DE ST-MARC A ST-JACQUES (3)
YES, WE CAN !
SLOGAN DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE
DU PRESIDENT DES ETATS-UNIS D’AMERIQUE
M. BARACK OBAMA
ESPAÑA : RONCESVALLES (NAVARRA) - SANTIAGO-DE-COMPOSTELA (GALICIA) - 746 kilomètres
Roncesvalles (Navarra) – Pamplona – Logroño (La Rioja) - 137 kilomètres
Dimanche 14 septembre 2008
Il est 6 heures du matin environ.
Je suis réveillé par un premier bruissement provenant de ma voisine de lit, suivi rapidement par un brouhaha incroyable des pélerin(e)s se préparant pour le départ matinal.
Dans un dortoir sur le Chemin de St-Jacques, impossible de faire la grasse matinée.
Pour deux ou trois raisons essentielles :
Le bruit des sacs plastiques, des grosses chaussures de marche, augmenté par les premières parlotes du matin et des rires à peine étouffés nous réveillent brutalement.
Et puis, les dortoirs doivent être évacués au plus tard à 8 heures … quelquefois 8 heures 30 pour les gardiens les plus compréhensifs.
Et enfin, s’estimer heureux si on ne reçoit pas un coup de bâton de marche malencontreusement tombé ou échappé de la main d’une personne (aussi appelé bourdon pour les plus puristes de la langue française), ou un coup de sac, voire un coup de … cul parfois, les lits sont serrés entre eux !
Pour finir, nous ne sommes pas au Club Méd’ ici, nous sommes là pour marcher et aller en direction de Santiago de Compostela, de notre plein gré, et dans la joie et la bonne humeur aussi … alors, pas de grass’ mat’ !
Il est 7 h.15 du matin, et je pointe le bout de mon nez emmitouflé dehors pour humer l’humidité de l’air ambiant.
Ce matin, protection avec la cape de pluie, encore !
Il a du pleuvoir toute la nuit car les dalles qui entourent le gîte de Roncesvalles ressemblent à des piscines.
Il m’en faut plus pour m’arrêter, surtout avec la journée dantesque que je viens de passer hier.
J’ai un moral extraordinaire, une forme olympique ou quasi olympique et seules quelques petites douleurs dans les membres inférieurs me rappellent que j’en ai bavé des ronds de chapeaux hier … mais tout ceci est déjà de l’histoire ancienne.
Je m’engage sur la route qui sort du hameau de Roncesvalles, il fait encore à peine jour, je marche enfin sur le Camino Francés, nom donné en Espagne au Chemin de st-Jacques.
Vite un petit chemin de terre nous accueille et ses frondaisons vertes laissent entrevoir le soleil naissant et transperçant ça et là les nuages qui veulent bien se déchirer.
Je suis sur le Camino Francés, comme d’autres que je vois ou plutôt que j’entrevois derrière leurs gros sacs et qui marchent comme moi, d’une ardeur peu coutumière.
Rien à voir avec la marche pénible et harassante d’hier.
J’ai l’impression que tout le monde danse sur le Camino, les autres et moi.
Même Dame Nature semble exulter avec les premiers rayons de l’astre du jour se reflétant sur les feuilles et les fleurs des buissons et des arbres environnants.
Moi, je suis heureux et c’est tout et je n’ai besoin de rien d’autre, que le bonheur.
Je me retiens de chanter tant je ne souhaite pas déranger les Pélerines et les Pélerins qui me précèdent et qui me suivent, de ma voix … qui n’est pas une voix d’opéra !
Je me rattraperai plus tard, quand je serai seul.
Je me contente de prier et de remercier le Ciel, Notre Père Céleste, Notre Mère Divine, les Anges et Dame Nature qui se dévoile ainsi aux premiers lueurs d’un jour naissant.
Devant moi des buissons débordent sur une grande partie du Camino, mais ce n’est pas ceci qui stoppe mon avancée.
De temps à autres, un gué inondé nous oblige a traverser les rus sur de gros blocs de pierre.
Tout à coup, je m’arrête brutalement.
Un bel oiseau jaune, strié de brun et de quelques touches de blanc me regarde et me fait un petit cui-cui, sans doute pour me dire bonjour, et je lui renvoie … en français mon bonjour.
J’arrête tout aussi brutalement la file de Pélerin(e)s qui me suivent.
Les premiers me regardent d’un air ahuri, et j’ai de la peine pour leur expliquer en espagnol qu’il y a un oiseau qui fait peut-être 7 à 8 centimètres de long … qui me barre le passage !
Oiseau en français, bird en anglais, ucello en italien … mais comment dit-on oiseau en espagnol ?
J’apprendrai plus tard qu’on dit aves en espagnol et pássaro en portugais … mais ça sera trop tard, bien sûr !
Je me rends compte que le groupe qui me suit est portugais.
Je m’aperçois aussi que j’ai stoppé la longue marche de mes suiveurs et nous repartons.
L’oiseau s’est envolé et j’ai vu dans certains regards qu’un oiseau ne devrait pas arrêter une file de Pélerin(e)s …
Bof !
Je reste dans mes pensées et je me laisse dépasser par mes suiveurs immédiats pour retrouver le silence du chemin, la solitude surtout.
A peine une heure avec ma rencontre magique avec ce bel aves, j’en fais une autre, de rencontre, qui me laisse pantois et passablement en colère.
J’entends et je vois bientôt arriver quatre motos Trial suivies de panaches de fumée bleutée qui s’étale nonchalamment sur le Camino, qui envahit bientôt tout l’espace libre et qui nous empuantit totalement. Je me tourne devant eux pour leur laisser le passage et je ne peux m’empêcher de leur crier polución … alors que j’apprendrai plus tard que le vrai mot en espagnol est contaminación.
Peu importe, je leur ai dit et même s’ils n’ont rien perçu de mon espagnol approximatif, ce qui est dit est dit et ça m’a fait du bien.
Marchez à pied, bande de pollueurs du dimanche !
Et il y en a qui osent appeller ça de la moto verte … verte à gerber, oui !J’enrage sur le vif, mais dès que les fumées nauséabondes ont disparu de mes yeux et surtout de mes narines, je retrouve mon calme tant le paysage sous le soleil du matin inspire au repos de l’Ame et de l’Esprit.
La bétise humaine est insondable .. voilà ce que disait il y a bien des années, entre autres, un vieil homme d’une grande sagesse que j’ai connu et que j’ai rencontré à multiples reprises avec beaucoup de bonheur.
Allez parler de calme, de beauté, d’énergies à ces motards du dimanche !
Je me retourne et je regarde le panorama du versant sud des Pyrénées.
Les collines et les quelques pics qui forment le piémont des Pyrénées espagnoles sont un prétexte au vagabondage de l’esprit et quel calme, quelle beauté, quelles énergies peut-on puiser dans ces panoramas superbes où sont lovées quelques habitations, hameaux et fermes isolées !
Certains monts sont encore tout enveloppés d’un manteau de nuages qui couvre leur sommet d’un gris-blanc ouateux, d’autres arborent fièrement leurs versants couverts de végétation, d’autres de falaises déchiquetées, toutes éclairées par les rayons de soleil, d’un jaune clair éclatant.
Il est environ 14 heures 30 lorsque j’aborde le village de Larrasoaña.
Je décide de m’arrêter, ici, au gîte communal.
Les portes n’ouvrent qu’à 15 heures et je pose mon sac, mes chaussures et mon corps un peu fourbu par cette belle marche de 25 kilomètres sur le escaliers du gîte.
Sur la place, discutent déjà plusieurs personnes et d’autres jouent aux échecs.
Il s’agit d’un petit groupe de Pélerin(e)s Espagnols et Italiens.
Parlant correctement la langue de Dante, je m’approche d’eux et immédiatement nous échangeons des bonjour, buon giorno, nos prénoms et, par la magie du Camino, nous devenons des Frères et Soeurs du Chemin.Nous n’allons plus nous quitter de la soirée.
J’apprends ainsi que j’ai rencontré ici Chiara et Dennis son compagnon, tous deux de Venise, Gianni et Stefano d’un petit village des Pouilles dans le sud de l’Italie, Marc et Jordi de Barcelone ainsi que beaucoup d’autres au fur et à mesure que la soirée s’avance.
Nous allons nous installer dans le dortoir et comme des amis de toujours, nous retrouver une heure après à la terrasse d’un bar siroter une bière et manger le soir dans ce même restaurant avec force rires et bonne humeur !Moi qui croyais que j’allais avoir au moins 30 jours de la traversée de l’Espagne pour apprendre la langue de Cervantès !
Me voilà en train de parler celle de Dante avec force gesticulations aidées par le vin qui coule à flot ce soir ! Dès le lendemain matin, notre petit groupe d’Italiens et moi, français, nous démarrons notre journée sous un beau soleil éclatant.
Le Camino Francés nous fait franchir quantités de petits ruisseaux et de torrents et nous admirons à chaque fois des ponts en pierres, justes excuses pour de petites pauses bien méritées.
Nous avançons tantôt sur des chemins empierrés la plupart du temps d’excellente qualité, quelquefois dallés de grosses pierres plates, tantôt sur le bord de la route.
Nous abordons Pamplona par un jardin public et un pont surplombant une rivière et d’anciens remparts et une porte fortifiée donnant sur la vieille ville se dressent devant nous.
Nous la franchissons et une petite rue pavée montante nous amnène dans la vieille ville, aux rues étroites et mal ensoleillées.
Nous avançons et nous nous égarons quelque peu dans le lacis des ruelles et nous demandons au moins quatre ou cinq fois notre chemin avant de nous retrouver devant le gite paroissial de la Capitale provinciale de la Navarre.
Voici à peine 24 heures que nous nous connaissons, et nous avons déjà nos petites habitudes.
Quelques achats pour midi afin de composer notre repas.Un bocadillo, espèce de gros sandwich, soit au jambon, au fromage, à l’omelette ou aux saucisses cale nos estomacs affamés, assis par terre, dans la rue, en attendant l’ouverture du gîte.
Dès 15 heures, nous installons dans un dortoir immense, à deux niveaux communicant par une espèce de mezzanine. Après le repas, douche et petite sieste où chacun(e) met au propre ses notes de la journée, sort quelques affaires de son sac, fait la lessive de ses vêtements de la journée et s’allonge un instant … ou plus.
