler mon sac entre mes jambes.
Je suis assis contre une big mamma Indienne, enveloppée dans un sari marron.
Elle déborde un peu géographiquement sur mon siège.

Le bus démarre enfin péniblement, nous avançons.

Je distingue une colline, non une montagne et le chauffeur du bus enclenche une vitesse courte pour attaquer la côte.

La boîte à vitesse soudain, pousse un hurlement assourdissant, j’ai l’impression qu’on vient d’écraser, sur la route, une batterie de cuisine en aluminium … ou en inox.
Le chauffeur doit avoir de la poigne, du muscle et de la volonté.
Il insiste.
Dans un bruit inquiétant, la boîte cède enfin, et le moteur s’enfle, les décibels aussi.

Le vacarme est assourdissant dans ce bus.
Les passagers ne l’entendent-ils pas !?
Sans doute non, moi, si.

Les vitres du bus s’entrechoquent, tintent dans un bruit permanent.
Je pense être au milieu d’une armée de Castafiore, faisant vibrer leurs cordes vocales de pizzicati métalliques, et d’autres encore plus nombreuses, de leurs chevrotements ovins.
Mes tympans se déchirent sur cette musique infernale, cette cacophonie indescriptible, sans doute s’agit-il d’un troupeau d’éléphants s’égayant dans une fabrique de verres en cristal de Bohême.

Yercaud est un village haut perché, à 1.400 mètres d’altitude, au le sommet de cette montagne dominant Salem.
Le bus et nous, avons réussi à grimper un dénivelé de 1.000 mètres.

J’en ressors encore plus sale que j’y suis rentré, c’est sûr.
Ma première impression, c’est de ressentir une fraicheur agréable et revigorante.
J’ai l’impression de me trouver dans les Alpes, je domine la vallée de Salem.
Je m’arrête devant un bistrot pour boire un verre de tchaï.
Je retombe de mes rêves et je m’aperçois que je ne suis pas vraiment dans les Alpes …

J’ai trouvé un hôtel.
Des chambres pas chères, des couloirs miteux, ma chambre encore plus miteuse.
Je m’installe et je me prépare à me raser et prendre une douche.

Pas d’eau chaude ici.
Je me sens si sale que j’affronte le seau et le pot-à-eau d’eau glacée dans un recoin appelé douche et toilettes.
Je m’efforce, par respect pour les voisins, à ne pas pousser des cris et des hurlements d’horreur à chaque fois qu’un litre d’eau froide me dégouline le long des épaules et des reins !
Je sors de cette épreuve, frigorifié, mais propre.

Du linge encore propre dans mon sac, sorti d’un sac en plastique fait pour le protéger des outrages de la poussière et de la pollution, me donne un aspect tout neuf, tout beau.

Bon, je peux encore rêver, même à mon âge, non ?!

J’ai rendez-vous avec le Père R., à Pink Castle, à 15 heures.
Pink Castle ?
Le Père R. habiterait-il un château ?
Rose de surcroît ?
J’ai bien fait de me mettre sur mon 31.
J’espère que la cravate n’est pas de rigueur dans ce Castle là !

Comme d’habitude, je demande et je redemande mon chemin.

Il est 14 h 55, lorsque je me présente devant Pink Castle.
En fait, il s’agit d’une maison de briques roses, comportant deux petits appartements, donnant sur un petit jardinet, le tout clôturé d’un mur blanc.

Je pense que les Indiens n’ont jamais vu de vrai château, ma foi !

Je sonne une fois, deux fois, trois fois.
Personne.
Je me dis que, puisque ce Père est vieux, il doit être sourd.
Je franchis le petit portail donnant sur le jardin.
Je tape à la porte d’entrée, fort, très fort.
Personne.

Je me retourne, je vois arriver vers moi une grande femme, mince, drapée dans un sari en soie, couleur vert pomme.
Elle a du être très belle étant jeune.
Aujourd’hui, elle a peut-être 50 ans, peut-être un peu moins, peut-être un peu plus ?
Elle est encore belle et elle a cette classe qu’ont les femmes d’ici, habillées de leur habit traditionnel.
Sa peau lisse est cuivrée, très foncée, presque noire, comme chez les Indiens du sud.
Elle porte quantités de bijoux en or et quelques piercings en or aussi, sur les ailes du nez.