Nous avons tous besoin de ce moment de détente et de repos.
Parfois, un souffle plus profond et plus fort, un quasi ronflement nous renseigne sur l’état de fatigue de la personne allongée sur son lit, mais les discussions, l’après-midi sont assez feutrées dans les dortoirs, les plus bavards(e)s devant se retrouver dehors ou dans quelque autre lieu public ou aéré.
Stefano me dit qu’il commence à souffrir du cou de pied gauche.
Il m’apprend aussi qu’il n’est pas très sportif et qu’il a décidé subitement, un peu sur un coup de tête, de faire le Camino Francés de Roncesvalles à Santiago pendant ses congés, ou au minimum parcourir une partie de ce Camino.
En tant que docteur improvisé, je diagnostique immédiatement un début de tendinite et je lui propose un massage de son cou de pied.Je vois dans son regard un éclair de contentement et d’acquiescement et je m’applique à lui masser son pied précautionneusement ainsi que le bas du mollet et du tibia avec ma crême magique que l’on trouve partout en vente libre, en Espagne, … du voltarène !
Je lui prescris une heure de repos total et c’est vers 18 heures que nous sortons, Gianni, Stefano et moi, nous promener et faire un peu de tourisme dans les rues de Pamplona.
De belles rues piétonnes, des monuments baroques, des linteaux de bâtiments où sont sculptés de magnifiques armoiries retiennent notre attention.
Des fortifications enserrent un zoo, ou plutôt une espèce de ménagerie où des animaux paissent et caquetent en liberté.Cerfs, biches, moutons, poules, canards, etc … se dévoilent à nos regards dans ce lieu paisible, sous les yeux des badauds dont nous sommes et nous faisons crépiter nos appareils photos numériques où sont enregistrées ces images paisibles.
La sortie de Pamplona, comme toutes les grandes villes traversées est, et sera toujours pénible pour moi comme pour beaucoup d’autres Pélerin(e)s.
Des feux tricolores, des stops, des coups de klaxons, la circulation, la pollution automobile, des attentes aux passages piétons nous replongent dans l’atmosphère stressante et stressée de ces villes tentaculaires. Nous pressons toujours le pas pour ressortir au plus vite de ce bruit et de ce flot croissant de voitures et de deux-roues se croisant sans cesse sur des avenues sans fin.
L’ascencion rapide de l‘Alto de Perdon (780 mètres), montagne qui domine Pamplona est à la fois un bonheur pour les yeux et pour nos poumons en quête d’oxygène pur, mais aussi une petite épreuve tant la pente est raide et l’air vif ce matin.
L’arrivée au sommet nous réserve une surprise.
Une suite de silhouettes de pélerin(e)s en fonte, à la queue-leu-leu, en direction de Santiago à l’ouest forment une chaîne qui semble vivante.
Il y a des hommes, des femmes cheveux au vent, des enfants et même un chien et des ânes chargés de ballots.
Le vent est très violent et pour me faire photographier près de ces sculptures, je regarde la jeune fille à qui j’ai confié mon appareil photos et qui lutte contre le vent qui joue avec ses cheveux longs.
La scène me fait sourire avec bonheur et reconnaissance et je la remercie bien vivement … en anglais.
Il y a également des dizaines de molinos (éoliennes) sur les crêtes environnantes, ce qui me rappelle que nous sommes au pays de Miguel Cervantès, auteur entre autres de Don Quijote de la Mancha.
La descente, tout aussi raide et rapide que la montée est tellement parsemée de colchiques mauves qu’il en est impossible de ne pas en écraser tant le chemin en est couvert.
L’arrivée à Puente-la-Reina concrétise la fusion des quatre grands chemins ayant traversé la France (la Via Turonensis prenant naissance à Tours, la Via Podiensis, celle que j’ai pris en France venant du Puy-en-Velay, la Via Lemovicensis provenant de Vézelay et la Via Tolosana arrivant d’Arles et qui ne font désormais plus qu’un chemin jusqu’à Santiago de Compostella, appelé Camino Francés.
L’étape a été courte aujourd’hui, à peine 20 kilomètres.
L’après-midi se passera ici en siestes et discussions amicales couchés dans l’herbe, les jambes au soleil et la tête à l’ombre d’arbres bordant le pré jouxtant le gîte communal.
Un vrai régal et qui est conscient comme nous du bonheur tout simple d’être là, à nous reposer et deviser tranquillement, profite et profiteras d’un repos régénérateur et d’énergies de la terre.
Stefano taille, avec le couteau opinel que je lui ai prêté, un bâton de marche, son bourdon, et moi je profite, en le regardant, du soleil généreux et chaud pour faire sécher ma petite lessive quasi quotidienne de slip, chaussettes, T.shirt et short amplement imbibés de notre sueur et de la poussière du Camino !
Les quelques jours qui vont suivre seront des jours de partage et d’amitiés et aussi de rires, de soirées et de bons repas arrosés et animés par les bons vivants que nous sommes.
Car pourquoi le Camino serait-il synonyme d’austérité et de tristesse ?
Après Puente-la Reina, direction Estella, deux petites villes charmantes, où les Pélerin(e)s sont bien accueillis par des hospitaliers affables et avenants et où il fait toujours bon s’arrêter, manger, deviser et échanger.
Dans la journée, les étapes bocadillos et café con leche sont toujours prétextes à de bons moments de fraternité entre les Pélerin(e)s et je me régale toujours de ces instants de détente et d’échanges.
L’après-midi, Chiara, Dennis, Stefano et moi-même, profitons de l’ombre d’arbres magnifiques pour nous reposer dans le jardin public.
Nous y trouvons différents manèges et nous nous y amusons une bonne partie de l’après-midi comme des fous !
Nous ne sommes plus que quatre car, aujourd’hui, Gianni ne s’est pas arrêté avec nous à Puente-la-Reina.
Il s’entraîne sur ce parcours de Roncesvalles à Santiago, car son projet, pour l’hiver 2008-2009, c’est de traverser la Patagonie Argentine (3.000 kilomètres à pied) !
Bonne chance mon ami Gianni dans ton exploit en Argentine !
Le matin, Chiara, Dennis et moi-même, nous accompagnons Stefano au bus.
Nous sommes émus jusqu’aux larmes de nous quitter.
Deux bises rapides et un grand sourire pour ne pas pleurer seront nos au-revoirs à notre ami, ce matin à Estella.
Chiara et Dennis doivent aussi partir et retourner à Venise car leurs congés tirent à leur fin …
Je suis triste à l’idée de voir tous mes amis Italiens partir et, devant mon regard de chien battu, Chiara décide, pour elle et pour Dennis, de rester un jour de plus avec moi, ce qui me remplit de bonheur.
A quelques kilomètres après Estella, à Irache, près d’un monastère, nous tombons sur une fontaine … à vin.
Au refuge précédent, l’hospitalier nous en avait parlé, mais j’avais cru qu’il s’agissait d’un canular.
Quelle surprise de voir en pleine nature, le long d’un mur, un atroupement de Pélerin(e)s qui attendent, qui de remplir sa gourde, qui sa bouteille, qui son gobelet et tout ce beau monde de trinquer joyeusement d’un vin rouge d’assez bonne qualité ma foi, au bord d’une fontaine qui distribue … à volonté, un liquide rouge que tout le monde ici présent semble bien apprécier !
Décidemment, le Camino n’est pas près de finir de nous distribuer des surprises !
Le Camino poussiéreux, traverse des champs vallonnés et nous arrivons en milieu d’après-midi à Los Arcos, petite ville étape entre Pamplona et Logroño.
Ici, Chiara et Dennis, prendront le bus pour retourner vers leur pays, Venise et leurs destins.
Nos aux-revoirs sont tout aussi rapides qu’avec Stefano, tant je n’aime pas m’éterniser sur des adieux … surtout que ce ne sont pas des adieux, du moins je l’espère, et que des larmes ont tendance à m’inonder les yeux à la vue de leurs silhouettes s’éloigner au loin.
Los Arcos est une ancienne ville médiévale, aux ruelles courbes et possédant une magnifique église à laquelle est accolé un cloître.
Le gîte communal est situé un peu à l’écart de centre historique de cette ville médiévale, derrière une rivière bordé de pelouses et d’arbres centenaires.
J’y rentre et tout de suite, j’entends des éclats de rires provenant d’un groupe coloré.
Je me sens immédiatement happé par cette vague sonore et cette énergie de vie et de gaité et c’est tout naturellement que je m’intègre à un groupe hispanophone.
Des poignées de mains, des sourires, des bises aux Pélerines et nous échangeons déjà quelques mots en anglais et en espagnol.
A vrai dire, mon anglais est quelque peu scolaire, donc limité.
Quant à mon espagnol, je n’en suis encore qu’aux balbutiements et c’est plutôt un mélange barbare d’italien et d’espagnol qui sort de ma bouche.
J’appellerai ceci dans quelques jours l’itagnol (mélange d’italien et d’espagnol), et ce qui est le plus risible, c’est que tout le monde se comprend, tout le monde est gai et tout le monde rit aux éclats.
Une fois de plus, j’ai l’impression que je connais depuis des lustres mes nouveaux Frères et Soeurs du Camino Francés et que leurs présences me remplissent le coeur.
Il y a là, rassemblés autour d’une bouteille de vin et de quelques canettes de bière, la belle Eli R. et son compagnon José T. de Las Palmas (Grande Canarie), la discrète Anna M. de Barcelone, la douce Laloo (Laurette L.), seule française qui baragouine comme moi un anglais et un espagnol approximatifs et le pétillant Saúl G.C., de San -Juan-de-Los-Lagos (Jalisco – Mexique) ainsi que quantités d’autres Pélerin(e)s.
Je ne le sais pas encore, mais ce sont ces Pélerin(e)s plus moi, qui vont former le coeur de notre futur groupe tout au long de la traversée de l’Espagne jusqu’à Santiago.
D’autres viendront se joindre à nous tout au long du Chemin et nous en quitterons certains avant d’arriver avant Santiago, et toutes et tous qui seront pris dans le tourbillon fraternel de notre groupe y laisseront une trace, un souvenir, des rires, leurs présences dans nos coeurs et dans nos âmes.
Chus, Pilar, Anna, José-Luis, Alberto, Marc, Georg, Hector, Jordi, Carlos, Jeva, David, Mélanie, Patrick, Maurice, Jon, Olivier, etc … vous êtes dans mon coeur et j’entends encore vos voix et vos rires, je revois vos regards profonds, votre tendresse et je ressens votre amitié et votre fraternité comme un feu intérieur !
Les jours se succèdent et je fais totalement partie de ce groupe hispano-mexicano-français, et je me sens des ailes sur ce Camino.
Plus j’avance, plus je me sens en forme et je suis pleinement conscient de mon état physique, psychique, sentimental et spirituel et tous ces aspects de mon être sont au beau fixe !
Logroño sur le le fleuve Ebre, grande ville de la Province de la Rioja, nous accueille avec son gîte paroissial au confort spartiate et rude situé dans le quartier médiéval de l’antique cité bordé de rues piétonnes, pavées et étroites.
Tout un nouveau quartier de la ville est moderne, traversée de larges avenues bordées d’arbres magnifiques.
Cet après-midi, nous sortons.
Eli, José, Saúl et moi-même, allons faire du tourisme dans les rues de cette ville.
Après quelques photos et un tournoi de billard américain arrosé de quelques bières locales San Miguel, nous voici devant la devanture d’un marchand de glaces fort appétissantes, ma foi !
Il n’en faut pas plus que les “trois mousquetaires” (qui étaient par ailleurs quatre) que nous sommes, craquons chacun pour un cornet de glaces qui n’attendaient, sans conteste que nous !
Nous nous régalons, avec une joie non dissimulée, comme des enfants rieurs, de nos ice-cream avalés avec gourmandise !
Ce soir, vers 20 h. 30, comme dans beaucoup de refuges paroissiaux, le repas est pris en commun autour d’une grande table.
Plusieurs pélerin(e)s ont mis “la main à la pâte” et c’est devant un repas simple mais tellement appétissant que nous nous retrouvons assis pour calmer notre faim et ingurgiter cette nourriture préparée avec amour par tous ces bénévoles attentionnés.
Logroño (La Rioja) – Burgos - 123 kilomètres
Samedi 20 septembre 2008
J’ai très mal dormi cette nuit, et je ne suis pas le seul !
D’abord, les matelas posés à même le sol n’apportaient qu’un confort relatif, mais ceci n’est pas très important, surtout quand on marche sur le Camino Francés.
Dehors, il y a eu une fête foraine sur une place à 200 mètres environ de notre gîte, attirant et déversant des dizaines et des centaines de jeunes espagnol(e)s en goguette …
Des cris, des chants avinés, des bouteilles cassées sous nos fenêtres nous ont tenu réveillés jusqu’à une heure avancée de la nuit.
Lorsque le signal de réveil sonne le lendemain vers 6 h. 30, plus d’un et d’une d’entre nous n’ont pas réellement les yeux en face des trous …
Nous décidons de marcher lentement aujourd’hui, à cause de la nuit et de la distance de plus de 28 kilomètres qui nous séparent de Najera, prochaine étape que nous avons fixé ensemble au petit déjeuner.
La sortie de Logroño n’est pas aussi pénible qu’on pourrait le supposer.
Certes, c’est une ville d’une certaine importance, mais une partie du Camino longe des parcs et suit un rio (une rivière).
Nous nous retrouvons enfin à la sortie de cette ville, dans un parc arboré et bordé par un grand lac.
Une nouvelle surprise nous y attend.
La rencontre avec Marcelino, “El Peregrino Pasante”.
Ce Pélerin (ou cet ancien Pélerin) est une vraie vedette du Camino, ici en Espagne.
Sa photo dédicacée trône dans pas mal de refuges et de gîtes en Espagne.
Pour le moment, il se trouve dans une petite cabane en bois sur le bord du Camino, cabane ressemblant à un stand de foire.
Un attroupement de Pélerin(e)s entoure Marcelino et sa cabane, et discute et rit fort.
Décidemment, le Camino Francés n’est pas triste du tout !
Sans doute conscient de sa popularité, Marcelino signe fort sympathiquement quantités de dédicaces sur ses photos qu’il donne ensuite allègrement, pose avec une gentillesse et une patience angéliques pour des photos souvenirs, offre de petits galets peints de la flecha amarilla, reproduction de cette même flèche jaune qui oriente les Pélerins et que l’on trouve partout sur le Camino Francés, donne de grands bourdons à ceux qui n’en possèdent pas.
Il ressemble un peu au Père Noël avec ses cheveux et surtout sa grande barbe blanche broussailleuse et il embrasse avec coeur et fougue toutes celles et ceux qui veulent bien passer par ses bras !
Nous allons, les uns après les autres, nous faire serrer dans ses bras et embrasser ce brave homme, aux yeux pétillants de gentillesse et de candeur.
Je repars plein d’entrain et ma fatigue d’une nuit écourtée me semble maintenant toute évanouie.
Najera nous voit quand même arriver fourbus, sales et poussiéreux.
Une incursion dans les douches nous renseigne tout de suite sur la chaleur de l’eau qui y coule.
En effet, lorsqu’arrive enfin mon tour de passer sous la pomme d’eau, je ressens immédiatement les “bienfaits” de l’eau glacée …
C’est une douche express glacée, ponctuée de cris aigus, que je subis à la vitesse de l’éclair et j’en ressors bien vite pour me frictionner allègrement pour me réchauffer.
La journée fut longue et la fatigue nous a rattrapé.
La nuit sera, je l’espère de tout repos … j’ai besoin de ce repos-là.
Pour ce soir, Saúl nous informe qu’il se veut se charger de nous faire un repas exceptionnel !
Ce refuge communal possède une vaste cuisine en inox, moderne et fonctionnelle où des apprentis cuistots se livrent à toutes sortes de gesticulations pour préparer des repas copieux et énergétiques.
Je l’accompagne à l’alimentation voisine, la tienda, et voici que notre ami mexicain court à droite, à gauche, qu’il s’active à choisir, à peser, à comparer légumes, viandes, fromages etc …
Nous repartons chargés comme des mules de victuailles entreposées dans deux cartons.
Saúl a toujours une ou deux idées d’avance sur le groupe.
C’est pourquoi j’ai dit de lui que c’est un garçon pétillant.
En plus de cette qualité, c’est un garçon rieur, charmant … charmeur et d’un grand dévouement, bref tout le monde l’adore.
Ce soir, nous avons un génie qui s’agite en cuisine et vers 20 heures alors que nous sommes déjà attablés et que quelques bouteilles de vins de la Province de La Rioja ont déjà été débouchées, nous voyons arriver notre ami Saúl avec un sourire qui lui arrive jusqu’aux oreilles.
Il nous présente des plats copieux de légumes et de viandes qu’il a préparés avec amour et que nous accueillons avec une clameur d’admiration.
Bientôt les remerciements fusent et j’appelle tous les Pélerin(e)s présents à notre table à lui faire une ovation.
Des applaudissements suivent et crépitent dans la salle à manger du gîte.
Quelle soirée, où tant d’amitié et tant de fraternité seront partagés et où ce repas sera une communion chaleureuse et une reconnaissance à cette belle Ame qu’est Saúl et qui a le don de se faire aimer !
Le repas qui a été exceptionnel ce soir là, ne nous a pas fait oublier notre état physique.
C’est légèrement titubant de fatigue … et du vin que chacun(e) regagne son lit pour une nuit bien méritée.
Cette nuit-là, je suis aux loges !
Dans ce dortoir, les lits sont rapprochés deux par deux et surperposés.
Je dors au dessus d’un couple dont le monsieur ronfle comme un sonneur !
Mes raclements de gorge, mes petits coups sur le montant du lit, mes sifflements n’ont aucun effet sur lui.
Il est minuit passé et je ne dors toujours pas.
Je sors pour prendre l’air car je ne ferme pas l’oeil tant la berceuse que j’entends en dessous de moi a tout, sauf des qualités soporifiques !
Je rentre une heure plus tard et j’arrive tout de même à m’endormir très tard, pour la deuxième nuit consécutive …
Le lendemain, réveil plus que ardu et la sortie du duvet me coûte un effort surhumain !
Aujourd’hui, le trajet de Najera à Santo-Domingo-de la-Calzada où nous ferons l’arrêt du repas de midi, et la continuation jusqu’à Grañon seront vraiment difficiles.
Les deux dernières nuits avec des sommeils de quatre à cinq heures m’ont mis dans un état de fatigue intense et je ne pense plus qu’à trouver un gîte avec un bon lit où je vais pouvoir m’y affaler de tout mon long.
Le gîte de Grañon, qui n’est pas très grand, affiche complet !
Une rapide concertation entre nous arrive à la conclusion que nous ne ferons pas quelques kilomètres de plus pour rejoindre un gîte plus loin, ce qui donne tout de suite le baromètre des fatigues accumulées par nous, arrivés au niveau de ce village.
L’hospitalier, très compréhensif, nous propose de passer la nuit dans une église de pierres blanches, contiguë, désaffectée et en travaux … et glaciale.
Nous nous retrouvons le soir sur quelques galettes de mousse étalées derrière un autel enveloppé de film plastique, sur une estrade couverte de poussières.
Cette nuit-là, par miracle, aucun ronfleur, aucun bruit ne sont venus troubler la sérénité de notre sommeil, grâce à Dieu !
Nous rentrons dans la Région de Castilla-y-León, elle-même partagée en trois Provinces : Burgos, Palencia et León.
Sur les 746 kilomètres du Camino Francés, cette région en occupe tout juste la moitié (373 kilomètres).
Les villages succèdent aux villages et nous abordons le lendemain après-midi, l’agglomération de Tosantos.
Ici, pas de grand dortoir mais des pièces où sont alignés des matelas au sol.
Après la douche glacée (je commence à m’y habituer), je trouve ma place dans une pièce, semble-t’il réservée aux hommes.
L’après-midi, une excursion d’une heure nous est proposée.
Nous acceptons avec joie et nous grimpons légers, sans nos sacs à dos, un chemin escarpé pour aller visiter l’Eglise troglodytique de Nuestra Señora de la Peña, construite à même la falaise surplombant le petit village de Tosantos.