Elle ne parle que le tamoul, pas un mot d’anglais.
Moi un peu l’anglais, pas le tamoul.
Je lui indique que j’ai rendez-vous avec le Père.
Je vois à ses yeux qu’elle ne comprend pas un mot de ce que je lui baragouine.
Elle me fait signe de m’assoir sur les marches, devant la porte d’entrée en bois.

Une demi-heure, une heure … j’attends, rien.
Le Père serait-il décédé dans la nuit ?

Plus d’une heure après, je vois s’avancer à nouveau cette grande femme vers moi, à sa main, un trousseau de clés.
Elle m’ouvre la porte de l’appartement du Père.
Elle avait donc les clés ?
Non, ce n’est pas l’appartement, c’est un vestibule, un cagibi presque.
En guise de vestibule, je dirais plutôt un dépotoir.
Des sacs, des vieilles gamelles, des outils, un lavabo blanc à terre, du ciment …
Une chaise branlante me tend ses bras, plutôt ses pieds.
Je m’assied, délicatement.
Ce n’est pas le moment de me casser la figure et de me rompre les os.
Tant de kilomètres faits en Inde pour voir ce Père et finir à l’hôpital ?

Il doit bien être 4 heures et demie quand j’entends le bruit d’un verrou s’enclencher.
La porte s’ouvre et je vois arriver un bout d’homme pas grand, légèrement voûté, habillé en civil et coiffé d’une casquette.
C’est bien en effet le Père R.

Il m’accueille chaleureusement
Il a un visage bien rond, des yeux pétillants de malice et un sourire d’enfant.

Bonjour Père !
Comment allez-vous ?

Bonjour René, je vous attendais.
Je suis heureux de faire votre connaissance.
Moi aussi, Père, je suis très heureux de vous connaître.
Nous avions rendez-vous à 15 heures, je crois ?
Oui Père, 15 heures.
C’est bien !

Je n’ose pas lui faire remarquer que ça fait plus d’une heure et demie que je l’attends et je le suis dans son petit appartement aux volets mis-clos.

Un bureau de travail coupe la pièce principale, une autre table fait un angle de 90°.
Des piles de livres, de journaux, de carnets, de fiches sont éparpillés et encombrent bureau et table, tout ceci relève d’une joyeuse pagaille.
Une chatte ne trouverait-elle pas ici ses petits ?
Peu importe.

Le Père R., avec des gestes lents et mesurés, soulève un livre, attire à lui un cahier, sort d’une étagère une antique machine à écrire et me montre son travail de traduction des lettres qu’il reçoit de France, d’Europe et du Monde entier, lettres qu’il retape méthodiquement, en tamoul, sur sa machine à écrire.

Nous devisons tout l’après-midi autour de thés et de petits biscuits sucrés.
La nuit est déjà tombée depuis un long moment lorsqu’il se saisit de son téléphone et parle à quelqu’un en tamoul.

Il se tourne vers moi et me demande tout à coup :

René, vous resterez bien manger avec moi ?
Si, si, ça me ferait très plaisir, je n’ai que si peu de visites de France.
Parlez-moi un peu du pays !

Je suis un peu gêné d’accepter, mais son sourire est si franc et son regard si droit que les sons s’articulent dans ma bouche sans même m’en apercevoir.
J’accepte avec grand bonheur son invitation.

Vous aimez les légumes verts ?
Ils viennent de mon jardin.

Des légumes ?
Je n’ai pas mangé de légumes depuis plus de 15 jours, et même si le Père me servait des légumes sans sel, sans sauce, même pas cuits, je crois que je me jetterai dessus.
Rien ne pourrait me faire plus plaisir, ce soir, qu’un plat de légumes !

Merci Père.
J’aime énormément les légumes, je n’en ai pas mangé depuis mon départ de France !

J’ai commandé un repas pour nous deux à ma voisine, celle qui habite juste en face.

Dans un même souffle, il continue :

Vous avez dû la voir, mon amie ?
C’est elle qui vous a ouvert la porte, une belle et grande femme, elle s’occupe de moi, de ma cuisine, de mon ménage, de mon linge aussi.

Je commence à l’adorer déjà ce Père-là.

Maintenant, c’est moi qui ai envie de le faire parler.
De ses goûts, de son temps, de ce qu’il a réalisé tout au long de sa vie.
De ses choix, de ses années de Séminaire en France, de sa famille, de ses amis.

J’apprends ainsi qu’il est parti de France par bateau en octobre 1951, déjà ordonné prêtre.
Trois semaines de traversée, avec un autre jeune prêtre.
Passage du Canal de Suez, mer d’Oman, contournement de l’Inde, Golfe du Bengale, arrivée Madras, puis apprentissage intensif du tamoul, la langue parlée ici, dans le sud.
Différents postes occupés dans des villages isolés, rattachés à l’Evêché de Salem.

Il me précise que les chrétiens représentent une minorité importante dans le sud.
Mieux acceptés et implantés que dans le nord, leur population est estimé à 7 à 10 % des provinces du sud de l’Inde.

Il a créé une structure de parrainages d’enfants, comme il y en a beaucoup en Inde et dans le monde, et qui fonctionne correctement.
Il me montre des fiches de ces enfants sur lesquelles sont notés leurs noms, prénoms, adresses et leurs photos.
Qu’ils sont beaux ces enfants en photos, tellement pauvres sans doute, mais arborant toujours ce beau sourire des gens simples et leurs beaux yeux rieurs.

C’est ma sœur Florence qui a fait la connaissance du Père R., ici à Yercaud, il y a 14 ans.
Ils ont tout de suite sympathisé et ils entretiennent depuis, des liens épisodiques et fraternels.
Ma mère, de façon épistolaire, s’est liée aussi d’amitié avec le Père R., et lui envoie chaque année de l’argent pour aider les enfants que sa structure prend en charge : éducation et formation professionnelle.

Père, c’est tellement magnifique, ce que vous avez réalisé !
Mais, vous ne vous arrêtez jamais ?
L’Evêché ne vous a t’il pas mis à la retraite ?
Ne souhaitez-vous pas rentrer en France, finir vos jours auprès de votre famille ?

Je le bombarde de questions, et sans aucune gêne, il me répond.

Il me précise avec une candeur naturelle qu’il n’a plus d’amis en France et plus de famille proche dans sa Franche-Comté natale.

Je suis trop vieux, ils sont tous déjà partis avant moi !
Vous savez, René, je souhaite finir mes jours ici, en Inde.

L’amie du Père arrive enfin les bras chargés de plats chauds et de victuailles.
Un bref Benedecite, nous nous asseyons face à face devant la table de la salle à manger et nous attaquons ce repas que je soupçonne tout simplement divin.

Qu’a t-il donc pu lui dire, au téléphone, à son amie ?
Que j’étais maigre ? affamé ?
Ou a t-il lu dans mes pensées que j’avais faim ?

Oui, j’ai faim.
J’ai un peu honte mais je dévore tout ce qu’il me présente.
Il rit de me voir manger ainsi, et il me ressert encore.
Il m’a même fait préparer deux desserts.

Des desserts ?

Je rêve !
Un flan au caramel et un gâteau du style quatre-quarts.
Je mange comme un puits sans fond, j’avale tout ce qu’il me présente, c’est tellement bon !
Et lui, il mange aussi, mais surtout, il me regarde et il sourit.
Moi, je suis aux Anges.
Un vrai repas, je n’avais pas pris de vrai repas depuis plus de 15 jours.

Merci Père, vous êtes un Ange !

J’ai oublié que le Père est âgé.
80 ans, surtout ici, avec ce climat, c’est vraiment un âge avancé.
Je prends congé de lui vers 21 heures et il me convainc de revenir le lendemain matin à 9 heures 30.

Et soyez précis, s’il vous plait !
Bien sûr, Père.

Il a déjà oublié son retard de tout à l’heure ?
Ici, cela n’a aucune importance, même si j’ai poiroté plus d’une heure assis sur ses marches d’escalier.
Et là, il me demande d’être précis !
Je souris devant tant de candeur.