Le soir, dans ce gîte paroissial, comme nous le constaterons aussi dans d’autres gîtes paroissiaux sur le parcours espagnol, une soirée de prières et de recueillement est organisée.
Aucune obligation, bien sûr.
Ce soir-là, une telle ferveur dans les prières et dans le recueillement des Pélerin(e)s présent(e)s nous a toutes et tous mis dans des états d’émotions intenses.
Lorsque l’hospitalier, un civil, nous propose de nous donner l’accolade avant de clôturer la soirée, je serre successivement dans mes bras mes ami(e)s et je les embrasse fraternellement sur les joues.
J’ai les larmes dans les yeux en les serrant ainsi sur mon coeur.
Nous nous souhaitons mutuellement toutes et tous une excellente nuit.
La lumière est à peine éteinte qu’un ronflement sourd et enflant en puissance me met sur pied en un instant.
Je sors dans le couloir et j’avise immédiatement un grand placard à produits d’entretien et à balais.
Je pousse tous ces instruments dans un coin du cagibi et je m’installe dans un espace tout juste assez grand pour étaler mon matelas de mousse recouvert de skai brun et ma carcasse éreintée.
Je m’endors, sans doute, en moins de temps qu’il me faut pour l’écrire et, d’une seule traite, je plonge dans un sommeil de plomb.
Le lendemain, je me réveille vers 6 heures frais et dispo.
La forme est revenue, il ne me fallait qu’un placard comme chambre et une galette comme lit à même le carrelage pour égaler le confort d’un Palace.
La Région de Castilla-y-León se caractérise, dans sa plus grande partie, par des successions de plaines et de plateaux s’élevant vers l’ouest très progressivement en direction de Santiago où la monoculture de céréales est pratiquée à très grande échelle.
Cette monotonie est quelquefois interrompue par de petites collines calcaires blanches très peu arborées.
Cette région est très peu peuplée.
Mise à part les deux grandes villes de Burgos et León, nous ne traverserons que des petits villages et des hameaux blottis dans de minuscules vallons qui creusent l’immensité des champs traversés.
Le village d’Atapuerca, est mondialement connu par les passionnés de la Préhistoire, puisque des fouilles sont menées depuis quelques dizaines d’années et se poursuivent encore aujourd’hui.
Y ont été découverts quantités d’objets usuels et d’ossements remontant, parait-il, à moins six cent mille ans … à plus ou moins un siècle, ou un millénaire près !
Un gîte propre et fonctionnel nous y accueille pour une nuit.
Nous en repartons très tôt, le lendemain matin, pour Burgos.
Nous marchons sur des chemins poussiéreux rectilignes et une dizaine de kilomètres avant d’arriver à Burgos, une dénivellation un peu plus importante nous apporte, avec sa
végétation, une bouffée de verdure et d’oxygène.
Sur quelques kilomètres nous traversons des bois denses de chênes et de pins dominant des fougères de plus d’un mètre de haut.
Plus loin se succèdent des landes et des bruyères en fleurs.
Le Camino large et ensoleillé passe tout au milieu de cette végétation qui repose le regard.
Sur le sommet de cette petite montagne qui se gravit sans aucune difficulté, une grande croix en bois se dresse et domine une plaine et une grande agglomération : Burgos.
A quelques kilomètres de nous sous nos pieds, une immense zone industrielle s’est installée à l’est de Burgos.
C’est cette zone qu’il nous faudra traverser avec ses routes, sa circulation accompagnée par le bruit et la pollution qui en découle.
Nous prenons de profondes respirations, et nous nous préparons à pénétrer dans “l’enfer” de la vie moderne et trépidante.
Une marche, qui va nous sembler à toutes et à tous interminable, nous attend, droit devant nous.
Des avenues interminables, des rues rectilignes nous obligent à marcher tantôt sur du goudron et tantôt sur des trottoirs en béton.
Nos pieds endoloris par des heures de marche n’en peuvent plus d’avancer sur ces surfaces dures.
Rien à voir avec des chemins de terre ou d’herbe du Camino.
Tout bon marcheur connaît ce calvaire qu’il y a à marcher sur des surfaces goudronnées ou bétonnées.
Les pieds n’y résistent que très peu, même avec d’excellentes chaussures de marche et des semelles adéquates.
Burgos – León (Castilla y León) - 178 kilomètres
Mercredi 24 septembre 2008
Le centre ville historique de Burgos est de toute beauté, et le chef-d’oeuvre étant, sans conteste, la
Cathédrale gothique Santa Maria (XIIème siècle).
Notre gîte communal, moderne et très fonctionnel, a été refait à neuf depuis trois ans par la Municipalité de Burgos, et n’est qu’à une centaine de mètres de la Cathédrale.
Nous consacrons une bonne partie de l’après-midi à la visite des rues piétonnes et commerçantes de la vieille ville, des différents monuments, visites ponctuées par d’autres traditionnels arrêts cerveza
San Miguel à la terrasse de bar sur des places ombragées.
Le lendemain matin, après une bonne nuit de repos, la sortie de Burgos est tout aussi pénible que l’entrée, mais parcourue plus rapidement, car cette fois-ci, nous n’avons plus à traverser cette zone industrielle, sale, bruyante et polluée située à l’est de cette ville.
A partir d’aujourd’hui, et pour de nombreux jours, nous allons traverser cette région géographique
au coeur de la Castilla y León appelée Meseta, caractérisée par ses plateaux de monoculture intensive.
A cette saison il ne reste que l’éteule dressée.
Les céréales ont été coupées depuis sans doute plus d’un mois.
Des châteaux de paille impressionnants en hauteur et en largeur ponctuent, ça et là, la monotonie de ce panorama.
Des villages nous accueillent comme Hontanas où nous dormons dans un gîte tout à fait convenable.
Le lendemain, la traversée d’un porche et de bâtiments impessionnants nous incitent à un arrêt.
En fait, il s’agit de l’ancienne entrée et de bâtiments conventuels et d’une église, le tout appartenant au monastère de San Anton (XIIème/XIVème siècles).
La route goudronnée passe à travers !
Les immenses ruines de l’église abbatiale et des bâtiments conventuels nous laissent admiratifs et rêveurs.
Quelle grandeur et quelle importance spirituelle et temporelle devaient avoir sur la région les abbés qui l’ont dirigée pendant des siècles !
Aujourd’hui, on y entre comme dans un moulin.
Seul un gardien nous accueille avec quelques mots de bienvenue et nous découvrons avec stupéfaction, scellé contre un pan de mur de l’église en ruines, un distributeur automatique de Coca-Cola !
Je découvre l’immensité de ces ruines imposantes, mais rapidement je préfère en partir.
J’entraîne dans ma suite notre petit groupe de Pélerin(e)s vers de nouveaux horizons.
Je ne veux pas faire dans l’anti-américanisme primaire, mais que vient faire ici, un distributeur automatique de Coca-Cola dans un monument historique !
Castrojériz constitue une exception dans la platitude du paysage environnant, village dominé par une colline couronnée d’un château féodal en ruines (XIVème siècle) que l’on aperçoit des kilomètres au loin, avant d’y arriver.
Après Castrojériz, nous entrons dans la Province de Palencia avec le village d’Itero de la Vega.
Boadilla del Camino, Carrión de los Condes, Terradillos de los Templarios seront nos prochaines étapes sur un Camino monotone.
A Carrión de los Condes, comme à Najera il y a une semaine, Saúl se “déchaîne” et nous prépare un
repas de fête au gîte.
Toute la soirée se déroule comme par enchantement et, jusqu’à 22 h. 30 des chants folkloriques traditionnels mexicains, espagnols, canariens, brésiliens, italiens retentissent dans la salle à manger.
Tout le monde pousse de la voix pour le plus grand bonheur de toutes et de tous.
Nous entrons dans la Province de León et le premier bourg important que nous découvrons est Sahagún.
Sahagún marque aussi le centre géographique du Camino Francés en Espagne.
Près d’un carrefour, un petit monument en pierres le précise et, tout à côté, deux semelles de bronze sont scellées sur le trottoir où il est de tradition d’y poser les siennes.
Bien sûr, les photos sont de rigueur pour immortaliser cet évènement.
Nous nous octroyons ici une pause bien méritée, devant ce monument et posons pour la postérité à tour de rôle.
Nos appareils photos numériques respectifs crépitent !
El Burgo Ranero sera notre prochain arrêt pour la nuit.
Marcher dans la Meseta qui s’étend sur plusieurs provinces du nord de l’Espagne, n’est pas fatigante physiquement parlant puisque le Camino est quasiment tout plat.
Peu d’efforts sont nécessaires pour mettre un pied devant l’autre sur des surfaces planes, avec des dénivelés peu importants du matin au soir.
Ce qui est plus difficile à supporter, c’est cette succession de lignes droites sans ou avec très peu de reliefs.
Rien à voir avec la verte Navarra passée, ou avec la Galicia que nous parcourerons quelques jours plus tard, où nous trouverons une succession de cols à franchir, de montées et de descentes.
Nous avons constaté et expérimenté, bien sûr, la ligne droite la plus longue du Camino Francés.
Elle mesure neuf kilomètres, totalement rectiligne … un virage à gauche et une autre de huit kilomètres, sans aucun village ni point d’eau sur ce trajet !
Dans ce cas-là comme dans d’autres lignes droites moins longues, il est inutile de regarder l’horizon, il ne change que très peu.
Chacun(e) regarde ses pieds ou fixe le sol à un mètre devant ses pieds, prie, médite, quelquefois chante ou sifflote.
Ce paysage convie à une intériorisation et les discours entre nous se font plus rares dans la Meseta.
Le groupe s’effiloche sur plusieurs centaines de mètres quelquefois.
Aucun problème, on ne peut pas se perdre, il n’y a qu’un chemin, le Camino … et c’est toujours tout droit.
Nous sommes tellement soûls de cette monotonie qui nous sape légèrement le moral que nous décidons, pour le lendemain, de faire une étape importante et relier la grande ville de León d’une seule traite, soit 38 kilomètres de long.
Nous savons que, ce qui nous attend, ce ne sont plus 7 ou 8 heures, ce qui constitue notre moyenne journalière, mais 9 à 10 heures de marche.
Nous savons aussi que la dernière heure est la plus usante et la plus difficile à parcourir.
Mais le sentiment d’overdose de ces paysages est tel chez les membres de notre petit groupe, que quelques regards échangés entre nous suffisent à décider les plus réticents à choisir cette option pour le lendemain.
Nous nous couchons tous, ce soir, avec la ferme intention d’arriver dans la grande ville de León et y dormir demain soir.
Nous partons très tôt le matin, à peine les premiers rayons du soleil effleurant la campagne environnante dès la sortie d’El Burgo Ranero.
Nous sommes déjà à 878 mètres d’altitude, et le petit matin est très froid.
Pour nous réchauffer, notre allure est rapide et notre souffle marque l’air d’un petit nuage de vapeur d’eau visible qui se forme à chaque expiration.
Nous avons à parcourir ces 38 kilomètres aujourd’hui et, si nous y parvenons, ce sera mon “record personnel”.
Nous avons déjà rencontré, sur le Camino, d’autres Pélerin(e)s faisant des étapes encore plus longues, mais moi, je n’ai jamais encore dépassé les 35 kilomètres jusqu’à aujourd’hui.
Je verrai bien dans quel état physique je serai à l’arivée …
Plus de dix heures de marche coupée par de nombreux arrêts, surtout dans l’après-midi pour nous désaltérer, nous arrivons vers 16 heures 30 à León, capitale de la Province du même nom.
L’entrée dans cette ville se fait en longeant une autopista à quatre voies, et bien avant d’arriver dans la cité, nous progressons dans un vacarme insupportable généré par la circulation des véhicules qui sortent et rentrent sans cesse par cette artère majeure, et que nous longeons.
Bientôt, une passerelle nous permet d’enjamber cette autoroute et rentrer dans la ville.
Il nous faut encore près d’une heure pour arriver au centre ville et trouver le gîte communal.
Une bonne douche chaude à souhait nous permet d’évacuer une partie de notre lassitude et la totalité de la poussière blanche qui colle à nos cheveux et notre peau.
Ce soir Anna M., notre amie Pélerine nous quitte et va rejoindre, en train, la ville de Barcelone où elle travaille et y habite avec son compagnon.
Un peu de tourisme avec elle, nous découvrons les charmes de la vieille ville de León et sa Cathédrale gothique du XIIIème siècle, mais le coeur n’y est pas vraiment.
Notre belle Anna, discrète et toujours souriante, parfaitement bilingue, toujours disponible pour nous traduire des mots, des textes ou des expressions espagnoles en français embrasse avec tendresse et amitié chacun de nous tous.
Quelle émotion de quitter ainsi une belle Ame et de la laisser partir au loin, vers son destin et sa Vie, cette belle Âme !
Décidemment, je ne supporte pas les aux-revoirs .. mais je sais que je devrais m’y préparer pour après et encore après …
Ce soir, nous n’allons pas nous faire bercer, et après le repas, chacun se dirige sans trop de bruit vers son lit … et s’endort tranquillement dans la douceur et la chaleur de son duvet.
León (Castilla y León) - El Cebreiro - 157 kilomètres
Mercredi 1er octobre 2008
Le réveil, dans ces grands gîtes communaux est toujours très matinal …
Il y a toujours au moins un ou deux Pélerin(e)s décidé(e)s à partir avant que le soleil se lève !
Je m’éjecte du lit et tout de suite, je me rappelle qu’aujourd’hui, ma chère petite maman aurait eu 84 ans.
Je me sens à nouveau orphelin toute la journée.
J’avance avec mes souvenirs, ma peine renouvelée et je demande à mes compagnons(gnes) du
groupe de me laisser seul une partie de la journée.
Je m’en explique et je donne les raisons et les besoins de ma solitude, aujourd’hui.
Je marche à environ 300 à 400 mètres en avant du groupe, seul.
Nous nous regroupons en fin de matinée pour manger le traditionnel bocadillo et boire le fameux café con leche trop sucré, mais toujours délicieux !
Avant d’arriver à l’étape suivante que nous avions fixée ensemble ce matin, je me laisse rattraper par le groupe et Eli vient m’embrasser avec tendresse et affection.
Je me laisse prendre dans ses bras et je me fais envahir quelques minutes par l’émotion d’être serré dans les bras de cette si belle femme, de notre si belle Soeur du Camino !
Nous arrivons donc, bras dessu -bras dessous à Hospital de Órbigo, ville moyenne sur la rivière Órbigo qui lui a donné son nom.
Un pont gothique médiéval du XIIIème siècle franchit ce rio sur vingt arches et s’étend sur 200 mètres.
Nous abordons cette petite ville où nous trouvons rapidement le refuge paroissial.
La facade de ce bâtiment a été refaite à neuf, et cache ou protège des regards indiscrets un patio à l’intérieur duquel s’épanouissent des plantes aux fleurs multicolores.
Plus profondément encore, un autre passage s’ouvre sur une pelouse limitée par un autre bâtiment où sont installés dortoirs, douches, cuisines et commodités.
La fin de l’après-midi sera occupée par nous tous au farniente, aux lessives quotidiennes, et à la détente … les orteils en éventail, couchés dans l’herbe.
Sur le Camino, quelque part dans la Province de Palencia, mon regard a été attiré sur un graffiti, comme il en existe des centaines et des milliers d’autres sur les murs, en Espagne comme en France.
LIFE IS BEAUTIFUL !
Bien sûr, que je savais et que je sais que la vie est belle, mais pourquoi ce graffiti “LIFE IS BEAUTIFUL !” a-t’il résonné aussi justement en moi … et résonne aujourd’hui encore ?
Sur la pelouse du gîte d’Hospital de Órbigo, je suis dans le ”LIFE IS BEAUTIFUL !”, je le vis totalement, j’en jouis pleinement !
Le Camino étire sans fin son ruban de terre et de poussière blanches, et nous amène en vue
d’Astorga, ville moyenne perchée au loin, sur un plateau que l’on abordera après une descente et une vallée de plus de deux kilomètres à parcourir.
En effet, nous découvrons, près d’un crucifix en pierre érigé sur une colline, cette vallée et au loin Astorga.
Le gîte communal me semble être construit sur le point culminant de ce plateau et nécessite une dernière ascension pédestre un peu rude sous le soleil qui finit de nous prendre nos dernières forces vives de la journée.
Nous y posons nos sacs avec soulagement et prenons notre douche avant de nous reposer un petit moment.
Nous retrouvons ici une bande de joyeux drilles que nous avions déjà rencontrés précédemment à Atapuerca, à Burgos et à León.
Il y a notamment Stephan W., Rudi R. et Georg M. (surnommé Capitan, je ne saurai jamais pourquoi ?), tous trois Allemands et Jeva H., une jeune fille Coréenne.
Le premier est plutôt effacé mais son regard respire la bonté et ses yeux pétillent à chaque instant.
A chacune de ses paroles, c’est une magie de l’entendre parler un français hésitant avec un accent germanique à couper au couteau !
Quand il me dit qu’il souffre de mucoviscidose, je l’admire et je me demande bien par quel miracle un jeune homme avec une si frêle silhouette peut porter un sac aussi monumental et parcourir d’aussi longues distances !
Les deux autres sont d’une gaité à toute épreuve et nous font rire toute la soirée.
Un peu plus tard ils vont inventer une idée de sortie … au cas où on en aurait envie et même encore la force !
Mais pourquoi pas, après tout ?!
La dernière de cette bande des quatre joyeux drilles, qui vient de Corée du Sud, possède un rire cristallin qui met tout le monde dans un état d’hilarité générale !
Je l’avais déjà entendu rire un jour, lorsque nous étions en train de visiter une petite chapelle sur le bord du Camino.
Elle était déjà avec Georg et Rudi.
Nous sommes sortis en courant de la chapelle, un peu honteux quand même, mais en riant comme des bossus sans savoir pourquoi on riait …
Nous allons tous manger ensemble ce soir, et dans la cuisine ce n’est qu’un joyeux désordre où chacun apporte les trésors qu’il (elle) possède dans son sac et l’on met tout en commun.
Tradition de l’auberge espagnole en Espagne ?!
Oui, et ce qui est magique à chaque fois, c’est que la table dressée déborde d’au moins une dizaine de mets salés et sucrés différents.
C’est l’abondance !
Chacun des convives ressortira de la table complètement repu … et le ventre bien tendu … merci petit Jésus !
A la fin du repas, Georg et Rudi nous annoncent, pour tous ceux qui le veulent bien, un rendez-vous au Pub Irlandais près de la Mairie … pour boire la bière brune “Guiness” !
Voilà une bien drôle d’idée, une bien bonne idée … ces deux-là ont du déjà repérer le coin avant nous !
Peu de temps après nous sommes tous rassemblés dans ce Pub bruyant et enfumé à souhait pour une belle et joyeuse soirée.
Bientôt les chopes de Guiness brunes tintent et nous trinquons avec gaité.
A 22 heures passées, Saúl et moi, nous donnons le signal de départ et de retour au gîte.
Nous apprendrons le lendemain matin que Rudi, Georg et Jeva sont rentrés en pleine nuit … légèrement éméchés !
Vers 8 heures du matin, tout le monde est sur pied, arnaché et chaussé pour une nouvelle étape de plus de 30 kilomètres.
Après Astorga, nous remarquons que la géographie et le paysage commencent à changer insensiblement.
Des collines se forment, la végétation est un peu plus verte, la monoculture de céréales a tendance à disparaître.
Nous avançons toujours vers l’ouest et nous abordons petit à petit la chaîne de montagnes qui va nous amener dans quelques jours à la frontière de la Région Castilla-y-León et de la Galicia.
Foncebadón est un village à 90 % en ruines, à 1.439 mètres d’altitude, sans doute déserté depuis des années par sa population désireuse de trouver un climat et des conditions de vie moins difficiles.
Grâce au renouveau du Pélerinage de Saint-Jacques depuis les années 50, et surtout amplifié ces dix dernières années, trois gîtes communaux, de faible et moyenne capacité (25 à 75 lits) se sont installés ici, prenant place dans d’anciennes fermes en ruines et redonnant de fait un peu de vie au village.