Bonne nuit Père, à demain.
Merci pour ce délicieux repas, j’ai un peu honte, j’ai mangé comme un ogre !
De rien René, ça m’a fait plaisir de vous avoir à ma table.
Bonne nuit René.

Ma nuit a été un rêve.
Yercaud la nuit, peu de bruit contrairement à toutes les autres villes d’Inde.
Je suis réveillé vers 8 heures, il fait bon, j’ai faim.

Mardi 6 février 2007

Je suis précis comme une horloge suisse ou franc-comtoise, et propre comme un sou neuf.
Je sonne, il est 9 heures vingt-huit … ou vingt-neuf.
La porte s’ouvre.

Bonjour Père.
Bonjour René, je vous attendais !

Il veut me faire visiter une plantation de café.
Elle appartient à l’Evêché de Salem et s’étend sur des centaines d’hectares.
Ça tombe bien, c’est la période du ramassage des fruits, des fruits des caféiers, bien sûr.

Nous nous installons dans sa petite voiture blanche et nous voilà partis sur des chemins, autrefois carrossables, aujourd’hui totalement ravinés et défoncés.
Sa voiture a bien du mérite à ne pas tomber en pièces détachées.

Des plantations de café se succèdent sur des kilomètres et des kilomètres.
Le caféier a besoin de lumière mais ne supporte pas le soleil, c’est pourquoi il n’est planté que sous des futaies.

Je remarque, ce que je n’avais pas vu auparavant, sous les grands arbres, des buissons aux grappes rouge vif, et des hommes et des femmes courbés recueillant la précieuse récolte dans de grands sacs de jute et dans d’énormes paniers en osier.

Nous arrivons devant une grande bâtisse entourée de murs.
A l’entrée, un prêtre Indien, tout de blanc vêtu nous accueille chaleureusement.
Il doit avoir une soixantaine d’années, des cheveux blancs comme neige couvrent sa tête.
Comme tous les Indiens du sud, il a la peau cuivrée très foncée.

Il propose de nous faire visiter la ferme.
Nurseries de plants de café aux feuilles vernissées, plants adultes en pots prêts à être plantés.

Un peu plus loin encore, nous entrons dans la fabrique, l’usine.
A l’entrée, de grands bacs remplis de fruits rouges, ressemblant à de belles cerises mures, attendent d’être traitées.
Une machine antique mue par l’énergie hydraulique d’une petite rivière reçoit dans un immense entonnoir ces fruits, et sépare l’enveloppe des fruits du café lui-même, un Indien en surveille le fonctionnement.

Une montagne d’enveloppes de fruits rouges s’élève en contrebas de la fabrique.
Ces enveloppes seront placées au pied des plants de café et serviront d’engrais naturel.

Le café ainsi séparé de son enveloppe rouge, sèche sur des dalles de bétons, directement au soleil pendant 3 jours.

Il n’est pas encore torréfié, de couleur jaune clair tirant sur le verdâtre.

Des femmes pieds nus, passent et repassent sur les grains étalés au soleil.
En marchant, leurs orteils et leurs pieds retournent naturellement les grains afin qu’ils pivotent et donc s’assèchent encore plus.
Le prêtre Indien nous précise que le taux d’humidité du café doit être très bas avant que les grains subissent la torréfaction.
Ensuite, trié et séparé des impuretés et des quelques restes d’enveloppe rouge, le café est stocké dans de grands sacs de toile de jute qui seront redescendus plus tard à Salem.

Pour finir la visite, nous sommes invités, le Père R. et moi-même, à boire un délicieux nectar dans une salle de la bâtisse d’entrée.
Afin de nous désaltérer, nous buvons le café, glacé.
Ce café provient de cette propriété, il est vraiment très bon.

Il est l’heure de partir, le Père a une réunion avec d’autres prêtres, à l’Evêché de Salem.

Il me propose de profiter de la voiture qui va descendre en ville.
J’accepte avec grand plaisir.
Je suis rassuré de ne pas devoir remonter dans un bus, et descendre jusqu’à Salem.
Par moments les pentes sont vertigineuses.
La route est belle, arborée, et souvent à l’ombre.