Dès la tombée de la nuit, il fait extrêmement froid, et les Pélerin(e)s présent(e)s dans notre gîte se retrouvent autour d’une table fraternelle où il fait bon déguster une soupe brûlante, un plat de pâtes au fromage, un yaourt et un fruit.
Je mange à côté de deux Pélerins extrêmement sympathiques et rieurs.
Pour eux comme pour moi pour le Camino Francés est un lieu d’échanges fraternels entre les hommes et les femmes, un lieu d’amour et d’amitié, de respect et d’écoute, mais nullement d’austérité … et de plus, qui aiment bien rire.
Le premier s’appelle Olivier L. et vient de Bruxelles (Belgique).
Il doit avoir environ 25 ans et parle, bien sûr, admirablement bien le français et comme moi, baragouine un espagnol approximatif.
Le deuxième se nomme Jon M. et habite à San Sebastian (Pays Basque Espagnol).
Il parle quatre langues : l’espagnol, le basque, l’anglais et … un peu le français !
Nous devenons amis instantanément et bien que la langue de Cervantès ait fait un certain progrès en moi depuis que je suis en immersion dans ce pays, nous nous parlons un peu en anglais et surtout en français.
La nuit est glaciale et nous demandons des couvertures supplémentaires que nous jetons sur nos duvets pour trouver une chaleur et un sommeil réparateur.
Le lendemain matin, le réveil est brutal car notre hospitalier a la délicate idée d’allumer la lumière à 6 h. 45.
Ce n’est que peu dire la difficulté de sortir d’un cocon douillet pour s’habiller dans une pièce où il ne fait pas 10 ° C. !
Le café brûlant et de bonnes tartines de pain au beurre, à la confiture et au miel finissent de nous réveiller et de nous réconforter.
Il est 8 heures … il est l’heure de partir !
C’est écrit sur le réglement affiché dans l’entrée du gîte, et comme nous sommes des Pélerin(e)s obéissant(e)s, nous nous exécutons sans rechigner.
En récompense, nous avons droit à une virile poignée de mains accompagnée d’un franc Buen Camino … et nous voilà toutes et tous dehors à affronter la température glaciale de l’aurore.
En effet, il doit faire entre – 3° C. et – 5 ° C. et notre seule chance de salut pour ne pas geler sur
pieds, c’est d’avancer et de franchir le Mont Irago à 1.504 mètres d’altitude et redescendre ensuite dans la vallée suivante pour retrouver une température un peu plus clémente.
Nous avons à parcourir à peine deux kilomètres avant ce sommet, et nous avons le grand bonheur d’assister à un formidable lever de soleil … glacial, mais tellement puissant dans l’air pur.
Le mont Irago est surtout connu pour la croix érigée sur son sommet, la Cruz de Ferro.
Elle trône sur et au milieu d’un énorme tumulus de pierres plates sur lesquelles sont déposés quantités d’objets hétéroclites dans une joyeuse pagaille.
Il est de tradition poser ici qui une pierre, qui un bout de bois, qui un foulard, un ruban, qui une boîte, etc …
Sur certaines de ces pierres sont écrits des messages personnels.
Je ne peux pas m’empêcher d’inscrire sur une lauze ramassée sur le bord du Camino cette inscription : “ René, Avignon, France, 4 octobre 2008 ” et la déposer au pied de la croix.
Notre ami Saúl qui avait pris la décision, la veille, de s’arrêter et dormir dans un village en plaine situé à six kilomètres avant Foncebadón, prendra dans la matinée une photo de mon inscription.
Le soir-même où nous nous sommes retrouvés à Molinasecca, il me fera visionner sa photo et je reverrai ainsi mon inscription déposée au pied de cette croix.
L’étape de Molinasecca passée, c’est à Ponferrada que se retrouve, pour un déjeuner bocadillos, café con leche y dulce, notre groupe fraternel.
La pause plus longue que d’habitude, est même exceptionnellement longue ce midi car nous souhaitons profiter un peu du soleil généreux qui nous réchauffe depuis ce matin.
En plus l’endroit que nous avons choisi fait face aux murailles de l’imposant Château des Templiers (XIIème – XIVème siècles).
Sans doute aussi, est-elle due à l’excellence des pâtisseries et viennoiseries que nous avons trouvées au bar et que nous ingurgitons en quantité non négligeable …
Ma foi, je ne le savais pas (quoique), que mes ami(e)s étaient aussi gourmands que gourmets !
Nous repartons repus comme des ogres et nous formons l’idée que nous n’avons pas été très raisonnables et que maintenant, si nous trainons la patte pour rejoindre Villafranca del Bierzo, notre prochaine étape, il ne faudra nous en prendre qu’à nous … et à notre gourmandise !
La sortie de Ponferrada, longe les grands axes routiers et c’est un calvaire de marcher le long de routes sur un bas-côté inexistant, et se faire frôler à chaque instant, à quelques dizaines de centimètres, par des voitures et des camions roulant à vive allure.
Nous assistons aussi, un peu plus loin, à un étrange ballet de tracteurs tirant chacun une remorque contenant d’immenses paniers parfois vides, parfois remplis de raisins.
Nous en comprenons bientôt la signification en voyant la Coopérative Vinicole de Ponferrada.
C’est sans doute le jour ou la semaine des vendanges … et cette date a du être programmée avec et par les viticulteurs de cette province.
Ce soir, au gîte, quelle joie de nous retrouver assis autour de trois grandes tables et faire la connaissance d’autres Pélerin(e)s et nouer de nouvelles amitiés et complicités fraternelles !
Nous nous lions d’amitié avec Maurice Mc D. de Dublin (Irlande), Mélanie K. de Sydney (Australie) et Patrick K. d’Halifax (Canada).
Mélanie est une jeune fille extrêmement belle, avec un grand sourire franc et communicatif.
Patrick est aussi ce que l’on appelle un très beau garçon, et je fais remarquer discrètement à mon petit groupe, que ces deux là se sont bien trouvés … ils sont ensemble en permanence !
Et pourquoi pas une romance d’amour entre une belle australienne et un beau canadien ?
Certes pas facile à se rencontrer tous les jours, mais qui a dit, avec raison, que l’amour n’a pas de frontière ?
Moi, je les trouve craquants ces deux-là, et je déclare tout de go à l’assemblée de Pélerin(e)s réuni(e)s pour le repas du soir que nous avons élu le plus beau couple de la soirée : Mélanie et Patrick.
Tout le monde les félicite, les applaudit et ces deux tourtereaux rient avec nous de bon coeur de la déclaration à voix haute que je viens de faire.
Le lendemain, après une nouvelle longue marche sur le chemin bordant une route à grand débit de circulation, nous attaquons enfin, sous un soleil de plomb, le fort dénivelé de cette montagne que les Pélerin(e)s considèrent comme mythique : l’El Cebreiro.
Cette montagne n’est pas exceptionnellement haute, puisqu’elle ne culmine seulement qu’à 1.320 mètres d’altitude.
Elle forme à la fois une frontière administrative entre les Régions de Castilla y León et de la Galicia, créée un changement assez radical du climat puisque les préciptations venant de l’océan Atlantique sont arrêtées par la chaîne de montagnes où ce dresse ce sommet, et constitue aussi le passage dans la dernière Région où le but de notre voyage nous y attend.
C’est pour ça qu’elle est mythique, c’est une porte d’entrée vers Santiago de Compostela.
El Cebreiro - Santiago de Compostela (Galicia) - 157 kilomètres
Mardi 7 octobre 2008
Dès notre lever à 6 h. 30 le matin, nous constatons que le temps a changé.
On nous avait prévenu : la Galicia est une région verte parce que soumise à de nombreuses précipitations.
Là, ce n’est pas une averse ou des averses, des trombes d’eau tourbillonnent sous l’effet des bourrasques de vent.
Des trombes d’eau tourbillonnantes ?
Des bourrasques de vent ?
Depuis mon passage des Pyrénées, de St-Jean-Pied-de-Port à Roncesvalles, il y a plus de trois semaines, j’avais oublié que ce type de temps existait !
Dès le premier pas au dehors, nous sommes tout de suite dans le bain si je puis dire, car l’eau s’infiltre déjà de toutes parts, nous sommes mouillés dehors, nous sommes mouillés dessous, nous sommes mouillés partout !
Nous tenons nos capes de pluie qui virevoltent comme nous le pouvons, les mains trempées et gelées dès la première minute et nous commençons une descente le long de la route goudronnée sur huit kilomètres pour remonter un nouveau col, le monte do Poio culminant à 1.330 mètres.
Ici, nous nous réfugions, totalement transis et trempés dans un bar que nous inondons de nos vêtements trempés.
Nous changeons, les uns et les autres, nos vêtements mouillés pour des vêtements secs que nous récupérons dans nos sacs à dos.
Une heure après, le temps est toujours aussi désespérant et, après avoir ingurgité cafés et chocolats chauds, nous bravons à nouveau les éléments naturels pour entamer notre descente jusqu’à Triacastela.
Heureusement, avant midi, le soleil daigne déchirer quelques nuages et la pluie consent à s’arrêter de nous inonder avec force.
Jeva et Saúl, totalement épuisés par cette étape et transis décident de s’arrêter ici pour la nuit, car ils n’ont plus assez d’énergie pour continuer jusqu’à Samos.
Nous les quittons ici, nous les retrouverons demain ou après demain plus loin.
Nous reprenons le Camino jusqu’à l’étape que nous nous étions fixée pour le soir.
Après une descente rapide, au milieu des bois, sur la ville de Samos, nous découvrons avec admiration, un ensemble monumental de bâtiments conventuels contigüs à une église (XVIIème/XVIIIème siècles) construits en pierres apparentes.
Sur un côté de ces bâtiments, s’ouvre une grande porte cochère donnant directement sur un dortoir où s’alignent des lits superposés.
Le jour suivant, le Camino qui va nous mener à Portomarin, est une étape casse-pattes, tant ce chemin est une succession de côtes et de descentes.
Je retrouverai cette sensation de fatigue et de léger découragement dans deux jours, d’autant plus amplifiés que les pourcentages des dénivélations successives seront plus importants qu’aujourd’hui.
Toute la journée, le temps a été menaçant, et plus d’une fois, il m’a semblé recevoir quelques gouttes … mais, non … jusqu’à Portomarin.
500 mètres à peine avant d’arriver au gîte, alors que nous sommes déjà arrivés dans cette ville, nous recevons une rincée qui nous oblige, dans la précipitation, de revêtir nos capes de pluie et presser le pas.
Portomarin est une ville moyenne que l’on aborde après avoir traversé un pont métallique dominant un lac artificiel créé par un barrage construit au milieu du siècle dernier.
Le niveau de la retenue d’eau étant particulièrement bas à cette saison, lorsque nous arrivons dans cette ville, nous pouvons tout à loisir, regarder les fondations des maisons détruites qui ont été inondées lors de la mise en eau de ce barrage en 1962.
Ne le sachant pas en arrivant dans cette ville, c’est une sensation très étrange qui vous prend à la gorge.
Nous nous demandons ce qui a bien pu arriver ici pour voir autant de maisons en ruines en contrebas de ce pont : un tremblement de terre, un tsunami, une rupture de barrage, etc …
L’hospitalière qui nous accueille dans le gîte communal nous en donne rapidement l’explication.
Nous faisons la connaissance d’un groupe de quatre jeunes Pélerins Espagnols qui parcourent le Camino Françés en vélos-tous-terrains de Roncesvalles à Santiago de Compostela et d’un autre groupe de douze autres jeunes Pélerin(e)s particulièrement délurés faisant retentir de joyeux éclats de rire.
Parmi ces derniers, un jeune homme, très doué pour la prestidigitation, nous propose un petit spectacle improvisé.
Pendant plus d’une heure, au moyen de jeux de cartes et en les manipulant adroitement, il nous fait jaillir de nos bouches régulièrement de grandes onomatopées d’étonnement suivies immédiatement par des applaudissements nourris.
La soirée se passe ainsi, à l’intérieur du bâtiment, protégés de la pluie qui s’est remise à tomber à seaux, après la petite accalmie du début de la soirée.
Nous nous nous concertons avant de nous coucher, et pour la première fois les avis divergent sur les trois prochaines étapes.
Nous sommes désormais très proches de Santiago, c’est à dire à moins de 100 kilomètres de notre but fixé et nous souhaitons chacun faire le point et le bilan de près de quatre semaines de marche.
Pour ma part, j’informe mes ami(e)s de ma désision de vouloir finir ce Camino seul, comme je l’ai commencé à la première étape.
Je ne suis pas le seul à désirer ceci et nous laissons le “hasard” ou le “destin” décider de nous retrouver ou pas sur les deux prochaines étapes.
Deux étapes et non trois pour moi, car je souhaite accélérer le pas et augmenter les distances journalières parcourues pour arriver le plus vite possible à Santiago, si possible samedi en début d’après-midi.
Nous arrivons à nous entendre sur le lieu et l’heure du rendez vous du dimanche 12 octobre à Santiago de Compostela : plaza Obradorio devant l’entrée de la Cathédrale, une heure avant la Messe des Pélerins.
Je vais finir ce Camino comme dans un rêve, attiré vers ce lieu magique comme un aimant, et poussé par une force invisible qui me donne des énergies jusque là insoupçonnées.
Je bats à nouveau mon “record personnel” sur la distance Portomarin – Melide : 39,5 kilomètres en une seule journée.
J’y arrive totalement éreinté après plus de dix heures de marche.
Une surprise m’y attend.
Le gîte communal est exceptionnellement fermé pour cause de nettoyage et de désinfection !
Un aimable habitant espagnol me voyant dans l’embarras total me prend en pitié, sans doute à cause de mon air effaré et mes traits tirés de fatigue.
Après une explication rapide, me prenant par le bras, il m’entraîne vers un petit hôtel situé dans une rue de la vieille ville.
Je me demande bien dans quel coupe-gorges il m’emmène !
Peu importe, je me laisse faire et je découvre avec surprise un hôtel tout simple au carrefour de deux rues.
L’hôtelier me propose une chambre avec salle de bains individuelle pour vingt euros.
J’accepte immédiatement et je grimpe péniblement au 4ème étage pour y trouver une chambrette proprette, soignée et calme.
Un vrai lit, propre, grand pour moi tout seul.
Pas de ronfleurs, pas de bruit, pas de parlotes.
Quel bonheur !
Une bonne douche ravigorante, je grignote quelques biscuits trouvés au fond de mon sac, une prière de remerciements pour ce cadeau inespéré et je m’endors aussitôt.
Le matin, une nouvelle douche, un petit déjeuner copieux et me voilà frais et ragailladi pour affronter l’avant-dernière étape qui va m’emmener de Melide à Arca do Pino.
La journée est très éprouvante pour le moral et le soir en arrivant mes jambes me font horriblement souffrir.
Mes genoux sont en loques et je supplie le Ciel de me donner encore quelques forces pour parcourir les deux dernières dizaines de kilomètres et arriver à Santiago.
Le gîte est au bord de la route nationale, et je me couche dans un dortoir d’une huitaine de personnes.
Les lits métalliques grincent, j’ai mal de partout …
Je me relève au bout d’un quart d’heure pour avaler quatre antalgiques de paracétamol avec un verre d’eau ainsi qu’un cachet de voltarène.
Au bout d’une heure, les douleurs sont enfin vaincues et je m’endors d’un sommeil profond.
Samedi 11 octobre 2008
Depuis hier soir, je ne suis plus qu’à 21 kilomètres de Santiago.
Je sais que je vais voir enfin aujourd’hui la Cathédrale de Santiago de Compostela.
Dans le meilleur des cas ce sera vers midi, dans le pire des cas à quatorze heures !
Mes membres inférieurs sont lourds ce matin, mes épaules et ma nuque endolories par 28 jours de marche et de portage de sac à dos.
J’ai l’impression que je n’avance pas et que mes semelles sont en plomb !
Pourtant, j’avance bien !
Pour éviter les douleurs intolérables d’hier soir, je me suis résolu à avaler ce matin, en plus d’un cachet de paracétamol, à nouveau un cachet de voltarène.
L’arrivée à Monte do Gozo (385 mètres d’altitude), également appelé Mont-Joie en français, est un moment que beaucoup de Pélerin(e)s attendent et qui domine la vallée de Santiago.
Tout d’abord, une espèce de pyramide tronquée sur laquelle deux plaques de bronze est érigée et rappellent que le Pape Jean-Paul II est venu se recueillir en ce lieu en 1982 avant d’aller prier à Santiago.
Une espèce de sculpture ovoïde percée couronne ce monument et semble indiquer, à travers sa fenêtre la direction du tombeau de l’Apôtre Jacques-le-Majeur.
Tout près de là, un immense gîte attend les Pélerin(e)s afin qu’il s’y reposent avant d’aborder les huit derniers kilomètres qui les amenera au centre ville, devant la Cathédrale de Santiago de Compostela.
Je fais une rapide halte près du monument, suivie d’un deuxième petit arrêt pour m’offrir un délicieux jus d’orange, histoire de me donner d’ultimes forces pour dévorer ces tous derniers kilomètres.
Je regarde le panorama de la ville moderne de Santiago qui s’étale dans la plaine, quelques 80 mètres plus bas dans la vallée.
J’essaie de deviner les tours de la Cathédrale qui, paraît-il, se voyaient au Moyen-Age, et même des siècles après.
Cette montagne, ou plutôt cette colline porte ce nom, car les anciens Pélerins voyant enfin de leurs yeux les tours de la Cathédrale, manifestaient ici leur joie avec force cris et rires si bien que le nom de Mont-Joie a été donné à cet endroit, ou Monte do Gozo en espagnol.
Je ne voie pas ces tours.
Sans doute les constructions modernes du XXème siècle ont-elles créé un écran de béton entre le point de vue où je suis en ce moment et les tours de la Cathédrale.
Je pars et moins de deux heures après, j’aborde les vieilles rues de Santiago pour me trouver subitement en face d’un édifice imposant, d’architecture baroque.
Des centaines de Pélerin(e)s sont là, assis sur les marches ou à même le sol, devisant entre eux, devant la Cathédrale !
Je ne peux pas me résoudre à entrer tout de suite en ces Lieux Saints, et je détourne le regard des Pélerin(e)s qui me croisent.
Je suis envahi par une émotion irrépressible devant cet endroit qui dégage une intense énergie spirituelle de la même force vibratoire que celle que j’ai ressenti dans l’église abbatiale de Conques, lorsque j’étais avec mon amie Agnès et mon Frère de coeur Quentin.
J’ai choisi d’être seul pour faire ces dernières étapes et là, d’un seul coup, mes Frères et Soeurs de mon groupe me manquent et cette situation me fait souffrir atrocement.
J’ai envie de les serrer sur mon coeur, de les embrasser, de les toucher, de voir leurs yeux ébahis, leur émotion, me nourrir d’eux et qu’ils se nourrissent de moi.
Demain, je les serrerai sur mon coeur, toutes et tous, sur cette place que j’arpente cette après-midi, seul au milieu d’une foule de Pélerin(e)s et de badauds.
Le gîte paroissial situé à un kilomètre environ de la Cathédrale et accueille la grande majorité des Pélerin(s) arrivant à Santiago de Compostela.
En fait, il s’agit de l’ancien Petit Séminaire de l’Archevêché qui a été transformé en gîte.
Ce bâtiment est extrêmement bien placé, érigé sur une petite colline face à la Cathédrale.
De la fenêtre de mon dortoir, je rêve un petit moment en admirant les toits de la Cathédrale et des bâtiments de la vieille ville l’entourant.
L’après-midi sera consacrée au repos, à ma petite lessive et à la visite à l’Accueil des Pélerins, situé à vingt mètres de la Cathédrale.
Une file d’attente s’est formée ici en vue d’obtenir la Compostelana, diplôme écrit en latin, attestant que le Pélerin ou la Pélerine a effectué son pélerinage jusqu’à Santiago de Compostela.
Discipliné comme l’ensemble des personnes attendant dans ce lieu, je présente enfin mon Credencial tamponné de plusieurs dizaines de cachets tout au long de mon Chemin de St-Jacques et l’obtient enfin ma Compostelana nominative, au nom de Renatum Oullier, mon prénom en latin !