De ci de là, apparaissent des singes assis sur des murettes de protection, les mêmes petits animaux qui m’ont fait sourire par leurs pitreries à Bangalore, au Lal Bagh.
Ils tendent sur notre passage leurs mains, mendiant une nourriture hypothétique.

Le Père me fait rire en disant qu’ils sont devenus fainéants !

Ah bon ?
Ils préfèrent mendier plutôt que ramasser eux-mêmes les fruits sauvages !

Je souris du raccourci qu’il emprunte en comparant les singes et les humains.

Nous nous séparons à Salem, devant la gare.

Nous nous souhaitons toutes les Bénédictions du Ciel, et j’emplis mes yeux, une dernière fois, de son regard lumineux et de son sourire d’enfant.

Que Dieu te protège et conduisent tes pas dans la Paix, cher Père R., cher Saint Homme, toi qui a donné la plus grande partie de ta vie à aider tes petits Frères et Sœurs d’Inde.

Sans doute, ne te reverrai-je plus dans cette vie-là.
Peu importe, tu es dans mon cœur et tu vis en moi, cher Père R.
Je suis sûr que le Ciel te réserve une place de choix, auprès des Anges et des Divinités.

Toute une après-midi avant mon départ de Salem à attendre mon train à subir une fournaise dans cette cuvette qu’occupe la ville de Salem.

Je suis à J – 7 de rentrer en France.
Je dois commencer à organiser plus strictement mon emploi du temps des derniers jours.

J’ai le temps, j’ai un budget qui me permet de faire quelques petites folies.
Ce soir, avant de partir, je vais téléphoner à ma mère et à mes amis Véronique et Daniel.

Je m’enquiers auprès d’un négoce minuscule sur les possibilités d’appeler l’Europe.
D’après cet homme, tout est possible !
Eh bien, allons y.

Je passe mes deux communications et je suis vraiment très heureux d’avoir entendu, dans ce récepteur grésillant, les voix des personnes que j’aime.

J’ai toujours mes horaires de trains avec moi, la carte ferroviaire de l’Inde, quoi demander de plus pour être heureux ?

Assis sur un banc ombragé par de magnifiques arbres sur la place de la gare, je consulte mes books.

Aurais-je quand même le temps d’aller à la dernière pointe de terre de l’Inde, plein sud, Kannyakumari, et visiter aussi Chennai et Pondicherry ?

Oui, peut-être, en utilisant uniquement des trains de nuit.
Encore, il faut qu’il ait des trains de nuit pour aller et revenir et ceci, dans toutes ces directions.
Y en a t’il ?
Oui, il y en a !

Je note sur mon livre d’horaires mes trajets successifs.
Le tout, c’est aussi de se reposer au moins deux ou trois jours à Chennai avant de redécoller pour rentrer au pays natal.

Est-ce possible ?
Oui, c’est possible !

Pourvu qu’il n’y ait ni grève, ni accident, ni coupure de courant, ni retards inconsidérés …
Je prends le risque et je pense que je vais finir mon voyage par une féérie de paysages et de rencontres, je l’espère, encore exceptionnelles.

Ce soir, je prends un train qui m’amènera direct, demain à Kannyakumari.
Je n’avais pas prévu d’y aller, mais qui m’y en empêche ?
Mais pourquoi aller si loin pour voir quelques cailloux et l’océan, et l’infini ?

Deux raisons m’y poussent.

Toute ma vie, j’ai toujours été tenté d’aller au bout des choses, d’aller voir ce qu’il y avait là-bas, après, plus loin … loin, toujours plus loin !
J’ai le temps et la possibilité d’aller voir l’Inde plonger dans l’océan Indien, pourquoi m’en priverai-je ?

Et puis, je viens de lire sur le routard, qu’un Mémorial en l’honneur de Gandhi avait été érigé près de la mer.
Ces deux appels sont pour moi des aimants, et je n’y peux ni ne veux y résister.

18 heures pour aller jusqu’au bout du bout de l’Inde.
18 heures de train, c’est rien.

Il est environ 22 heures et, confortablement installé sur une banquette du compartiment d’un train, j’attends le départ.

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