En sortant, je retrouve quelques figures que j’ai connues sur le Camino et nous décidons tacitement de rester ensemble, Pélerins et Pélerines, par peur de nous noyer au milieu des touristes, de peur de perdre ce soir la force qui nous a poussé jusqu’ici, peut-être …
Nous avons besoin de rester ensemble, soudé(e)s, uni(e)s.
C’est sur les escaliers de la Cathédrale, plaza Quintana près de la Porte Sainte et d’une fontaine que nous nous restons assis et nous passons ainsi la soirée.
Nous allons nous retrouver tous demain, dimanche, mais déjà demain, ce ne sera plus pareil.
Certes, ce sera intense mais totalement diférent !
Je me nourris ce soir de ces instants d’Eternité et de Fraternité, assis sur ces escaliers en pierre, et je regarde ces visages d’hommes et de femmes, de garçons et de filles.
Mon Dieu, qu’ils sont beaux ces visages, que ces Etres rayonnent d’une douce lumière, que leurs regards profonds flamboient d’une Vie, d’une joie et d’une fierté sans pareilles d’être arrivés ici !
Je sais que ces beaux êtres, je ne les reverrai sans doute jamais plus, et je m’en nourris et je leur renvoie à eux toutes et tous mon Amour et des sourires fraternels.
J’ai envie de toutes et tous les embrasser et leur dire combien je les admire et je les aime.
Mais ce n’est pas possible.
Je le sais bien.
Je les embrasse du regard, de mon coeur, de mon Ame, de mon Esprit.
Je remercie le Ciel, notre Père Céleste, notre Mère Divine, les Hiérarchies Angéliques et toute la Création d’être là, ici, dans ce lieu dont j’ai rêvé depuis tant d’années.
Je suis heureux et mon coeur bondit d’Amour et de reconnaissance.
Cela valait vraiment d’attendre et d’espérer pendant toutes ces années et les peines, les souffrances, les fatigues, les moments de blues et de lassitude, sur le Chemin pour enfin arriver jusqu’ici, totalement épuisé et le corps en miettes et pour y vivre ces moments magiques et bénis, ici, à Santiago de Compostela.
Je rentre vers 23 heures au gîte, heureux et j’ai l’impression que mes souffrances physiques ont, pour un temps disparues.
Dimanche 12 octobre 2008, 10 heures du matin
Je suis déjà, depuis plus d’un quart d’heure, à faire les cents pas sur la Plaza do Obradoiro, car c’est ici que nous nous sommes donnés rendez-vous, ce dimanche matin à partir de 10 heures.
Je tourne et je me retourne et je vois soudain arriver au loin, sur la Place, ma chère et belle Eli accompagné de José-Luis, le Pélerin brésilien qui a fait une partie du Camino avec nous.
Comme un enfant fou de joie, je crie et je cours vers celle-ci.
Elle me voit et se met à courir dans ma direction les bras ouverts vers moi.
Notre rencontre physique n’a pas été répétée …
Soit c’est elle qui arrive trop vite, soit c’est moi !
Tant et si bien que nous sommes à deux doigts de nous renverser mutuellement et nous retrouver par terre.
Nous nous rattrapons par le bras et éclatons d’un fou-rire communicatif qui se propage aux témoins de la scène.
Nos yeux pleurent de joie (?) ou d’émotions (?) après ces trois jours sans nous voir.
J’embrasse également José-Luis et je ne sais plus ni parler français, ni anglais, ni espagnol …
Mon émotion est si intense que je baragouine des mots incompréhensibles !
Puis, petit à petit, José, Jeva, Stephan, Georg, Maurice, Jon, Rudi et enfin Saúl nous rejoignent sur cette place qui se remplit et devient bientôt noire de monde.
Nous nous embrassons toutes et tous.Nous avons besoin de nous toucher, de nous donner l’accolade, de nous faire des bises sur les joues, tant l’Amour que nous avons construit sur le Camino Francés et qui nous unit est solide et fort.Plusieurs pleurent de joie et nos épaules et nos bras sont là pour les consoler et essuyer ces larmes de bonheur.Je reçois Saúl en dernier dans mes bras, et nous sommes très émus tous les deux, comme des enfants qui se retiennent de pleurer. Il est l’heure de rentrer enfin dans cette Cathédrale.La Grand Messe des Pélerins a lieu tous les dimanches matins, et est concélébrée par l’Archevêque de Santiago assisté de deux autres curés.Je suis envahi, cette fois-ci encore par des vagues d’émotions qui me submergent et je me sens flotter sur un petit nuage.
Je ne lutte pas, je suis entouré d’Amour, d’amours au masculin, d’amours au féminin.Jeva qui est tout à côté de moi, sanglote sans pouvoir s’arrêter.
Georg la prend dans ses bras et l’entoure de son affection fraternelle.Notre groupe est resté soudé jusque dans les travées de ce Lieu Saint.Nous sommes tous debout, dans un espace très réduit pressés contre un gros pilier et nous suivons la cérémonie avec piété et recueillement.Au moment de la communion, nous nous avançons lentement pour recevoir l’hostie consacrée.
Voilà bien des années que je n’avais pas communié, mais ici, je comprends ce que veut dire le mot “communier”. Je communie avec le Ciel, avec Notre Père Céleste, notre Mère Divine, les Anges, les Archanges, les Saints, les Justes.
Je communie avec tous mes Frères et Soeurs ici présents.
Je communie avec mes parents encore sur Terre et celles et ceux déjà disparus.
Je communie avec mes amies et avec mes amis que j’ai laissé là-bas, loin en France, en Italie et ailleurs sur la planète Terre.
Je communie avec mes Frères et Soeurs du Chemin de St-Jacques que j’ai rencontrés sur la partie française de mon chemin.
Je communie avec mes Frères et Soeurs du Camino Francés que j’ai rencontrés sur la partie espagnole de mon chemin.
Je communie avec l’humanité toute entière, tous frères et soeurs, et qui malheureusement l’ignorent.Toutes et tous sont là, dans mon coeur, dans mon Âme, dans mon Esprit, ici, dans cette magnifique Cathédrale !J’effleure un geste vers ma Soeur Eli.
Elle voit mon geste et me sourit.A cet instant précis, je me dis qu’elle a lu dans mes pensées, dans mon coeur, dans mon Âme et mon Esprit.
Oui peut-être et je suis heureux qu’elle ait pu me lire comme un livre ouvert.Sans doute aussi, pense-t’elle et ressent-elle, à cet instant précis les mêmes choses que moi.
Sans doute que la totalité des Pélerines et Pélerins, à cet instant précis, pensent et ressentent les mêmes choses que nous ! Et puis vient le moment qui nous étonne toutes et tous et qui fascine la totalité des Pélerin(e)s rassemblé(e)s pour la messe dominicale.Un grand enscensoir, le botafumeiro commence son envol jusqu’à presque toucher les voûtes du transept au dessus de l’assistance médusée dans un silence impressionnant.
Seuls le sifflement de l’enscensoir et le coulissement des cordes tirées par huits servants créant ce mouvement de balancier est perceptible dans la Cathédrale archi-pleine.Les fumées blanches de l’encens se répandent très rapidement et viennent toutes et tous nous envelopper de leur arôme et de leur pureté.Je ressors de la Cathédrale avec cette phrase dans la tête qui me suit partout désormais “LIFE IS BEAUTIFUL !”.Après le repas de midi, nous retournons dans la Cathédrale.Nous nous nous engageons derrière une file de personnes et nous nous retrouvons derrière la statue de Saint-Jacques le Majeur où il est de tradition d’embrasser la cape en argent sertie de pierres fines.Une autre file d’attente nous invite à prendre notre tour.
Nous descendons par quelques marches en dessous de l’autel, et au fond d’un minuscule couloir, protégée par une grille en fer, la chasse recouverte de pierres précieuses contenant les ossements supposés du Saint Apôtre est là, tout près de nous, à deux mètres environ.L’après-midi passe comme dans un rêve.Nous savons tous que pour la plupart, nous ne nous reverrons plus jamais sur cette Terre.
Nous échangeons adresses, téléphones et e-mails.
Sans doute, grâce à ces moyens modernes de communication, auront-nous la chance de nous faire parvenir des photos, échanger nos impressions, nous parler et nous voir, peut-être, par messenger et webcams ? …
Nous nous sommes tout dit, nous avons tout vécu ensemble, nous nous connaissons si bien … nous nous connaissons depuis toujours !
Ce soir et demain, la grande majorité des membres de notre groupe seront partis, la plupart en direction de leurs pays, de leurs villes, de leurs maisons, de leurs familles.
Jeva, Saúl, Jon, Olivier et moi-même, nous continuerons demain vers l’océan Atlantique, en direction de Fisterra (Finisterra).
90 kilomètres nous séparent de ce kilomètre zéro, et de l’immensité de la mer.
90 kilomètres … 3 jours de marche !
La soirée sera tranquille en ce qui me concerne.
J’embrasse une dernière fois tous celles et ceux que j’ai cotoyé pendant des jours et des jours et que j’ai aimé intensément … et que j’aime toujours, que j’aime pour toujours !
Je donne rendez-vous à mes ami(e)s le lendemain à 8 heures pour le départ sur le Camino de Fisterra et je vais me coucher.
Par cette marche, j’ai décidé aussi de rendre hommage à un ami qui parcourt,
depuis des années, les routes du monde sur son vélo pour sensibiliser les populations sur l’importance du Don du Sang Bénévole !
Ce garçon exceptionnel s’appelle Julien LEBLAY.
Je vous invite à le connaître et découvrir ses exploits en visitant ses deux sites internet
j.leblay.free.fr et www.voyage-grand-coeur.org.
LOGO EN FAVEUR DU DON DU SANG
DRAPEAU DE L’ESPAGNE
Selon l’article 4.1 de la Constitution Espagnole de 1978, le drapeau national espagnol
est formé de trois bandes horizontales, rouge, jaune et rouge,
la bande jaune étant deux fois plus large que chacune des deux bandes rouges.
Sur la bande jaune, décalées vers la hampe, figurent les armoiries de l’Espagne.
La suite sur : De St-Marc à St-Jacques (4 : Bonus et Fin) à paraître en janvier 2009




